AFFAIRE* PF. G KO 110 IF. 2H
semble-t-il, un soldat intrépide. Ses vassaux et ses voisins no lui laissaient pas de répit. L'émir de Tillis étant mort, les « bers », c'est-à-dire les anciens de cette ville, lui firent hommage de cette grande ville. Il y fit une entrée triomphale.
* Après cela, continue Y Histoire de la Géorgie, Liparit, revenant à ses méchants projets d'insubordination, enleva traîtreusement à la reine Mariam, mère du roi, avec la ville d'Ani qui venait de se donner à cette princesse, divers « éristhaws » qu'il saisit aux portes de celte cité. Le roi, quittant Tiflis, vint dans le Djawakheth et de là, par le Chnwkheth, en hiver, par d'horribles ouragans de neige, dans le Khartli. Alors Liparit fit venir de (îrèce une seconde fois Démétré, frère du roi Pakaral, appuyé de troupes et de trésors, et sema la division dans le royaume, les uns étant gagnés à Démétré, les autres restant fidèles au roi. Les Kakhes et leurs troupes, Davith roi Pagratide d'Agh'ouanie et ses gens tenaient pour Liparit et devenaient puissants de ce côté du Khartli. Toute l'adresse des deux parties était en jeu (1). >
Ici un détail très curieux : « Trois mille Vajrings étant venus au secours de Pakarat, il les posta à Hach, en prit seulement sept cents et s'avança avec eux réunis aux forces du Chida Khartli, sans attendre les Meskhes. » Les mercenaires russes ne s'enrôlaient donc pas seulement au service du basileus, mais aussi à celui de ses adversaires. Ceux qui venaient ainsi combattre à la solde du roi des Aphkhases, n'avaient qu'à traverser en droito ligne la Mer Noire dans leurs barques. Très probablement ils combattaient ici contre d'autres Vierings, qui, eux, formaient l'élite des troupes du basileus Michel en ces parages. « L'on se battit, dit YHistoire de la Géorgie, à l'entrée de la forêt de Sasireth. L'armée du Chida Khartli tourna le dos. Les Vœrings n'ayant pu prendre part au combat, Liparit fit donner des cribles, avec lesquels on prépara du pain, pour leur être présenté, de sorte qu'ils passèrent le temps gaiement (2).
A ce moment-là, Démétré, frère du roi Pakarat, étant déjà mort, Liparit était vainqueur sur toute la ligne. Kn vain Pakarat lit solliciter son
(1) A propos do cette tentative <le Dométrc, la Chronique arménienne (voy. Histoire de lu (iéorgie, I, note 3 de In p. .121} «lit : « EH»- m' réussit pas, et les troupes grecques qui se trouvaient ave<* lui (Dëmélré) s'en n-tournèn-nl, et !•■ roi l'.ik.tral «l. vinl craint. «
(2) Cette phrase obscure « st pour moi im-oiiipieliensil.h'.
212 LES l'ORI>HYHOGÊ\È7 i:s ZOE ET THLODOltA
arrogant vassal de lui accorder une entrevue. 11 parait que la haine entre ces deux hommes remontait à des causes intimes profondes. Nous verrons plus loin que Pakarat aurait séduit la femme de son vassal, le second en puissance après lui. Liparit, par représailles, se serait de son côté porté aux derniers outrages envers la reine Mariam, mère de Pakarat. Le roi vaincu rentra en Aphkhasie.
La lutte recommença presque aussitôt entre les deux hommes et leurs partisans (I . Une grande bataille fut livrée auprès de la forteresse d'Arqis-Tzikhé. Cette fois les Urecs, dont la politique avait dû subir un changement par la mort de Démétré, combattaient du côté de Liparit avec les Kakhes et les Arméniens. Liparit fut encore une fois vainqueur et mit Pakarat en fuite. Toutes les forteresses du haut Rharlli, dont les chefs prisonniers furent mis à la torture, tombèrent aux mains du vainqueur.
Liparit, poursuit l'Histoire de la Géorgie, devenu très puissant, marcha alors avec cette même armée contre la forteresse de Tovin, pour faire la guerre à l'émir de cette ville, Abou'l Séwar, dans l'intérêt du basileus, puis il revint dans ses domaines.
Presque en même temps, en l'année 1041 probablement, peut-être seulement en 1 012, d'importants événements s'accomplissaient dans le royaume même d'Arménie (2;, sombre prélude de la lin lamentable si prochaine de ce malheureux royaume. Le roi des rois d'Arménie, aulrement dit « roi Pagratide d'Ani », Jean Sempad III i3), et son frère Aschod, également Pagratide, le roi de Tachir, étant morts à un an environ l'un de l'autre, le premier, suivant Mal bien d'Kdesse, en l'an 489 de l'ère arménienne (4), le second en l'an suivant ("t), il y eut un interrègne de
(1) Hixtoire de lu Géorgie, I, p. 322.
(2 Voy. Tchamtchiaii, FI. '.Mo, ci surtout Aris«lngitès «le Lasdiverd, éd. l'rudhomme.pp. 60gqq. (3:' (lu «i Sembal Joliunnès ».
(4) Mars 1040 a mars 10*1.
(5) Aschod «Hait «■» réalité mort le premier. Son corps, transporté à Ani, fut enterré auprès de ceux «le» rois ses pères. Son frère Jean Sempad, qui redoutait infiniment sa force et sa bravoure, l'avait constamment tenu à l'écart de la capitale. Les historiens nationaux parlent de ce prince comme «l'un héros national. Après sa mort, dit Mathieu d'Édesso, les troupes se relâchèrent du frein de lu discipline et prirent en aversion le métier des amies ; elles r.ourhènnt leur front sous le joug de la servitude «les Romains, s'adonnèrent aux plaisirs de la lubie et firent leurs délices de la lyre et de la voix des chanteurs. Renonçant à cette union qui avait été l'élément de leur force, elle ne volèrent plus au secours les unes des autre*. Les pays «|ue le fer dévastait n'étaient plus pour elles qu'un sujet de plaintes lugubres elles se
A FFA IflES D'A RUÉNIE
quelques semaines (1). A partir de co moment l'histoire de l'Arménie n'est que l'histoire de son agonie dans sa lutte désespérée non plus cette fuis contre les Musulmans mais contre l'Empire de Byzance.
Les grands du royaume ne pouvaient s'accorder sur le choix du successeur de Jean Sempad, mort sans postérité (2), et un parti existait qui voulait l'exclusion de Kakig II, fils d'Aschod, Agé seulement de quatorze ans (3). De ce fait, il y eut un interrègne d'environ deux ans. Cependant, un haut et pertide personnage, le vestis Azad 1 1) Harkis, prince de Siounik', intendant ou < vestis » du dernier roi, descendant de Haîg, profitant de l'anarchie générale pour trahir sa patrie, après avoir mis à sac le trésor royal des anciens rois et s'être enfermé un moment dans la citadelle même d'Ani, s'était retiré en emportant ses richesses mal gagnées, dans une de ses forteresses d'Aphkhasie nommée Sourmar'i, dans le district de Djogadk', d'où il avait agrandi par de nombreuses conquêtes de bourgs et de châteaux
nuit. niai, ut de pleurer la petit de leurs frères, et s'abandonnaient réciproquement au glaive de» Grecs. Ce fut ainsi qu'elles entraînèrent lu ruine do leurs compatriotes et qu'elles méritèrent d'être comptées au rang de leurs ennemis. - Pour Tchaintcbian aussi op. cit.. Il, 122i. Jean Sempad mourut dès 1039. — Voy. sur les inscriptions précisant la date de la mort du roi Jean Sempad : Arisdaguès île Lasdiverd, éd. Priidliomme, note de la p. 50. (I) Kl non c de deux ans », comme le dit Tchamlchian.
(t) Voy. à ce sujet dans Arisdaguès de Lasdiverd, éd. l'rudhoruitie, la note 2 de la p. 61. \'i [le dix-sept ou encore de dix-neuf ans, suivant d'autres sources. f4) Ou « le noble ».
RUINKa D'A SI, la capitule tir* Unis des Itoin l'agratide* d'Arménie au XI*" Siècle. — Égline île Smirlt-Crigor. — (l'hot. commun, par M. J. de Morgan.)
LES PORPUYROGÈSÈTES ZOE ET THÉO DORA
ses domaines patrimoniaux, puis il était revenu à Ani, dont il tenait toujours la citadelle, avec l'intention de s'y faire proclamer ro. : . Il avertit le basileus et lui offrit la suzeraineté du royaume. * Le jeune prince Kakig, dit Samuel d'Ani, n'avait pas les inclinations belliqueuses nécessaires chez un prince, d'autant plus nécessaires qu'à celte époque les Ismaélites : \ ] s'agitaient, les Scythes v 2) menaçaient d'une attaque, et les tirées, alors soumis à une femme (3), n'étaient pas tranquilles. Pour Kakig, élevé dès l'enfance dans la lecture des livres, il s'y appliquait encore après son avènement. »
Mais presque aussitôt, le basileus Michel, qui avait appris ces événements, se basant, très justement semble-t-il, sur la célèbre cession post mortem faite à Basile parle roi Jean Sempad dès l'an 1011», avait envoyé réclamer la possession de la ville et du royaume d'Ani, exhibant à cet effet la lettre fameuse dont j'ai parlé souvent déjà (1,, par laquelle cette cession avait été formellement consentie en faveur de l'Empire par ledit roi pour l'heure de sa mort. Michel exigeait l'exécution pure et simple de ce contrat en retour duquel Jean Sempad avait reçu de la part de l'Empire des présents et des honneurs durant quinze ans. Le basileus entendait profiter de celle occasion unique pour transformer l'Arménie vassale en simple province de l'Empire.
Les historiens arméniens, qui sont seuls à parler de cette première expédition byzantine en Arménie, alors que les historiens grecs ne parlent que de la seconde, disent que le basileus lit appuyer sa demande par une armée de cent mille hommes. Hélas, nous ne connaissons même pas le nom du chef qui commandait cet immense armement, probablement bien exagéré. Etait-ce peut-être toujours le domestique des Scholes Constantin, le frère du basileus? . Sarkis ((»i,qui semble avoir été une
(1) C'est-à-dire « les Arabes ».
(2) C'est-à-dire * l»>» Turks ».
3) La basilissa Zoc.
(*} Voy. pp. :!0, 1 H et IW du pr« sent volume.
5; Mathieu d'Kdesse, u\>. cit., p. M, dit par erreur, nu; semble-l-il, que le basileus Michel vint ib' sa personne à la léte de l'armée jusqu'en Arménie.
tij « A ret époque, dit fort bi :n M. (Irène, op. cit., p. 12:1, en dehors de la dynastie des Pagralides. dont le sent représentant survivant était le jeune fils d'Asrhod, Kakig, il y avait un Arménie deux familles : celle des Pakhlavide* et celle des princes de Siouuik', qui, par leur puissance et leur influence, pouvaient se poser en prétendants an trône royal. Les représen-
tai. ^Vi-l/ .»- j .