‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 61 sur 90 · LE HEROS HARALD HARDRADA · texte numérisé non relu

LE HEROS HARALD HARDRADA

frère nommé Olaf qui, après la mort du père, hérita du royaume, et destina Harald à être le second après lui dans le royaume, mais llarald étant encore jeune, con.ut le désir d'aller rendre ses hommages au basileus Kyr Michel le Paphlagonien, de bienheureuse mémoire, et, à cette occasion, de prendre connaissance du régime romain. Il amena avec lui un détachement de cinq cents hommes vaillants. A son arrivée, l'empereur le reçut comme il convenait et l'envoya en Sicile, car il se trouvait déjà dans celte lie une armée romaine occupée à faire la guerre : 1). Arrivé là, Harald accomplit de grands exploits, et, après la conquête de la Sicile, il s'en retourna avec ses gens chez le basileus, qui l'honora de la dignité de c manglabite * (2). Après cela, Dolianos s'étant insurgé en Bulgarie, Harald partit en campagne avec le basileus suivi de son détachement. Ici encore il lit preuve contre l'ennemi d'une bravoure digne de sa noblesse. La Bulgarie domptée, le basileus s'en retourna chez lui. Moi-même, je combattais alors pour le basileus au gré de mes forces et je m'y trouvais en personne. Quand nous fûmes à Mosynopolis, le basileus, pour récompenser les exploits militaires de Harald, le créa spatharocandidat. Après la mort du basileus Kyr Michel et de son neveu le Kalaphale, il demanda au basileus Monomaque la permission de retourner danssa patrie, mais cette permission lui fut refusée, et son départ devint très diflicile. Il parvint néanmoins à partir furtivement et obtint dans son pays la couronne à la place «le son frère Olaf. Au lieu de témoigner du mécontentement d'avoir été seulement manglabite et spatharocandidat, il a conservé, même sur le trône, les sentiments de fidélité et d'affection envers les Romains. »

Si ce fragment, dit fort bien l'abbé Delarc, a une incontestable autorité pour les faits concernant Harald dans l'empire d'Orient à l'époque où il a été écrit, il ne saurait en être de môme quand il parle du nord de

graphique et n'était pas simplement la dénoiui nation d'un<3 classe du soldats au service de l'Kmpire d'Orient. Le nom de Varange n'était donc pas pour les Byzantins du xi"" siècle le titre d'une charge militaire dans l'armée impériale, mais avait un sens géographique. Il désignait les mercenaires venus surtout de la Norvège et des autres contrées scandinuves. C'est au Slmlegicon que nous devons cette découverte ! Voy. 2« éd., p. 14.

(1) Voy. dans Wassiliewsky, La droujina v&ringo-russ'-; ch. V 1 1 1, p. 81, l'opinion de cet érudit sur l'arrivée forcément tardive en Sicile, vers le printemps ou l'été de l'an 1040 seulement, de Harald et de son contingent.

(2) Voy. dons ma Sigillographie byzantine le chapitre 6ur les sceaux des Manglabite*.

LE* roHi'HYt{OGK.\f;ri:s zoê et tiieouora

l'Europe, de la pairie <lu célèbre chef. De là des erreurs du début qu'il est facile de rectifier grâce aux sources Scandinaves, dont les principales, je l'ai dit déjà (1), sont la Hrimskringla Saya de Snorre Sturleson (2) et les Scripta historica Islandorum.

Voici d'après celles-ci le résumé de l'histoire de Harald avant son arrivée à Constantinoplc. J'ai dit déjà ses royales origines. Les Sagas le représentent connue un des plus beaux types du Xorthmann d'origine Scandinave. C'était un géant mesurant sept pieds et demi, c'est-à-dire deux mètres quinze centimètres. Il était d'ailleurs bien proportionné, quoique ses pieds et ses mains fussent très grands et ses jambes fort grosses. Il avait le teint clair, le visage beau, les cheveux d'un blond pâle, la barbe courte et rousse, les moustaches très longues, un sourcil plus haut que l'autre.

A l'âge de quinze ans, il avait pris part à la bataille de Stiklastadr, livrée le '\\ août de l'an 103(1, qui coûta la vie à son frère le saint roi Olaf de Norvège. Le lendemain du combat, tandis qu'il s'enfuyait en Suède, à peu près seul et blessé, il composa ces vers quasi-prophétiques :

Je chevauche cl mes blessures saignent ; J'ai vu bien des paysans :

Par le glaive (3) la garde était menacée «le la perte île la vie en restant au combat. Maintenant que j'erre de bois en bois entouré de bien peu d'honneurs, Oui sait si je ne deviendrai pas célèbre au loin un jour à venir !

De Suède, Harald s'était rendu à Kiev à la cour du grand duc Y'aroslav qui lui avait fait bon accueil. Pour mériter la main de la jeune princesse FJIisifr, fille du grand duc, il avait combattu un an dans les forêts de la Pologne contre les Slaves Lèches. Il s'était ensuite fiancé à la jeune femme, mais son futur beau-père lui avait déclaré qu'avant le mariage il devait conquérir encore gloire et fortune. Comme la paix régnait pour

(1) Voy. la note 2 do la p. 229.

i'2> Le poème intitulé : Sagan of Harald» Hardrad».

3j Litlénilcmcnt « Par l'ennemi des tilleuls », c'est-à-dire le glaive ennemi de» bouclier* faits en bois de tilleul.

Digitiz

/./; HEROS HAHALli HARhRADA

le moment en Russie, il était parti jiour (lonstantinople et l'Asie où ses compatriotes se battaient au service du basileus. Les Sagas ne sont pas d'accord sur le chemin qu'il prit pour gagner ainsi la belle Miklagard, c'est-à-dire Constantinople (I).

Les motifs qui, suivant les récits nordiques, ont fait venir llarald des pays du nord à Cnnstantinople ne sont donc pas ceux allégués par l'écrivain byzantin anonyme que je viens de citer.

Tout au contraire, ce même écrivain montre qu'en venant s'enrôler dans les armées «lu basileus, notre héros ne cacha pas son nom et son origine royale sous le sobriquet de Nordbrikt, ainsi que plusieurs Sagas l'affirment à tort (2).

A l'exposé un peu laconique de l'Anonyme byzantin sur les débuts de Harald dans l'Kmpire

d'Orient, les Sagas, d'au- PLAQUE D'IVOIRE représentant l'Annonciation et ta

Xutivité. — Travail hysantin du XI*' Siècle de l'Italie très Sources Occidentales Méridionale. - (Coll. Martin Le Roy.)

(i) Un certain nombre lui prêtent en ce moment des hauts faits et des séjours probablement fabuleux en Pologne, en Germanie, en France, en Italie déjà.

(2; Ces mêmes Sau'in se trompent en disant que Harald arriva à (lonstantinople sous le règne de Michel V Kalaphale. L'écrivain anonyme du Straltyiam nous montre qu'il y vint déjà sous le règne de Michel IV le Paphlagonicn, prédécesseur et oncle de Michel V. puisqu'il prit part à l'expédition byzantine en Sicile, expédition terminée dès le 10 mai 1041 par la rentrée des Sarrasins à Messine.

les portritYiionÈsÉTr.s zoe et tiiéodoha

encore fi'', ajoutent quelques précieux détails qu'il me serait agréable de développer ici plus au long si la place ne nie manquait; on v lit entre autre* comment le jeune héros remplaça Masr llundrodarson de Ban d ad al dans la charge de chef des Wrings, sa première rencontre avec la basilissa Zoé quiserait tombée amoureiisedelui et lui aurait demandé de ses cheveux, laguérison de la femme du Va-ring Erlendr, les aventures de Bolli Bollason, chef des gardes Scandinaves du hasileus à cette époque, les courses enfin de Marald avec (îirger Jarl dans les mers de Grèce, ce (Jirger Jarl dans lequel on a reconnu l'autre fameux héros Georges Maniakès. Ces dernières allusi.ms se rapportent aux premiers exploits de Harald sous la bannière du hasileus, lorsqu'il combattait les Sarrasins sous les murs d'Édesse ou dans les mers de l'Archipel. J'ai rappelé les glorieux débuts du hén s Scandinave 2 . Suivons-le maintenant avec ses cinq cents compagnons et le reste des troupes grecques aux rivages éclatants de l'Ile de Proserpine.

La belle année byzantine placée sous les ordres de Maniakès devait être appuyée par une Hotte puissante commandée par le patrice Stéphanos, un beau-frère du hasileus Michel, chef absolument incapable (3). En outre, Michel Spondyle, patrice et duc, « eatépano » actuel des thèmes byzantins d'Italie, probablement le successeur de Constantin Opos dans cette dignité et très probablement le même personnage qui avait été quelques années auparavant duc d'Antioche et qui s'y était fait honteusement battre par les Sarrasins ;T , avait été chargé de lever de gré ou de force les milices de la Calabre et des Pouilles pour les joindre aux forces arrivant de la Mère patrie. Celte opération de recrutement semble avoir excité chez les habitants de l'Italie du sud un grand mécontentement. Enfin, ce

1 Voy. Murait, op. cil.. II. CH. 6 et 613, 8.

(2) Les Sapas racontent bien d'autres choses encore, pour lesquelles la place nie manque, hélas, ainsi la venue a ConstantinopK-, sous le rèpue du Kalaphate, de Thornbiome Aungul, meurtrier du fumeux ht aide (ireltir. Thornt>ioriie était venu à Miklagard avw beaucoup de ses compatriotes pour s'y engager au service du basileus. Il y fut tué dans une revue par le frère de sa victime, Tlmrstejit Droinund. Celui-ci, emprisonné à la suite de ce meurtre, fut sauvé par l'amour «l'une grande dame byzantine qu'il finit par épouser. Il s'était lié d'étroite amitié, n Constantinople, avec Hurald Itundrudn. Il finit par retourner dans sa patrie neuf ans avant Harald.

i:»: C'était un persoiinni/e de la plus basse origine.

Voy. pp. 71 »qq. du présent volume. — Voy. dans Trinchera, »/'• cil., p. 32, n" XXVIII, un acte conservé à la Bibliothèque de Suples, acte daté du mois de novembre de l'an ln;U, par lequel Constantin Opos, patrice et « eatépano » il'ltalie, confirme diverses immunités accordées par les » eatépano » ses prédécesseurs.

LK.S AUXILIAIRES SORMAM)*

dernier chef avait également reçu avec l'autorisation de Guaimar de Salernc auquel le basileus Michel avait demandé ce secours contre les Sarrasins, le précieux appui d'un corps de trois cents guerriers normands d'élite, de cinq cents même suivant une autre source. Parmi ces magnifiques soldats brillaient au premier rang deux des fils de Tancrède de llauteville, Guillaume Bras de Fer et Drogon, récemment arrivés de Normandie (I I. Guaimar avait été fort heureux de la demande du « catépano » (2). La turbulence des Normands, surtout de ceux qui, moins heureux que Hainulfe d'Aversa, n'avaient pas encore de fief, le peu de cas qu'ils faisaient sou>ent de son autorité, causaient déjà beaucoup d'inquiétude au prince de Salerne, aussi les engagca-t-il vivement à se joindre aux troupes de Georges Maniakès pour faire la guerre aux Infidèles. Il leur promit que non seulement les Grecs, mais lui-même, les récompenseraient s'ils consentaient à aller en Sicile. Il n'en fallait pas tant pour décider les vaillants aventuriers, toujours disposés à entrer en campagne. Sous la conduite des iils de Tancrède, ils allèrent rejoindre à Heggio l'armée de Maniakès.

A ces fiers guerriers normands se joignit encore dès ce moment, semble-t-il, un Longobard du nom d'Ardouin (:{), ancien serviteur ou vassal de l'archevêque de Milan, peut-être, comme il l'est dit dans une source contemporaine, pour servir de drogman ou truchement aux hommes du nord pendant la durée de l'expédition de Sicile. Les troubles de son pays avaient décidé cet homme habile et rusé à venir dans l'Italie du sud, où nous le verrons jouer bientôt un rôle des plus importants.

A la tète de cette belle année, vers le milieu de l'année 1038 environ ( l), après près de deux ans de préparatifs, le généralissime Georges Maniakès, quittant Heggio et traversant le détroit du Faro, débarqua en Sicile et marcha sur Messine. Un combat d'avant-garde dans lequel les Normands, toujours en tête de tous, se couvrirent de gloire en commen-

(1) Et non Hurufroy. le troisième frère. Voy. Heinemann, op. cit., note «. — On se rappelle que ces deux chef» avaient quitta le service de Pandolfe pour celui du prince do Salernc

(2) Aimé dit que « la potesté impériale se humilia a peorer l'aide de liaimere ». — « Guaimar, dit M. Ohalandon. op. cil, f. 9i. avait besoin du basileus qui avait en son pouvoir Pandolfe IV. Il n'osa refuser le service dont il fut requis. »

(3) Voyei Heinemann, op. cit., p. îli.

(V; Voy. Aimé, Y*toire île H Xormunl, od. IMarc, p. 59, note 1.

236 LES PO HP H Y ROC, É SÈ TES ZOE ET TllÉOPORA

çant par repousser une tumultueuse sortie des défenseurs, puis en entrant dans la ville sur leurs talons, lui livra cette grande cité dont la population chrétienne, très nombreuse, avait constamment été épargnée par les Musulmans (1). La campagne n'en fut pas moins difficile et meurtrière pour les Impériaux et leurs alliés. Leur arrivée avait mis fin subitement aux discordes des Musulmans unis désormais pour repousser l'ennemi commun. Non loin de Rametta, point stratégique le plus important de l'Ile (2), au sud-est de Messine, dans ces régions illustrées par les luttes héroïques sous Nicéphore Phocas :J , l'armée d'invasion fut attaquée par l'émir Abdallah Ibn Mouizz à la tétc de cinquante mille hommes, défenseurs enthousiastes de cette ch'f de l'île entière. Après une bataille acharnée, après les plus grands efforts, la victoire demeura aux Crées. Ceux-ci infligèrent aux Arabes de telles pertes que le sang des vaincus aurait fait déborder la rivière coulant sur le lieu du combat. Ceci n'est, du reste, qu'une monstrueuse exagération de Skylitzèsqui est seul, avec Cédrénus, a nous parler de cette bataille (i . Ce succès considérable sur lequel nous ne savons malheureusement rien de plus, mit en quelques jours aux mains de l'heureux Maniakès la plus grande partie de la Sicile. Le gouvernement byzantin fut aussitôt rétabli dans toute cette région, après une interruption séculaire. Longeant la côte orientale qui fut toujours la plus riche et la plus peuplée de l'île, Maniakès, avant la fin de cette année 1038, avait déjà soumis treize villes. « La nature montagneuse de cette côte, dit fort bien M. Chalandon [$), explique en partie la lenteur des opérations, mais il est certain que beaucoup de faits nous échappent. Au commencement de l'an 1040, on retrouve Maniakès et son armée devant vSyracuse. Le chef grec commença aussitôt le siège de cette antique cité très fortifiée et fort bien défendue. Impériaux et Arabes rivalisèrent de vaillance. Guillaume Bras de Fer s'y illustra en tuant en

(1) Voy. Delarc. op. cit., note 1 de la p. 9t.

(2) ■ Messine, dit M. Chalandon, op. cit., (T. 93 et 9G, ne présente pas une grande importance. Dan» toutes les guerres d« Sicile «le cette époque, le point stratégique capital a toujours été la place forte de Hametta qui commande la route conduisant parle littoral nord do Messine à Païenne. >

(3) Un Empereur byzantin au .Y"* siècle, pp. 442 sqq.

l4) L'abbé Delarc, op. cit., note 2 de la page 94, donne une raison excellente du silence de* écrivains normands sur cette bataille.

(5) Op. cit., t. 96.

Page 1