‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 63 sur 90 · PRISE DE SYRACUSE PAR LES GRECS · texte numérisé non relu

PRISE DE SYRACUSE PAR LES GRECS

Après ce complet triomphe remporte 1 dans le cours du printemps ou de l'été de l'an 10 M), la belle Syracuse (l\ elle aussi, tomba aux mains du chef byzantin qui y lit une entrée triomphale. La pieuse dévotion de la population chrétienne de l'île fut joyeusement exaltée par la découverte qu'on fit dans cette cité, sur la révélation d'un citoyen, des ossements «le sainte Lucie, vierge et martyre, martyrisée le Kl décembre 303, ossements cachés depuis des siècles par la piété des lidèles pour les soustraire aux profanations des Musulmans. Le corps «le la sainte fui retrouvé « entière et fresche comment lo premier jor qu'elle ï fut mise >. L'invention de ces précieuses reliques donna lieu à de grandes démonstrations d'allégresse et aux honneurs accoutumés, puis Maniakès expédia à Constantinoplc le pieux trésor enfermé dans une chasse d'argent.

Saint Philarète, dont j'ai parlé déjà et qui se trouvait bien probablement à Traîna, peut-être sa ville natale, le jour «le la grande victoire de Maniakès (2), nous raconte, par (abouche de son biographe, le moine Nil, l'enthousiasme «les populations chrétiennes, enthousiasme hélas de si courte durée, si rapidement de nouveau transformé en deuil, les actions de grâce solennelles dans les églises, la joyeuse mise en liberté des captifs arrachés à l'esclavage sarrasin.

De ce retour éphémère sous la domination des basileis de la grande

cité grecque qui avait vu ja«lis la défaite d'Alcibiade et la gloire «h* Platon, un souvenir encore nous est resté. Le grand château byzantin, «lonl les restes imposants couronnent, du c«Ué «le terre, les retranchements fameux devenus infiniment trop vastes pour la cité moderne, porte encore de nos jours le nom de « Château de Maniakès ». Aucun récit contemporain ne saurait nous donner une preuve plus frappante de l'immense retentissement que durent avoir «lans l'île «le Proserpine et des Cyclopes les succès du vaillant jeune straligos, illustré déjà par la défense d'Édesse et par tant d'autres hauts faits.

Et cependant, malgré tant «le si complets et si rapides triomphes, l'ambition de Maniakès n'était point satisfaite. Avant la dernière bataille

i'I'i Et non « toute l'île do Sicile ». ainsi que li- disent par erreur Skylitzès et C^drenn». Tout au plus Maniakès *e rendit-il maitre de la partie orientale de l'ile. (2) Vov. Ainai i, op. ci/., II. p. 3!C.

2«0 LES PORPHYIWGÊ S E T E S ZOÉ ET THÊOPORA

livrée au pied de l'Etna, il avait pris la précaution d'enjoindre à l'amiral Stéphanos de surveiller attentivement, îlVCC SCS bâtiments, les rivages «le l'Ile pour empêcher la fuite de l'émir Abdallah. Malgré cela, le souverain arabe avait échappé. C'était de la part de Stéphanos moins une véritable trahison qu'une grande impéritie en face d'une tâche impossible. Furieux de voir cette proie si importante lui glisser entre les mains» Maniakès en rendit Stéphanos responsable. Il le couvrit d'injures et l'accusa auprès du ba<ileus de trahison et de lâcheté. La violence du généralissime était extrême. Il alla, dit Skylitzès, jusqu'à lever la main sur le beau-frère du basileus, jusqu'à le frapper de la pointe de sa lance « l'appelant lâche, efféminé et pourvoyeur des plaisirs du basileus t». Ce fatal accès de colère devait très promplement causer la ruine du brillant général.

Georges Maniakès fit immédiatement relever et agrandir les fortifications de Syracuse comme il avait fait au fur et à mesure pour chacune des villes do Sicile prises par lui afin qu'elles ne retombassent point aux mains de l'ennemi. Il allait maintenant, profitant de la victoire de Traîna, procéder à l'occupation de l'intérieur de l'Ile. Mais à ce moment même il fut subitement mandé à Constantinople pour y être jeté en prison. L'amiral Stéphanos, furieux du traitement humiliant qui lui avait été infligé, fort influent dans la capitale à cause de sa proche parenté avec l'empereur, n'avait pas manqué de se venger en faisant dire au tout-puissant Orphanotrophe à Constantinople que Maniakès tramait une trahison, une « apostasie >, comme on disait alors, et qu'il visait à la pourpre. Il n'en avait pas fallu davantage pour qu'oublieux de tant de services rendus, le gouvernement de l'eunuque ne sacrifiât le malheureux général. Ramené* aussitôt dans la capitale chargé de chaînes en compagnie de Basile Théodorokanos, également prisonnier, le héros de tant de combats heureux fut jeté dans les fers (1). Ses successeurs à la tête de l'armée de Sicile,

(1) Aimé, II, chap. 10, explique toul autrement l; départ de Maniakès de la Sicile. Il raconte que la busilissaZor voulut remplacer son époux Michel lu l'aplilaxoniuu par l'heureux capitaine et lui Ht dire d'accourir à Constantinople où elle lui promettait sa main et le trône. Quand Maniakès urriva, Ils deux époux s'étaient réconciliés, <;t le malheureux straligos fut « crudelemt.nl taillé » et mis en prison. Il y a peut-être quelque chose de vrai au fond de cet obscur récit.

COUVERTURE D'ÊVANOÊUAJRE de la BJMMMfM Roynlr de Munich. — Plaque* d'ivoire d'oritjine hytnntirui du Xl m ' ou Xll m ' tfiécle, encliàa*»-* dan» un cadre d'orfèvrerie de travail occidental.

212 LES l'OM'H YROGÈXÈTES ZOÉ ET TUÊODORA

le louche et déplorable Stéphane**, le préposile eunuque Basile Pédiadites I i't Michel Dokeianos commirent aut*sit«M faute sur faute. La victoire qui avait abandonné le camp des Musulmans leur revint aussitôt.

Sous la conduite de ces chefs incapables, les Grecs eurent tôt fait de reperdre les conquêtes faites en Sicile par ce chef habile autant qu'intrépide. Dans le but précisément d'occuper l'Ile d'une manière définitive, pour préparer des points d'appui solides à de prochaines opérations au cœur du pays, le brillant vainqueur d'Kdesse avait, je l'ai dit, au fur et à mesure qu'il enlevait des places aux Arabes, édifié dans chacune un « kastron » puissant, pour prévenir toute tentative de soulèvement de la population musulmane. Hélas, aussitôt après le départ forcé des Byzantins, toutes ces forteresses à peine terminées furent reperdues par la négligence et l'imprévoyance des successeurs de Maniakès. Seule Messine demeura aux mains des Grecs grâce à la belle défense du protospathaire Kalakalon Kékauménos, stratigos du thème des Arméniaques qui, le 10 mai de l'an suivant iUH 2), jour de la Pentecôte (:t), à la tète de ses contingents provinciaux, trois cents cavaliers et cinq cents hommes de pied, remporta un brillant succès sur de très nombreuses forces sarrasines concentrées autour de ce dernier boulevard de la chrétienté dans l'île, augmentées encore d'importants renforts venus d'Afrique. Tout ce qui pouvait porter une arme parmi les Arabes était accouru combattre ici le bon combat de la Foi. Par une inaction totale de trois jours, Kalakalon Kékauménos, demeuré invisible derrière les portes de la ville obstinément fermées, trompa si bien l'ennemi qu'il put le surprendre en pleine orgie le quatrième jour. Après avoir assisté avec tous les siens au service divin, il fit avec tout son monde une sortie foudroyante. Ce fut un affreux massacre. A la tète de ses cavaliers, le stratigos marcha droit à la lente du chef, un prince kelbite, peut-être Simsàm (1), qu'on trouva ivre-mort. On l'égorgea; on pilla sa lente. Il en fut de même pour tous les guerriers sarrasins.

(h O personnage «si cité avec le titre de • calepano » de Sicile, xstekctvw ïtxi)i«, au chap. :i« <lli SOvi/ff/iYoH i.2« édition, p. 20).

{■2\ Ou 10 i2? Voy. Murait, o t >. cit., I, 01:». Voy. surtout Amari. o,i. cit., II. p. 393.

,:ti l'eut-elre le Dimanche des l'ulnu s ou quelque autre iïte, mais non colle de la l'enlecAle, connue le dit Skylilzès |>ar erreur. Voy. Amari. o;>. cit., II, p. note 1.

;li Kl non « Apolafar ». comme l'écrivent pur envur Skylilzès et Cédrénus. Voy. Amari, op. cit.. Il, p. :»«3, note L>.

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