Voy. p
i'3i Voy. Delurc, op. cil., note I de la page !>7, et Ytloire de H Sonnant, éd. Dr lare, p. fil, note 2 (et non 3). C'est par erreur que Cuilluiime de Poiiille. Skylitz«Vs et Odrénu* disent, à l'encontre des autres sources, que l'auteur de l'acte de violence commis sur la personne d'Ardouin fut Michel Dokeianos et que ce fait eut le continent italien pour théAtre.
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dès lors, il n'eut plus qu'une pensée : revenir sur le continent. De leur côté, les Normands furent indignés de ce mauvais traitement et de la part mesquine qu'ils avaient obtenue dans le partage du butin ennemi. L'avarice, la cruauté, la mauvaise foi des Cirées leur inspirèrent, comme à Ardouin, le désir de revenir en Italie. Ce dernier, qui connaissait le secrétaire de Maninkès, se fil donner par lui a prix d'or un permis de retour et lui et les Normands purent, sans être inquiétés, regagner clandestinement In côte italienne. Les Normands, en qui l'Empire avait désormais des ennemis irréconciliables, retournèrent à Aversa et à Salerne, tandis qu'Ardouin alla au bout de quelque temps trouver le « catépano » Michel Dokeianos, pour préparer insidieusement un plan de vengeance qu'il ne devait plus perdre de vue.
J'ai dit déjà que l'unique allusion à la présence du héros Tlarald en Sicile contenue dans les sources byzantines se trouve dans le fameux trait*'; manuscrit anonyme intitulé le t Slrategicon », récemment retrouvé (t). Par contre, le nom de la Sicile ligure dans la Saga consacrée au chef Scandinave. Harald y a lui-même chanté ses exploits dans cette île dans un poème en l'honneur d'LIlisifr, car, au milieu des fracas de la lutte, il n'oubliait pas sa blonde et lointaine fiancée. Voici quelques-uns de ces vers étranges :
Ma carène a cinglé devant la vaste Sicile,
Nous étions tous là brillants;
Rapide, le cerf de la poupe
(hissait, portant les jeunes guerriers:
.le sais que le paresseux
Ne fut pas à beaucoup prés allé si loin,
Et cejtf'iidant la Gerdr (2) de Russie
La fille aux bracelets d'or me dédaigne
En outre ni veuve ni jeune fille
Ne niera (|u'un matin, dans le Sud,
Nous étions dans une ville
Où vibrèrent les glaives,
Où le vide fut fait a la |>ointe de l'épée;
Un monument de nos bauts faits y est resté ;
Et cependant la Gerdr de Russie,
La fille aux bracelets d'or me dédaigne!
(t) Voy. pp. 22S siji|.
(2) Gerdr. déesse de la pierre.
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Kdl.ltUC i/m mnmwtèrr: île fiiiint-l.itt; en /'/wjcitfc. — Vue tl'ent>'ml>le, ApplL/uai île nuirirr, XI»* Aï^-fe. — (Millet, ll>«-ÉUules, H. Xtit*.)
t Celte poésie de llarald, <lil l'abbé Del&rc que je cite constamment ici, se borne à cbanter la bravoure tin béros Scandinave; elle ne précise aucun fait pouvant confirmer ou contredire ce que nous savons par ailleurs de l'expédition des (îrecs en Sicilr. Il n'en est pas de même des
2t« /./:> l'OttP H Y R(K! ÈS ÈT F. s ZOÉ ET THÈoPOIlA
récits des Sagas. Celles-ci racontent qu'à l'aide de plusieurs ruses, Harald se serait emparé en Sicile de quatre grandes villes. La première fut prise grâce à la ruse des oiseaux englués. Harald lit saisir un grand nombre d'oiseaux venant de la ville dans la campagne chercher leur nourriture, leur lit attacher au dos des matières inflammables et y fit mettre le feu. Les oiseaux, rentrant à lire-d'aile dans la ville, incendièrent les maisons qui avaient des toits de chaume. Les habitants, occupés à éteindre ces incendies, ne purent empèchi r l'ennemi de rentrer dans la place Une mine creusée sous les remparts conduisit Harald et ses Va>rings jusque dans l'intérieur d'une autre ville qui semblait inexpugnable et qui dès lors ne put résister. Pour une troisième cité également inexpugnable, l'adroit Normand prescrivit à ses soldats de simuler des jeux non loin des remparts, les armes étant soigneusement cachées sous les vêtements. Les assiégés, voyant les Vierings absorbés par ces luttes pacifiques, ne se tinrent pas sur leurs gardes, aussi furent-ils vaincus et mis en fuite par une attaque aussi rapide qu'imprévue. Dans la lutte, un compagnon de Harald, Halldor, fils de Snorra, fut blessé et resta défiguré le reste de ses jours (2). Knfin, pour une quatrième ville, plus forte encore que les précédentes, Harald feignit d'être mort. Ses compagnons obtinrent que le prétendu défunt fût enseveli en terre sainte dans l'intérieur de la ville assiégée, et, au moment où la bière contenant Harald était portée dans la place et barrait la porte «l'entrée des remparts, les Va'rings se précipitèrent à l'inférieur et firent prisonniers les trops crédules Sarrasins.
« Qu'y a-t-il de vrai dans ces données? Harald n'est pas le premier héros Scandinave auquel on ait attribué des ruses semblables; elles font partie de l'arsenal de guerre bien connu des peuph s du nord. Est-ce un motif suffisant pour les rejeter comme de pures légendes? On peut affirmer toutefois qu'en admettant même comme fondée une partie de ces récits, il faut du moins reconnaître que les villes prises par Harald et ses compagnons n'avaient p:is l'importance que leur attribuent les rhapsodes du nord, pour rehausser la gloire de leur héros.
! 1) Ou retrouve ce conte irait pour trait d;in* la Chronique dite de Smtor, «lin* d'nutivs < liroiiii|u*;s encore.
Celte indication si précise semble bien un indice de véracité.
KORNANDS FliASÇAlS ET SCAXIHXAVES ES' SICILE 20
t L'épisode des campements est certainement le trait le plus véridique que les Sagas aient rucont* 1 sur l'expédition de Sicile. D'après la Heimskrinyla, Ilarald et ses troupes faisant campagne avec (iyrger, c'està-dire ce (ieorgcs Maniakès auquel la Saga de Ilarald donne constamment notre héros pour compagnon inséparable, arrivèrent un jour les premiers à l'endroit où l'armée devait camper et plantèrent aussitôt leurs lentes sur une hauteur très salubre, laissant au reste de l'armée des bas-fonds humides et malsains. (Iyrger étant survenu, voulut forcer Ilarald à lui céder cet emplacement. Celui-ci refusa. De là une vive discussion. Pour éviter l'effusion du sang, on tira au sort pour savoir si Ilarald avait le droit de placer ses troupes à sa guise lorsqu'il arrivait le premier et le sort favorisa le héros Scandinave.
« Il y a là évidemment un écho fidèle de la mésintelligence qui exista entre Georges Maniakès et Ilarald, et qui, de môme que pour les Normands d'Italie, décida ce dernier à se retirer avec ses troupes avant la fin «le la campagne. La malaria qui alors plus que jamais ravageait la Sicile, l'air très pur dont on jouit dans cette contrée sur les lieux élevés, rendent celte anecdote encore plus vraisemblable.
« Quels furent en Sicile les rapports des Normands français de Salerne et d'Aversa avec leurs frères lointains, Ilarald et ses Scandinaves, issus de la même patrie, réunis dans le Sud par la plus curieuse des coïncidences, accourus en Sicile les uns par l'Orient, les autres par l'Occident? Nous l'ignorons hélas! Nous savons seulement qu'ils ne parlaient plus la même langue. Si les premiers comme les seconds avaient abandonné le paganisme pour devenir chrétiens, en revanche tous ne parlaient plus le vieux norrois. Les fils de Tancrède et leurs compagnons l'avaient oublié et parlaient français.
« Gomme les Scandinaves, les Normands français, froissés par la rapacité, la brutalité et la cruauté des (îrecs et par l'orgueil de Maniakès, avaient également quitté la Sicile avant la lin de la campagne. Ne peuton pas conclure de ce fait qu'ils ont eu entre eux des rapports suivis, créés, non pas seulement par leur communauté d'origine et leur situation à peu près identique dans les rangs de l'armée byzantine, mais aussi par la nécessité de défendre leurs intérêts contre le même adversaire ? On