‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 67 sur 90 · LES PO R PII Y ROG ES É TES ZOÉ ET TIIÉODORA · texte numérisé non relu

LES PO R PII Y ROG ES É TES ZOÉ ET TIIÉODORA

jusqu'à ce qu'il se fondit dans l'Italie unifiée et parvenue à la condition de nation. »

t Lorsqu'ils furent solidement établis à MelH, les Normands commencèrent & rayonner dans les environs : ils allèrent successivement à Venosa dans le sud, à Lavello à l'est, à Ascoli au nord-est (I), pillant partout ce qui leur plaisait et rapportant leur butin à MelU sans que l'on songeât à le leur disputer, car, à la vue de ces étrangers, les habitants « s'en merveilloienl et orent paour ». « Les Chroniques encore ici, dit M. Chalandon (2), ne parlent que des Normands et de leurs exploits, mais il faut tenir compte de la présence dans leurs rangs des insurgés longobards qui jouèrent, comme nous le verrons plus loin, un rôle prépondérant. »

«Tout alla donc bien au début. Le moment était, je l'ai dit, admirablement choisi. La Capitanale était vide de troupes. Toutes les forces grecques étaient en Sicile avec le « calépano ». L'une après l'autre les villes rejetaient le joug de Byzance. Les Normands, accueillis à bras ouverts par le parti national, heureux de voir qu'on ne leur résistait pas, et se liant en outre « en la potence de Dieu cl en lor vertu », croyaient avoir déjà partie gagnée. Ils s'emparèrent de force des femmes de Melti et menèrent joyeuse vie, mais la situation changea rapidement. Les habitants de la Pouille s'aperçurent bientôt qu'au lieu d'être des libérateurs, ainsi qu'Ardouin l'avait assuré, les Normands étaient surtout des pillards et des aventuriers. Ils tirent parvenir au « catépano » Michel Dokeianos l'expression de leurs craintes et lui demandèrent de venir à leur secours!

t A ces graves nouvelles, nous l'avons vu, Dokeianos, interrompant subitement la campagne de Sicile, s'était résigné, la mort dans l'aine, à évacuer délinitivement celte île. Ne laissant de garnison qu'à Messine, qui fut abandonnée, du reste, peu après, malgré l'éclatanl succès de Katakalon, il ramena précipitamment toutes ses forces en Italie pour y combattre l'insurrection triomphante et ses redoutables alliés. Il était de retour à Bari dans les derniers jours de l'an 1040.

Marchant en hâte vers le nord, malgré les rigueurs de la saison, le

i l) Il y avuit lu un parti de mécontents auxquels Ardouin voulut probablement s'unir.

(2: Op. cit., f. MO.

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f.EH GREC* R E PRE S S F. S T AsCGl.l ET IlITOSIO

t cati ; pano » réussit d'abord à reprendre Ascoli, l'antique Ausculum, à quelques lieues à l'ouest de Foggia dans la valléi' 1 1 » • l'Ofanto. C'est dans cette ville, semble-t-il, qu'avait eu lieu la jonction des « conterati »

MOSAÏQUE BYZANTINE de l'église du couvent de Saint-Luc en l'Itocide. — Chivnr suit. Zacftarie. — Xt" Siècle. — (Millet, W» -Étude», B. 371.)

révoltés d'Apulie avec leurs nouveaux auxiliaires. De là le < catépano » marcha sur Bitonto, qu'il reprit également. Dans ces deux villes de cruelles exécutions jetèrent la terreur au cœur des rebelles. Le » catépano » y lit pendre sur la muraille quatre citoyens importants. Puis Michel Dokeianos, n'osant se mesurer immédiatement en bataille rangée avec les

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Normands, probablement parce qu'il attendait des renforts qui devaient lui parvenir de Constantinople, alla prendre ses quartiers d'hiver dans sa capitale de Bari.

Les (îrecs ne reprirent la campagne qu'aux débuts du printemps de l'année suivante, lOtl. Dans les premiers jours de mars, sur les ordres venus de Constantinople (1 , le t catépano », à la tôte d'une forte armée formée en partie de mercenaires russes ou vaîrings et de contingents des grands thèmes asiatiques des Thracésiens et de l'Opsikion, aussi des milices régulières des thèmes italiens, marcha droit aux Normands. Les deux adversaires se trouvèrent en présence le 16 mars, non loin de Venosa, l'antique Venusia, patrie d'Horace, sur les bords de l'OIivento, petit affluent de l'Ofanto. De nombreux Apuliens « conterati » révoltés contre Constantinople [2''-, enrôlés par Ardouin, avaient grossi les rangs de l'armée des envahisseurs normands accourus de Melti avec beaucoup de nouvelles recrues venues de Normandie. Le prolospathaire Lupus évalue les forces des hommes du nord à trois mille guerriers, tandis que Guillaume de Pouille ne parle que de sept cents cavaliers et de cinq cents hommes de pied.

< Aimé, et Malaterra surtout, qui donne le chiffre certainement très inexact de soixante mille hommes, ont probablement exagéré de beaucoup le chiffre de l'armée grecque. Il est certain toutefois que les Impériaux avaient sur leurs adversaires une grande supériorité numérique ;3). Dokeianos était si assuré de vaincre qu'à la veille de la bataille il voulut, pour éviter l'effusion du sang, entamer encore des négociations avec l'ennemi. Un parlementaire grec se rendit au camp des Normands, et leur déclara, au nom du « catépano », que s'ils consentaient à quitter

(iï Aim«\ II, 21.

(2) Il est impossible, a fort bien dit l'abbé Delarc, de déterminer avec les document» qui nous restent dans quelle proportion les « conterati » se joignirent aux Normands. Mais il est incontestable qu'ils furent un appoint très considérable. D'après Lupus, il y aurait eu, «les le début, neuf Apuliens et, d'après «iiiill/iiiine de l'ouille, trois pour un Normand.

(»! Pourtant Skylilzéa (vny. <>drénus, II, p. W< reproche au « catépano » d'avoir attaqué les Normands avec une partie seulement de ses forces. — « Dokeianos, dit M. Clialandon [op. cit., f. loi;, a certainement cru au début qu'il se trouvait eu présence d'un simple soulèvement analogue à ceux qu'il avait réprimés l'année précédente, < l il est certain qu'il a pensé pouvoir en venir a IkiuI avec l'aide des troupes qu'il avait bous la main. Il y a dans tous les récits de ces événements qui nous sont parvenus une exagération contre laquelle, on ne s'est pas assez tenu en garde ».

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