‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 69 sur 90 · BATAILLE DE CANNES · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CANNES

l'Ofanlo, l'Aufidu* «les anciens, près de Monte Maggiore, dans ces plaines «le Cannes «pii n'avaient paa ifeulemenl vu la défaite des Romains par Annibal, niais aussi, en octobre de l'an 1018, celle des Normands de Mélès par le fameux « catépano » Basile Rojoannès ;t). Si Michel Dokeianos fut moins heureux que son prédécesseur, ce n'était pas faute d'avoir beaucoup plus de troupes que ses adversaires. Ceux-ci, au dire de l'annaliste de Bari, étaient deux mille seulement, tandis que l'armée impériale comptait, sans parler des serviteurs du camp et de tous ceux qui pourvoyaient aux subsistances , des combattants neuf fois plus nombreux, dix-huit mille en tout, fantassins russes, contingents des grands thèmes asiatiques «les Anatoliques, de l'Opsikion et desThracésiens, milices des Calabres et de la Capitanate, mercenaires longobanls enfin I « Mais, dit Guillaume de Pouille, «le même que le vautour, longtemps habitué à ne fondre que sur les petits oiseaux, ne craint pas d'attaquer le cygne lui-môme, s'il a déjà éprouvé sa force contre une grue, de même les Normands, se souvenant de leurs récentes victoires, attaquèrent les Grecs avec une intrépidité et une assurance plus grandes et la victoire, qui aime les audacieux, se rangea de leur côté. »

Les Grecs vaincus s'enfuirent. Beaucoup celte fois encore périrent

ÉGLISE BYZANTINE a Chio. - A7«"-.\7/«" Siècle.

;i) Voy. Épo/Mr,; II, p. 570.

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noyés dans l'Ofanto. Le t catépano » fut précipité de son cheval au moment de franchir le fleuve. Il allait tomber aux mains «les Normands lorsqu'il fut sauvé par son écuyer qui lui céda sa monture. Il courut ainsi jusqu'à Montepeloso avec très peu de monde (l).

Au nombre des morts laissés par l'armée grecque sur le champ de bataille se trouvaient les éveques de deux des principales cités de la Pouille, Angelos de Troja et Stéphanos d'Acerenza. « Cette curieuse particularité, dit l'abbé Delarc, est une preuve que le clergé de l'Italie méridionale prit, du moins au début, chaudement parti pour les Grecs contre les Normands, probablement parce que dans les Normands il voyait surtout des adeplcs de l'Kglise latine, et qu'il redoutait leur domination comme pouvant introduire dans le pays les modifications disciplinaires qui distinguaient l'Kglise d'Orient de celle d'Occident » (2).

< La victoire de Cannes valut aux vainqueurs un butin fort considérable, t Kl li vaillant et puissant Normant, dit Aimé, de diverses richesses sont fait riches de vestimens de diverses colorouz, de aornemens, de paveillons, de vaisselle d'or et d'argent, de chevaux et de armes préciouses ; et «spécialement furent fait ricche, quar l'usance de li (irex est quant ils vont en bataille de porter toute masserie nécessaire avec eaux » (3).

Même après celte seconde si complète et si douloureuse défaite, le vaillant t catépano » ne désespéra pas encore de la fortune. Retiré à Montepeloso ou plutôt à (tari avec ses troupes décimées (4) ainsi qu'il avait fait déjà après la journée de Venosa, il écrivit en Sicile pour faire revenir sur le continent la plus grande partie des troupes impériales encore enfermées dans Messine. Il ne s'agissait plus, en effet, de songer à conquérir de nouvelles provinces, mais bien de conserver à l'Empire

(!) M. Chalandon [op. cit., f. 102) estime qu'il n'enfuit à Hari. « Guillaume «le Fouille, qui lui fait (Minier Montepeloso, a certainement confondu la deuxième bataille avec la première. »

:2i llcinemanii, op. cit., p. .'(60, révoque en doute cette opinion de l'abbé Delarc.

(■\) Sur c.'lte seconda victoire des Normands, voy. ilcineniann, op. cit., fln de la note 13, pp. :i.Vj-3»;i). Voy. aussi Delarc, op. cit.. note 1 de lu p. I0H. — Voy. le prétendu miracle raconte par Aimé, de l'Ofanto presque à sec, grossissant soudain pour noyer les Grec* fuyards. — Skylitzès et, d'après lui, Cédrénus, qui niellent a tort à Cannes le lieu de la première rencontre, placent cette seconde bataille sip« ta; >.tYO|Uva; "Qpx«.

(4) l.o protospathaire Lupus dit que co fut à Hari que le a catépano » se réfugia après le désastre de Cannes. Voy. la note i.

LE • CATÊPASO » i:XAUGU$TO$ flOJOANSÊS 263

celles qui menaçaient de lui échapper définitivement en Italie. A l'appel du « catépano » on vit accourir de là-bas pour se joindre à ce qui restait de son armée des troupes t de Macédoine », c'est-à-dire des thèmes d'Europe, « de Galabre », c'est-à-dire des contingents italiens proprement dits, < des contingents Pauliciens » enfin, ces célèbres hérétiques du centre de l'Asie-Mineure qui comptaient parmi les meilleures troupes de l'Empire. Guillaume de Pouille, qui nous fournit ces curieux détails, donne aux Pauliciens le nom de Palripassites, c'est-à-dire * des hérétiques croyant que le Père avait souffert autant que le Fils les douleurs de la Passion et que le Père, le Fils et le Saint-Kspril ne sont qu'une seule et même personne ».

«Tandis que l'inlassable Michel Dokeianos préparait. ainsi activement une fois de plus sa revanche et exhortait ses soldats à venger leurs frères d'armes, dont les corps, privés de sépulture, gisaient épars dans les plaines delà Pouille, la cour de Constantinople, furieuse de tant d'échecs (1), résolue à ne pas conserver son commandement à un général ainsi deux fois vaincu en bataille rangée, envoyait pour lui succéder un nouveau « catépano » du nom d'Exangustos, le (ils de ce même Basile Bojoannès qui, en 1018, avait vaincu Mélès et ses Normands à la bataille de Cannes et, en écrasant cette première rébellion, rétabli pour un temps le prestige gravement atteint du nom impérial en Italie. On espérait au Palais Sacré que le fils aurait hérité des talents et du bonheur du père. Quant à l'infortuné Michel Dokeianos, disgracié, il fut réexpédié en Sicile, nous disent les Annales de Bari, pour y commander les derniers débris de l'expédition contre les Arabes de cette île, débris certainement renfermés, dans quelques « kastra » de la côte orientale.

« Skylitzès dit expressément que le nouveau « catépano » n'amena de Constantinople aucune troupe fraîche, mais qu'il se vit réduit à reprendre la lutte avec le peu qui restait de forces impériales en Italie. Le même auteur ajoute ce fait intéressant qu'entre la première et la seconde victoire des Normands sur Dokeianos, ceux-ci avaient reçu des renforts « venant des rives du Pô et du pied des Alpes! » C'était là probablement une nou-

(!) Voy. dans Aimé et aussi dans Léon d'Ostio le récit de la grande coleru du basikus.

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velle émigration normande avant comme les précédentes traversé les Alpes et la vallée du Po pour rejoindre les Normands de l'Italie méridionale. Tout au contraire de Skylitzès, Aimé et Léon d'Ostie affirment, probablement à tort, que le hasileus envoya à lvxaugustos de nouveaux contingents vierings, c'est-à-dire russes 1:. Il envoya aussi de grandes sommes en numéraire.

« L'union des Normands avec les « conterati » d'Apulie, soulevés contre le joug étranger, rendue plus solide par une fidèle confraternité d'armes, fut encore bien davantage accrue par tous ces combats heureux. Les alliés, eux aussi, se préparèrent à des luttes nouvelles. En même temps il leur parut utile pour poursuivre avec plus d'avantage la guerre contre 1rs Grecs de donner aux forces alliées un chef unique agréable aux deux partis. Revenus à Mclti après la victoire de Cannes, les Normands, qui avaient employé le butin fait par eux à recruter des alliés (2), pour ne pas rester isolés dans un pays étranger, en même temps pour s'assurer contre le nouveau « catépano » débarqué dans l'été de cette année le concours d'une des plus puissantes familles de l'Italie méridionale, eurent le sens politique dans l'attente de nouveaux combats d'accepter à la tète de leur armée, et cela sur l'invitation de leurs alliés, le prince longobard Aténulfe, un frère de l'andolfe II, le prince régnant de Bénévent Ç.\).

« Guillaume de Pouille blâme cette nomination d'Aténulfe et insinue qu'elle fut la suite des sommes versées aux Normands par ce prince. Mais, abstraction faite de ce point, la situation géographique de Hénévent était le trait d'union qui permettait aux Normands de la Pouille de correspondre avec leurs frères d' A versa sans avoir à traverser des terres ennemies, et, à supposer même que les Grecs viendraient enfin à l'emporter sur eux, ils étaient du moins assurés que la retraite ne leur serait pas coupée. La possibilité d'une défaite dut, en effet, quoi qu'en disent les

(1) Voy. Wassiliewsky, La itroujiiui v.vriiujo-riu»e, etc., chap. VIII, p. 85.

(2) Aimé mentionne l'activité des Normands api^s la victoire do Cannes pour recruter dans le pays des solduts contre. l<s Grecs. « Et li Normant d'autre part non cessoient de quenv li ronfln do principal pour home fort et sof fixant de combalrc : et donnoient et faisoient doner chevaux de la ri ce he se e tic li lires qu'il avoient veinehuten bataille, et pronietoient de doner part de ce qu'il acqueateroient, à ceaux qui lor aideraient contre li Grex. fct ensi orent la iu nt ruer et volenté de combatre contre li (Irex. »

[A) Voy. Heinemann, op. cil., note 2 de la p. 86.

BATAILLE DE MOSTEPELOSO

chroniqueurs, préoccuper plus d'une fois les chefs normands, et le sort de Mêles et de ses alliés francs, complètement hallus après deux brillantes victoires, était encore présent à bien des mémoires. Les journées de Venosa et de Cannes leur avaient déjà coûté beaucoup de monde, et il est certain qu'ils se présentèrent à la troisième bataille bien moins nombreux qu'auparavant (1).

« Ce fut même pour éviter que l'ennemi, las de les combattre en bataille rangée, ne vint les surprendre et les envelopper dans Melfi, qu'ils prirent le parti de sortir de la ville et de marcher yers le sud, c'est-à-dire vers Montepeloso où campait l'armée du nouveau * catépano » qui avait rassemblé en ce point toutes ses troupes disponibles. Ils occupèrent en face de l'ennemi la forte position de Monte Siricolo, dont ils essayèrent vainement de prendre le château fort. Alin de forcer les Grecs à abandonner la défensive où les maintenait probablement l'attente de nouveaux renforts, à quitter leurs retranchements et à accepter le combat dans la plaine située entre les deux hauteurs, les Normands interceptèrent un grand convoi de bétail destiné à l'ennemi. La manœuvre réussit parfaitement. Lis Grecs, irrités de cet échec, craignant peut-être de manquer de vivres, engagèrent la lutte le 3 septembre après avoir été, racontent les chroniqueurs, harangués par Exaugustos : » Vous êtes des hommes, leur dit-il, n'ayez donc pas un cœur de femme. Quelle est cette lâcheté qui vous fait toujours prendre la fuite? Souvenez-vous de vos ancêtres, dont la bravoure a soumis l'univers. Le puissant Hector a succombé sous les coups d'Achille. Ce sont les feux allumés par les Grecs qui ont réduit Troie en cendres. L'Inde a

(1) « Le choix qu>* les Normands firent d'Aténulfe, frère du prince de Bénévent, dit If. ChaJandon, op. cil., f. 10.1, montre clairement combien l'élément lonsnbard a. en réalité, dominé dans tous erg événements. On voit par là combien l'insurrection était encore à ce moment avant tout nationale. Les Normands ne sont encore que des auxiliaires et sont loin de jouer le rôle principal. Ils doivent subir le chef qu'il plait aux I.onçobards .le leur donner. »

JETOX DE CUIVRE tenant aux distributions charitable* thvt nujintt 'in fameux Monastère de istoadion, à Constantin opte.

— Xh'-XH»' Siècle. — Ma Collection.

266 LES POrtPHYllOOÉyÈTES ZOE ET THÉODORA

connu le courage «lo Philippe, et son glorieux fils Alexandre n'a-l-il pas soumis «le puissants empires à la domination des Pelages? En Occident, le nom des Grecs inspirait à tous une terreur profonde. Quelle est la nation qui, en entendant ce nom, eût osé résister? C'est à peine si elle se serait crue en sûreté dans ses camps retranchés, dans ses forts et dans ses villes. Soyez donc fermes, je vous le demande; souvenez-vous du courage de vos aïeux; montrez-vous dignes d'eux! Celui-là finit par enlever toute confiance à l'ennemi qui combat avec vaillance. Kncore un» fois, suivez les traces de vos pères, ne cherchez plus votre salut dans la fuite et que l'univers entier sache que vous êtes de valeureux soldats. Ne craignez pas de combattre le peuple des Francs ; il vous est inférieur par le nombre et par la force. »

« Le t calépano », poursuit Guillaume de Pouille, prescrivit ensuite à ses soldats de descendre dans la plaine. Les Gaulois, de leur côté, détachèrent des espions pour être îiu courant des préparatifs de l'ennemi. »

« Kxaugustos, que les sources désignent presque constamment sous son nom patronymique altéré de « liugicn », avait raison de dire que, pour le nombre, l'armée des Francs était inférieure à celle des Grecs. Au dire certainement bien suspect des Annales de Hari, l'armée normande ne comptait que sept cents hommes alors que 1rs Grecs étaient dix mille. Aussi la bataille fut-elle terriblement acharnée. Les Normands durent faire des prodiges de valeur pour compenser l'écrasante supériorité numérique de l'ennemi. Guillaume Bras de Fer, malade de la fièvre, n'ayant pu assister au commencement du combat, se tenait à distance en simple spectateur. Voyant que les siens commençaient a plier, il oublia sa maladie. Saisissant ses armes, comme un lion il se précipita dans la mêlée. Son courage, ses paroles enflammées rallièrent les Normands et décidèrent la victoire. D'après Guillaume de Pouille, Gauthier, fils d'Amicus, l'un des douze comtes élus à Aversa, se couvrit également de gloire dans cette journée et sa magnifique bravoure contribua fort à la défaite des Grecs. Les Impériaux, surtout les contingents des thèmes occidentaux, « les Macédoniens », qui avaient bravement résisté sans quitter leurs positions, les Russes aussi en grand nombre, périrent presque tous sous les coups des Normands. Le reste des soldats du basileus, les miliciens des

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