TRIOMPHE DU PARTI I.OSOORARD
Pouilles et des Calabres surtout, furent effroyablement décimés. Le chroniqueur Aimé nous les montre «'enfuyant dans les bois, probablement les forêts de l'Apennin, poursuivis courageusement dans ces sombres défiles par les Normands. Exaugustos Bojoannès tomba aux mains des vainqueurs. Il allait périr et « la lance lui venait droit à férir » lorsqu'il put crier assez tôt qu'il était le « catépano ». Les Normands, joyeux de cette capture, l'emmenèrent lentement à Melfi où ils délibérèrent pour savoir ce qu'ils feraient de lui. Finalement, ils durent le livrer à leur chef, le prince Aténulfe, qui venait précisément de se séparer d'eux dans celte ville, aussitôt après leur commune victoire. Le Longobard conduisit de suite son illustre prisonnier à Bénévent. Humiliation suprême, le puissant « catépano », lié étroitement sur son cheval, servit à l'entrée triomphale du prince dans la vieille cité, capitale de sa race. Plus lard Exauguslos, racheté pour une grosse rançon, put regagner Conslantinople. Ce fut probablement pour se venger des Normands, avec lesquels il s'était dans l'intervalle brouillé, qu Alénulfe donna ainsi la liberté à ce précieux captif.
« La victoire de Montepeloso, brillante mais si chèrement achetée, la troisième remportée par les Normands dans le courant de l'année 1041, leur valut l'alliance de plusieurs grandes villes de la Pouille et renforça considérablement leur puissance et leur influence dans ces contrées. Elle renforça surtout le parti longobard, qui triompha alors dans toute la Pouille. Les principales cités, no trouvant plus de secours auprès des Impériaux, Giovinazzo, Bari elle-même, capitale séculaire des possessions byzantines en Italie, résidence du « catépano », Monopoli, située comme les deux villes précédentes sur les bords de l'Adriatique, Matera, au sud de Montepeloso, sur la route de Taronte, se mutinèrent, se déclarèrent indépendantes de l'Empire et contractèrent alliance avec le parti longobard (1).
Nous ignorons les raisons de la rupture qui survint inopinément aussitôt après la victoire entre les Normands et le prince Aténulfe. Aimé
(1) Sur celle troisième victoire des Normands à Montepeloso. voy. Delon* , op. cit., note i do la p. 114, et Heinoniann, op. cit., licite 13, pp. 300-361. — Skylitzès dit que la hataille se livra près de Monopoli, ce qui n'est guère admissible, tous les documents attestant qu'elle eut lieu à Montepeloso.
/./> 1'nltl'HYUOGÈSÈTEH ZOÉ ET TUÊODORA
«lit que ce fui par la faute «lu seul Aténulfe. qui aurait gardé pour lui toute la rançon payé»' parle * catépano ». (îuillaume «le 1*0111110, au contraire, accii-i' le- Norniariils d'avoir abamlomié leur allié |ong«dtard sur l'incitation île (îuaimar «le Salerne. El en fait, «lit M. Ileinemann (Ij, celte dernière opinion semble très vraisemblable, car celle alliance des guerriers normand* avec Aténulfe n'était guère pour plaire à (îuaimar, puisqu'elle contribuait à augmenter le prestige d'un membre de cette famille princière de Bénévent qui, presque seule en Italie, était encore capable d opposer quelque résis-
tance à la toute-puissante influence du prince «le Salerne «lans ct'lte région «!«' la Péninsule. Il était donc bien dans l'intérêt «le (îuaimar de s'efforcer de rompre celte union îles Normands avec Aténulfe, et il se peut qu'après la victoire de Monte-
( OFFRET D'IVOIRE du .V«*-o civi>x>. <o- lioUyne. - i „ peloso il y ait eu de nou- ,&» bm^m. Orifonê. Art bguxntin du A7- oh V(>au un ra pprocheinenl
entre les guerriers du Non! el le prince «le Salerne, rapprochement dont un des résultats fut précisément que (îuaimar, vn celle môme anné«« IOU, donna en fief au comte Itainulfe «l'A versa la seigneurie «!«• (îaèle 2 . (!«• fut même probablement le v« : ritable motif qui fil que le prince Aténulfe abandonna l'alliance des Normands.
Donc, la balaille «le MontepeloBO, «pii fut suivie pour les Normands «l'une brouille avec Aténulfe, leur procura «l'autre part la précieuse alliance «le la plupart des grandes cités de la Pouille révoltées contre l'autorité byzantine. Même Argyros, le lils du grand et vaillant patriote M«dès, qui. en 1017, avail le premier introduit lea guerriers du Nord dans la Pouille, «Milîn redevenu fidèle aux traditions patermdles qu'il semblait
(1^ Op. cit., p. 87. Voy. aussi Schipa, op. cit., XII, p. Bt&j (2) Voj. Heineniann, op. cit., p. 361.
RUINE DE LA PUISSANCE fiYZANTINE EN ITALIE
avoir désertées pour toujours, abandonnant le parti des Impériaux, se joignit à leurs ennemis. C'était pour 1rs Byzantins un coup très dur que la trahison de ce chef très important. Les Normands et leurs alliés des villes d'Apulie le nommèrent dès le mois de février suivant, 1012, dans l'église de Saint-Apollinaire de Bari, leur commun chef en place d'Aténulfe de Bénévent.
La puissance des Grecs dans l'Italie méridionale semblait cette fois bien décidément perdue, à moins que de Constantinople on n'expédiât en hâte un nouveau capitaine, muni des plus énergiques instructions, à la tète d'une forte armée.
Les troupes grecques, à cette heure, nous disent les sources, renfermées derrière les murailles de quelques forteresses, ne s»' maintenaient plus que dans l'extrême sud de la Péninsule : à Brindisi, à COFFRET D' IVOIRE 4a Uam CMoo, ét iiotogne. — Un
ti&s luis-côtés. AnirntiiLX (<inUistiquea. — Art liymntin du
Otrante, à Tarente (1). xi~ ou du XII'» Sièek.
L'année IQ'M) n'apporta aucun soulagement aux souffrances physiques toujours plus affreuses et plus incessantes du pauvre basileus. Michel IV,
(1) Skylitz« v s (voy. Cédr., Il, p. 547) nomme encore Bari parmi les cités demeurées n ce moment fidèles à l'Kmpire, mais les sources originaires de cette ville même méritent ici plus de confiance. — Voy. dans Trinchera, op. cit., pp. 32 à 38. quatre documents conservés aux Archives du Monl-Cassin, documents délivrés au nom du basileus Michel IV, datés des années 103*. 1035, 1039, 1040. — De même voy. dans Capasxo. Monum. ad neapol. duc. hist. pertin., II, par$ prior, vingt-huit actes délivrés au nom du même basileus (n" 449 à 476), encore aujourd'hui conservés aux archives de Naples, et dans Beltrani, op. cit., pp. 17 sqq, trois actes de même, des années 1035, 1036, 1039, conservés aux archives de Trani. Le dernier de ces actes, signé d'un certain turmarque Eleulhérios, a été publié a nouveau dan», VArchivio stor. per le prov. napol., t. VII, I8H2, pp. 60s sqq. — Voy. encore Aar, op. cit., p. 135, et Codicr diplom. barète, doc. 19 et 20. — Voy. sur la grécité des llu-nus byzantin* d'Italie au xi"' siècle, sur Iojs ces couvents basiliens, si nombreux et si llorissants encore A cette époque, la précieuse et si intéressante Introduction A YllUloire de l'Abbaye de Hossano, par l'abbé P. Batiffol, Paris, 1891.
270 LES l'OR l'JI Y ROG E V E T E S ZOÉ ET THEO DORA
de plus on plus tourmenté par les crises terribles de sa terrible maladie, t par son démon », suivant l'expression énergique de Skylitzès, rongé aussi du remords du crime qui lui avait donné le trône, ne trouvant plus aucun remède à tant de maux, s'épuisait en pratiques puériles pour apaiser la colère céleste dont ses souffrances lui semblaient la preuve éclatante. Ainsi il imagina d'envoyer par tous les thèmes comme par toutes les iles de l'Empire des messagers chargés de remettre deux sous d'or à chaque prêtre séculier, un sou d'or à chaque moine, certainement dans le désir d'obtenir ainsi une sorte de prière universelle de tant de saints personnages montant vers le ciel. Vu la- foule des ecclésiastiques et des religieux, ce dut être pour le trésor une dépense colossale. Entre temps, le pauvre basileus inlirme se plaisait, au dire des mêmes chroniqueurs, à baptiser de ses mains les enfants nouveaux-nés. A cette occasion, il faisait don à chacun de ces heureux marmots d'un sou d'or plus quatre « milliaresia ». Il distribuait d'innombrables autres aumônes, fondait des monastères i l , faisait des bonnes oeuvres innombrables. Hélas, rien de tout cela n'apportait d'amélioration à son état. A sa « démonomanie » s'était jointe une grave affection du cœur, résultat fréquent et ultime de ces longs états chroniques. Une hydropisie monstrueuse le gênait effroyablement. H ne pouvait plus s'occuper d'affaires. Toute sa pensée se concentrait sur les moyens propres à inspirer quelque pitié à son patron préféré, saint Démélrius, le grand saint militaire, protecteur de Salonique. Aussi faisait-il le plus habituellement son séjour dans cette ville, où, dans l'église du grand mégalomarlyr, aujourd'hui Kassimyeh Djami, s'élevait et s'élève encore le tombeau de celui-ci, but incessant d'une immense et séculaire dévotion.
Ce qu'avait été l'existence du malheureux Michel IV en l'an 1039 le fut encore en l'an de grâce 1040. Le pauvre martyr ne quittait presque plus la tombe du saint, le glorieux (ialliniquc ainsi que les Byzantins aimaient à l'appeler en souvenir des innombrables victoires que son
il! l.o Père J. Pargoin\ dons son article de la llyz. Zeilschr., XI, intitulé • Autour Je Chalriùloine », rit<: parmi les couvents auxontiens, cVst-à-dire bâtis rut le mont Auvnci*, le couvent du « v<-n< rablf Antoine », construit par le nn>in>- favori dus basileis Romain Arpyrns et Mi.n.d IV. <>l le couvent de Saint-Kiienne, gouverné par lliigouroène Cosma» au aecond quart du x:«" siècle.
MALADIE DU nASlLETs MICHEL IV 271
intervention avaient values aux armes impériale» depuis tant de siècles. Couché tout du long du tombeau fameux dans l'ombre humide de la vieille église, ce basilctis étrange passait là de longues nuits en prières ardentes, en oraisons perpétuelles, cherchant vainement le sommeil qui le fuyait, suppliant à haute voix le saint de lui envoyer la guérison.
Quel drame ! Il y a quatre ans je visitais Salonique. J'entrai dans cette vénérable mosquée Kassiinyeh où la tolérance musulmane permet encore aux fidèles orthodoxes d'aller prier au tombeau du grand saint Démétrius dont c'était là l'église splcndide et célèbre aujourd'hui ruinée, et d'y recueillir le baume qui sue du saint cadavre enterré depuis tant de siècles. Comme je parcourais la sombre église, il me sembla revoir euprès de celte tombe sordide, aujourd'hui dépouillée de ses ornements magnifique*, l'impérial pénitent d'il y a bientôt neuf siècles, le Paphlagonien, hagard, tremblant de fièvre, défiguré par le mal terrible, couché dans les misérables haillons de quelque ascète, implorant de sa voix très humble la pitié du saint guerrier, implorant surtout le pardon de son crime, et je me disais avec stupeur que ce pitoyable suppliant ain*i prosterné était le basilcus d'Orient, le successeur de Constantin, le maître tout-puissant d'une moitié du monde, le basileus Michel couronné de Dieu, l'égal de Dieu sur la terre !
Dans son espoir insensé d'obtenir la guérison, le malheureux souverain, immobilisé à Salonique auprès du tombeau lamé d'argent du grand martyr, ne s'occupait plus, je l'ai dit, de l'administration des affaires que dans les cas d'absolue nécessité, en remettant tout le soin à l'Orphanotrophe, devenu de plus en plus le seul maître de l'immense Empire. Naturellement, l'opinion des chroniqueurs sur cette administration omnipotente de l'eunuque Joannès varie suivant le plus ou moins de goût qu'ils professent pour ce personnage. Psellos, nous le verrons, est en somme plutôt bienveillant, et c'est lui qui doit avoir raison puisqu'il a vu les choses de très près. Skylitzès, par contre, Zonaras aussi, sont impitoyables. « Il n'y eut aucune action méchante que celui-ci n'accomplit, s'écrie Skylitzès (I), pour tourmenter et accabler les sujets de l'Empire. » Suit une
(1) Cédr^nus, 525, 16 el 526, 16.
272 LES l'ORPHYHOGÈSÈTES ZOÉ ET THÉODORA
énumération certainement fcirt exagérée de tous les maux causés par cet homme « qui, étant très méchant, inventait toujours de nouveaux moyens honteux pour se procurer de l'argent », qui vendait toutes les charges au plus offrant, lâchant la bride à toutes les iniquités, remplissant l'Empire d'injustice, laissant ses lieutenants dépouiller impunément les malheureuses populations écrasées d'impôts, amassant sur Byzance les nuées de la vengeance céleste qui se manifestait comme toujours, en ces temps de crédule ignorance, par île» phénomènes terribles, des tremblements de terre, des orages calamiteux, des pluies effroyables, des bruits souterrains effrayants, « tous phénomènes, s'écrie l'écrivain dévot (1), qui signifiaient, je le pense, la ruine prochaine de toute cette famille de tyrans aux abominations de laquelle personne ne mettait plus le moindre obstacle ! » (2)
Tout ceci semble surtout pure médisance. Le récit suivant, également rapporté par Skylitzès dans des termes malheureusement très brefs, parait plus sérieux. « Cette môme année 1040, dit-il, dans le courant du mois de mai, la sœur du basileus et de l'Orphanotrophe, Marie, la mère du césar Michel, dont je n'ai point encore parlé, et qui fut plus tard Michel V, se rendit à Ephèse pour y faire ses dévotions au tombeau fameux de saint Jean l'Évangéliste, le disciple aimé du Christ. Sur la route, cette princesse fut mise au courant de beaucoup de ces prétendues infamies perpétrées par l'administration si dure de l'Orphanotrophe. A son retour, elle en fit part à celui-ci. Après lui avoir exposé avec larmes la misère des provinces qu'elle venait de traverser, elle le supplia de mettre un terme à ces abominations. Lui se contenta de la congédier en riant très fort. « Tu parles bien comme une femme, lui dit-il, qui n'entend pas le premier mot à la politique (3). Vous autres femmes, vous n'êtes bonnes qu'à pleurer, mais point à connaître ce qu'il faut d'argent pour soutenir un Empire tel que le nôtre. »
(1) Voy. encore dans Cédrénus, II, p. 511, lignes 12 à 17. d'autres prétendues exactions de l'Orphannlrophe.
2) Kn 1»39. tremblements déterre, pluies torrentielles, épidémie d'angines, de diplithéril<probablement. Kn loin, tremblements de terre terribles le 2 février en beaucoup de loralités. A Smyrne le désastre fut affreux. Outre de nombi-eusos victimes, les plus beaux édifices forent jetés bas.
•;3) Littéralement « à la politique romaine ».
bv CjOOqIc
274 LK.S l>Oltf'HYI{OaÉSÈTi:s ZOÈ ET THÈOÙORA
Tout un paragraphe du traité anonyme du Strategicon {{) tant de foi* cité par moi, est ici infiniment instructif. 11 faut reproduire presque en entier ce chapitre au litre suggestif : c Des abus provenant de la famille du basileus ». c Je vais vous raconter, dit à ses enfants le rédacteur anonyme contemporain, comment finit le basileus Michel le Paphlagonien. Ce défunt basileus n'avait pas d'illustres origines ; ses parents étaient de souche infime, mais il possédait de grandes qualités, t Suivent des considérations sur l'égalité des hommes devant Dieu, c Donc, comme je vien-* de le dire, feu le basileus Michel était orné de grandes vertus, mais il avait une parenté pauvre et nombreuse sur laquelle veillait son propre frère rOrphanotmphc auquel il avait remis le gouvernement de l'Étal. Cet homme désira enrichir ses frères et leur procurer les moyens de piller le bien d'aulrui à l'insu du basileus. Les « mandatores » et autres fonctionnaires impériaux envoyés en mission dans les provinces suivirent l'exemple du premier ministre. Hcnconlraient-ils sur un grand chemin, en un lieu désert, fut-ce dans une auberge, un voyageur à cheval, ils l'attaquaient, s'emparaient de son cheval ou de son mulet, puis s'éloignaient en hâte. Voilà comment, par la faute de ces fonctionnaires, mais surtout par celle de ses frères, ce basileus admirable finit par être détesté pour tant d'abus qui étaient uniquement de leur faute. Partout on maudissait son nom, partout on désirait ardemment la destruction de sa race, ce qui arriva bientôt après. Quand, en effet, il se fut endormi paisiblement dans la repentance, et que son neveu fut monté sur le trône à sa place, toute la ville do Constantinople, habitants et étrangers y séjournant, se soulevèrent contre ce dernier, prenant pour prétexte qu'il avait envoyé en exil sa mère adoplive, la basilissa Zoé. Lui et toute sa famille périrent > (2). Suivent diverses considérations sur la nécessité qu'il y a pour le prince de gouverner par lui-même.
Le témoignage de Psellos, également contemporain, est, je l'ai dit, fort différent. « Jean l'Orphanotrophc, dit-il, était un homme d'une activité extraordinaire, de ressources sans bornes. L'unique mobile de chacun de
(1) Lo para«r. 2:>0.
En r. nlii.-.nouh I.; v.rron*. Michel et les siens, ou plutôt son seul oncle Constantin avec lui, nu furrnt que mutit.'s ut < nfrnn.s dans des monastères.
L'EUSVQUE JOAS'NÈS RRIHUE LE PATRIARCAT 275
ses actes était d'assurer la continuité de la puissance impériale dans sa famille, c'est-à-dire de fonder une dynastie paphlagonicnnc, et, comme la santé de Michel IV était des plus précaires, il lui semblait d'une impérieuse nécessité de prendre des précautions alors qu'il en était temps encore. Aussi le verrons-nous bientôt «à l'œuvre dans ce but. Entre temps, un plan fort extraordinaire et quelque peu fantastique d'ambition personnelle que l'eunuque, non content de sa situation déjà toute puissante, tenta d'exécuter dans le courant de l'été de l'an 1037, échoua complètement. » 11 s'agissait tout simplement de l'élévation de l'Orphanotrophe au trône patriarcal, projet qui comportait naturellement comme prélude obligé la déposition du patriarche en fonctions, le vieil Alexis Stoudite (1) !
Pour amener ce premier résultat, en lui-même fort ardu, Jean, qui ne doutait plus de rien et se mourait d'envie de devenir le chef de l'Église, suscita très habilement une cabale de hauts dignitaires ecclésiastiques qui, gagnés par lui, en compagnie d'un certain nombre de sénateurs, conspirèrent avec son secret aveu pour faire déposer le vénérable prélat sous prétexte qu'il n'avait pas été élu canoniquement, c'est-à-dire par le suffrage des métropolitains, mais bien directement et uniquement par la volonté et le choix exclusifs du basileus Basile 11 mourant. Skylitzès donne les noms des chefs de cette cabale : avant tout Démétrius, évèque de Cynique, celuilà même qui avait été nommé à ce poste par Romain Argyros tout au commencement de son règne, très propablemenl contre la volonté du patriarche (2), puis Antoine, dit Pachès ou l'Hébété, à cause de sa stupidité légendaire, évèque eunuque de Nicomédie, un parent de l'Orphanotrophe, lui aussi tout récemment promu par le Paphlagonien (3), deux frères enfin, tous deux évèques, l'un de Sidé, l'autre d'Ancyre, plus divers autres métropolitains. Mais le patriarche Alexis, appuyé par tout le reste du haut clergé, se montra à la hauteur de ce grand péril. Il se contenta de faire aussitôt remarquer par lettres encycliques que si on en venait à déclarer qu'il n'avait pas été élu canoniquemenl, et que, par conséquent, il y avait
(1) Voy. sur ce curieux incident le chapitre IX du t. III des liyzantin. Gesch. do Gfroprcr.
(2) Voy. p. 67 du présent volume.
(3) Voy. p. 199 du présent volume.
LES POltf'HYHOG EXÊ TE S ZOÉ ET TltÉODORA
eu abus, il s'en suivrait aussi logiquement que fatalement que toutes les innombrables nominations ecclésiastiques faites par lui durant son règne déjà long de onze années devraient être aussitôt annulées comme entachées de nullité et leurs titulaires déposés, qu'en outre les trois hasileis couronnés par lui, et dont un était actuellement sur le trône, devraient être forcément décrétés d'anathème. « Agissez de la sorte, disait le prélat en terminant, et je descendrai aussitôt du trône patriarcal pour le céder â qui en voudra. » Celte communication fort habile décida incontinent la grande majorité des membres du haut clergé â prendre plus vivement que jamais parti pour leur chef actuel, par crainte des grands ennuis qui pourraient leur advenir, s'il venait à succomber dans cette lutte. Quant à ceux qui s'étaient ralliés à Démétrius de Cyziquc et aux autres chefs de la cabale, ils furent inliniment déconcertés. Beaucoup parmi eux, en effet, avaient également été ordonnés par Alexis. Confus et tremblants, ils ne soufflèrent plus mot et se tinrent cois. Joannès dut , la mort dans l'âme, renoncer h sa chère ambition de devenir patriarche. « Mais, s'écrie Skylitzès, qui a raconté toute cette intrigue avec plus de détails que Psellos, l'avarice le dédommagea du peu de succès de ses rêves de gloire. Il continua à tourmenter ses peuples et à les accabler d'exactions. »
Si le plan de Démétrius et de ses affidés eut réussi, si le vieil Alexis se fut montré moins énergique ou s'il fut mort sous le règne de Michel IV, Joannès lui eût certainement succédé sur le trône patriarcal et se fut alors trouvé dans une situation si sûre et si élevée, si puissante surtout, qu'il eut très probablement réussi à préserver sa dynastie familiale si chère de la catastrophe finale dans laquelle elle fut entraînée par les crimes du Kalaphale ainsi qu'on le verra plus loin. Le patriarche Alexis ne fut probablement jamais que fort mal disposé pour les parvenus de Paphlagonie. Il sut, par contre, se montrer toujours un ferme et zélé partisan de la dynastie du grand Basile.
* Les accès de la maladie épileptique auxquels le basileus était sujet, dit Psellos, devinrent si fréquents, ils en «arrivèrent â débuter avec une telle brusquerie, que le malheureux prince se vit réduit à mener encore