‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 72 sur 90 · CONVERSATION DE JOANNÊS ET DU BASILEUS · texte numérisé non relu

CONVERSATION DE JOANNÊS ET DU BASILEUS

conversation suprême qui s'engagea à ce sujet entre les deux frères. Certainement un tel entretien eut lieu, mais il fut secret, et les paroles mises par le chroniqueur dans la bouche des deux interlocuteurs sont de tous points imaginaires. Ce dialogue inventé n'en a pas moins une importance considérable, puisqu'il a été créé de toutes pièces par un contemporain infiniment renseigné, comme devant être l'image de la vérité, et, par cela seul, il réclame toute notre attention.

Joannès commence par rappeler au basileus on termes vraiment touchants l'inébranlable loyauté avec laquelle il t'a constamment servi, le tendre et respectueux attachement qu'il lui a toujours témoigné, à l'occasion duquel il prend à témoins : t le ciel, toute la terre, le basileus en personne ! » Puis, quand Michel, incontinent troublé, s'informe anxieusement du motif de ce préambule, son frère, tout en se refusant encore à lui causer trop de peine, poursuit en ces termes : t Vous n'imaginez point, ô mon frère, que l'immense majorité de vos sujets n'ait dès longtemps saisi et vu de ses yeux que vous souffrez à la fois de deux maladies, une dont vous cherchez à cacher les symptômes (1), une autre

que vous avouez ouvertement (2). Aucun ne l'ignore. Certes, je suis parfaitement assuré que votre vie ne court aucun danger immédiat. Cependant, dans le public, on ne s'entretient que de la possibilité de votre mort, et ceci me fait craindre qu'à force de croire à votre lin prochaine, on n'en arrive à conspirer contre vous pour proclamer un nouveau basileus qui vous chasserait «lu Palais Sacré. « Mais comment prévenir une telle abomination! » s'écrie le pauvre basileus tout adouci par l'accent affectueux de son frère. « Rien de plus facile! » répond celui-ci. * Pour moi-même, pour notre famille, je suis moins inquiet que je ne le suis pour vous qui êtes un si bon et excellent monarque et qui serez malgré tout accusé d'avoir manqué «le prévoyance. » Ce discours, assez banal en lui-même, mais plein d'une si minutieuse déférence, est intéressant parce qu'il nous montre sur quel

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(1) L'éptlcpsie.

,2) L'bytlropisie.

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LES PORPIIYROGÈNÈTES ZOF. F.T TIIEOPORA

ton de respectueuse tendresse Joannès s'adressait à ce frère qu'il avait de ses propres mains pris si bas pour l'élever si haut. L'eunuque exposa ensuite à Michel tout son plan dont leur neveu Michel était le pivot. Le pauvre basiieus, voyant bien que son frère avait raison et que la mort approchait, accepta tout ce que celui-ci lui proposait pour conserver le pouvoir dans leur famille au moment critique du changement de règne.

Pour plus de sécurité il fut convenu que ce serait, non le basiieus, mais bien la basilissa, laquelle, en sa qualité d'héritière du trône, représentait seule véritablement le principe de la légitimité et était infiniment populaire comme principale descendante de la vieille dynastie macédonienne, qui adopterait solennellement le neveu de son ancien amant comme son fils à elle ! «C'est encore Joannès, raconte Psellos, qui imagina cette suprême garantie de succès pour la nouvelle dynastie qu'il lui tenait tant à cœur de fonder. » « Tu sais, ô mon basiieus, disait-il à son frère de sa voix la plus douce, que l'Empire appartient à la basilissa de par le droit de sa naissance et qu'elle est plus populaire que toi, à la fois parce qu'elle est femme et légitime héritière du pouvoir et aussi parce qu'elle s'est attirée l'amour du peuple par la constante générosité de ses largesses. Faisons donc d'elle la mère de notre neveu. Demandons-lui de bien vouloir l'adopter et de l'élever d'abord à la dignité et au titre de césar, ce qui fera de lui l'héritier naturel du trône. Elle cédera aisément à ton désir parce qu'elle est d'un caractère facile et ne sait jamais rien refuser. *

Il en advint exactement ce que désirait le rusé et prévoyant ministre si complètement obéi par son docile frère. La basilissa, habilement circonvenue, faible comme toujours, fui bien vite persuadée et se prêta avec sa chaleur accoutumée au succès d'un plan qui ne pouvait aboutir que par sa bonne volonté. Les fêtes qui devaient à bref délai accompagner cette extraordinaire élévation de ce nouveau favori de la fortune et cette adoption singulière, unique peut-être dans l'histoire, furent aussitôt solennellement annoncées. La curieuse cérémonie, sur laquelle nous n'avons malheureusement que fort peu de détails, fut célébrée dans le très saint temple si populaire à Byzance de la Vierge des Dlachernes, palladium de la capitale

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