‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 73 sur 90 · ADOPTION DU K AI. A PII A TE PAR ZOÉ · texte numérisé non relu

ADOPTION DU K AI. A PII A TE PAR ZOÉ

et de l'Empire. Zoé, complètement dominée par le maître qu'elle s'était si inconsciemment donné, consentit ti tout.

En présence d'une foule immense, d»^ tout le Palais assemblé, de tout un peuple de dignitaires se pressant dans le pieux édifice, la vieille basdissa assise sur le trône aux côtés de son jeune époux presque moribond, présenta à son peuple l'adolescent imberbe jusque-la inconnu de tous. Elle déclara solennellement, jurant sur les plus saintes reliques (1), qu'elle le choisissait pour son fils sur l'autel de la Panagia, et pour mieux affirmer le fait en public, pour frapper l'imagination populaire par un spectacle inoubliable, à la vue de tous elle l'assit de ses mains sur ses genoux. Puis le basileus, à son tour, aux acclamations d'un peuple immense, proclama césar le nouvel héritier du trône. Aux applaudissements frénétiques d'une foule idolâtre qui voyait dans cette pompe prodigieuse l'assurance d'un paisible lendemain, il lui rendit personnellement hommage comme au fils de la basdissa dont lui n'était que l'époux.

On procéda ensuite avec une non moins grande solennité à la consécration de ce titre de césar suivant des rites très anciens. L'Orphanotrophe , qui avait si habilement , si passionnément préparé et amené le triomphe en apparence définitif de sa famille, ne put, parait-U, à ce moment solennel, réussir à dissimuler sa joie triomphante. 11 se félicitait lui-même de cet événement qu'il avait si merveilleusement amené, et qui, hélas, contrairement à toutes ses prévisions, allait si rapidement devenir pour l'Empire, pour les siens, pour lui-même enfin, la source de maux abominables.

C'était, en effet, on ne s'en aperçut que trop vite, un exécrable personnage que ce neveu sur l'élévation duquel l'Qrphanotrophe basait de si vives espérances. Psellos nous a fait le plus triste tableau de ses vices, de sa cruauté qui tenait de la fureur maniaque, de sa dissimulation inouïe surtout. Il portait à tous les siens, à ses oncles en particulier, une haine furieuse jusqu'ici très habilement cachée. Il la leur fit bien vite et cruellement sentir dès qu'il fut au pouvoir. Mais même lorsqu'il se conduisit à leur endroit d'une manière si indigne, il sut dissimuler encore et affecter

(1) Michel Attaleiates, op. cit., p. 11.

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pour eux la plus vive tendresse. 11 dissimulait surtout à l'endroit de l'Orphanotrophe qui lui était plus particulièrement odieux et contre lequel il machina la plus infâme trahison tout en l'appelant c son maître bien aimé, son seigneur, l'espoir de sa vie et de son salut ».

Psellos prétend que le jeune césar Michel, par l'artifice de sa ruse profonde, sut tromper tout le monde et cacher à tous le secret de ses pensées, mais que seul l'Orphanotrophe le devina. « Joannès, dit-il, se montra encore plus lin observateur que son triste neveu n'était dissimulé et ainsi il ne fut point sa dupe. Il lut bien vite tout au fond de l'âme «le ce terrible adolescent, mais ne pouvant plus rien changer à ce qui

avait été fait, il se garda d'en rien laisser voir. De son côté le neveu vil clair et comprit que son oncle l'avait deviné. Us vivaient donc en profonde défiance réciproque, machinant chacun de son côté de secrètes embûches contre l'autre, en apparence se faisant la meilleure figure. Chacun des deux s'imaginait qu'il trompait l'autre. Tous deux du moins ne se faisaient aucune illusion sur la nature de leurs sentiments. Ce fut Joannès le premier dont I habileté fut prise au dépourvu. En remettant de jour en jour le moment de se défaire de ce neveu qu'il avait élevé de ses mains, il manqua l'occasion d'en finir avec lui et devint sa plus notable victime. »

« J'ai coutume, termine philosophiquement Psellos, d'attribuer tous les grands événements de ce monde à la Sagesse divine. Ce fut un effet de Celle-ci, je n'en doute point, que de donner la succession de l'Empire au iils du Calfal et non à un autre membre de cette famille. Dieu savait bien que ce jeune homme serait le plus sûr instrument de la destruction de tous les siens, plus sûr qu'aucun autre ! »

Psellos nous fait encore quelques autres révélations intéressantes. D'abord, une fois l'élévation du nouveau césar accomplie, ceux qui en avaient préparé l'issue, l'eunuque en tète, croyant avoir ainsi assuré en leur faveur la succession immédiate du pouvoir, semblèrent se soucier

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