SIÈGE DE SALO.MQUE PAR LES BULGARES 3<U
de toutes ses hélépoles. L'assaut furieux dura six jours. Repoussé sur toule la ligne par la vaillance de la garnison commandée par un certain Constantin, parent du basileus, probablement son frère le grand domestique, et par celle des habitants, désespérant de prendre par la force une aussi grande cité, le prétendant bulgare se vit contraint d'établir un siège en règle, Celui-ci durait depuis quelque temps déjà, lorsque dans la journée du 20 octobre (I), jour de la fête de saint Démétrios, glorieux patron de la cité, la population tout entière accourue au tombeau du mégalomartyr, se mit en prières. Chacun usa avec dévotion du baume fameux, de la « myre », qui suait de son tombeau. Toute la nuit les oraisons passionnées en commun se succédèrent. Ce fut une t pannvehide » auguste de supplications solennelles, un des spectacles les plus extraordinaires et les plus impres- ltKUuVMHE lnm BYXA „ nN ^ sionnanls de la vie religieuse médié- .-onaervé au Biitùh Mamam. — Œuvre
charmante r/« .Y«" ou XI"' Siècles.
vale orientale. Au malin, tous les
bommes valides, réconfortés par ces pieux exercices, saisissant leurs armes, d'un bond coururent aux portes. Toutes celles-ci, à un signal, s'ouvrirent à la fois vomissant un flot de combattants qui se précipitèrent sur l'armée bulgare ! « Avec les milices urbaines, raconte Skylitzès, était également sortie la légion des Mégathymiens » (2), c'est-à-dire des « Grands cteurs ». M. Wassiliewsky a prouvé dans un mémoire presque fameux (3) que, par cette désignation quelque peu étrange, il fallait entendre la célèbre garde vajring ou russe dont j'ai eu si souvent déjà à raconter les exploits. Elle avait jadis suivi le basileus à Salonique et s'y trouvait à ce moment, alors que lui s'attardait encore dans la capitale.
L'attaque furieuse à l'improvistc par tous ces combattants rendus redoutables par leur désespoir et leur zèle dévot, réussit au delà de toute
(1) Murait, op. cit., I, 619.
(2) Tb tiïtMi itn MevaWjKov. Cédrénus, II, 532, 11.
(3) La droujina vrringo-ruêêe. etc.
302 LES l'OIU'llYROGKSÉTF.s ZOÉ ET TlfÉODORA
espérance. Les soldais d'Alousianos, complètement surpris, furent culbutés avant «l'avoir pu former leurs rangs. Incapables de résister à un si formidable effort, ils s'enfuirent en désordre. C'est qu'en tôte des assaillants, raconte encore le pieux chroniqueur, galopait le glorieux mégalomartyr Démélrios en personne, guidant l'armée romaine, forçant tous les obstacles accumulés sur son chemin. Ce miracle fut certifié sous serment par de nombreux Bulgares faits prisonniers dans la déroule. Tous déclarèrent avoir vu bondir à la tôte des légions romaines un jeune et superbe cavalier de la personne duquel se détachaient incessamment des globes de feu portant de toutes parts l'incendie dans les rangs bulgares. Ce n'est pas la première fois que j'ai eu dans cette histoire à mentionner ces récils miraculeux a peu près toujours identiques I). Ont-ils constamment trouvé leur origine dans la simple dévotion populaire surexcitée par les événements de guerre, ou bien n'était-ce point là quelque pieuse supercherie imaginée par les chefs pour relever le moral des plus poltrons, aussi des plus crédules? C'est ce qu'il serait difficile de décider.
Plus de douze mille Bulgares périrent dans cette déroule. Un nombre égal tomba aux mains des vainqueurs qui les vendirent à l'encan (2) . Le reste s'enfuit avec Alousianos et rejoignit Dolianos, demeuré en arrière avec le reste de l'armée rebelle.
Dans ce bref autant que précieux récit de Skylitzès aucune mention n'est faite de la présence du basileus Michel à Saloniqun durant ce siège de la cité qui lui était devenue si chère, pas même lorsqu'il est parlé de sa garde Scandinave. Il semble donc probable que la version de Psellos soit la vraie et que le malheureux basileus si malade était à ce moment à Conslantinople où il était accouru, nous dit Michel Attaleiates (3), aussitôt après sa retraite précipitée, pour y assembler de nouveaux renforts. Sa garde vjpring, au contraire, rentrée directement h Salonique, avait pris part à cette défense victorieuse, dont nous savons heureusement depuis peu quelque chose de plus.
Jusqu'à ces dernières années, en effet, je l'ai dit, nous ne connais-
!i) Épo t >ée, !, p. H4.
(2) Os diifîcv* fournis par Skylilzes sont probablement très exagérés.
(3) Op. cit., p. 0. I. 22.
aiÈGE ni-: salomque l'AR le* nvi.nAkEa
sions ce siège extraordinaire de la seconde ville de l'Kmpire par les bandes bulgares soulevées que par les quelques lignes de Skylitzès que je viens de ciler. Ni Zonaras ni l'scllos n'en souillent mot. Maintenant nous sommes un peu mieux renseignés, grâce toujours à ce précieux traité anonyme du Strategicon, retrouvé depuis peu, qui est devenu presque familier aux lecteurs de Y Épopée. On y lit un paragraphe relatif à ce grand événement militaire du règne de Michel IV. Disons de suite que ce nouveau récit du siège de Salonique est sensiblement différent de celui de Skylitzès. D'après le Strategicon, le siège, ou plutôt l'attaque de la ville par les Bulgares, n'aurait duré en tout que vingt-quatre heures. Pour Skylitzès, ce siège aurait été beaucoup plus prolongé et les Bulgares aussi auraient témoigné de qualités militaires bien autrement sérieuses, il y a entre les deux récils encore bien d'autres différences, mais moins importantes. Auquel des deux devons-nous plutôt ajouter foi? M. Wassiliewsky, qui a fait de cette question une élude approfondie, se déclare fort embarrassé pour répondre (l).
Quoi qu'il en soit, voici le texte de ce passage du Strategicon (2). L'auteur, qui n'était autre que le propre petit-lils du rédacteur de la première portion du manuscrit (3), nous raconte qu'il prit part personnellement à cette défense fameuse de cette grande cité grecque contre les forces bulgares soulevées. Je cite textuellement : « Si tu pars en guerre contre quelque nation, ville ou place forte, commence par établir ton camp et par y disposer ton armée, mais ne t'installe pas trop [très de l'ennemi, pour qu'il ne puisse pas le faire surveiller par ses espions. » Suit comme toujours dans ce livre Yexemple destiné à illustrer le précepte militaire dont je viens de donner l'intitulé: * Écoute par quelles tribulations ont passé certains chefs qui n'ont point observé ces précautions. Il est une ville: Salonique, qu'Alousianos vint attaquer à la tète d'une foule de Bulgares. Mais il négligea de forlilier son camp [i), ni ne sut l'établir dans un lieu propice. Tel qu'il était accouru avec son armée,
(!) Op. cit., 1™ éd., 1" art., p. 258.
(2) Parapr. 63.
(3) Voy. Epopée, I, p. 627.
■;-»} Le détail est hi> n nettement en contradiction avec le ivrit probablement moins précis d.- Skylitzès.
304 LES POHI'UYROOÈSÉTES ZOE ET THÈODORA
tel il voulut attaquer de suite le rempart. Cependant ses guerriers étaient fatigués par des marches et des fatigues telles, qu'elles eussent exténué les plus vigoureux. Aussi, avant même d'avoir songé à dresser leur camp, s'él aient-ils de suite répandus de tous côtés, les uns pour élancher leur soif, les autres pour faire pâturer leurs montures, d'autres dans le désir de reposer leurs membres fatigués. Quand les défenseurs de la ville eurent constaté de leurs yeux cet immense désordre, opérant une brusque sortie, ils fondirent sur les Bulgares dispersés et les mirent honteusement en fuite. Les uns furent massacrés ou bien moururent de soif ou d'autres privations. Le reste, enfermés comme des brebis dans un parc, furent faits prisonniers. Alousianos lui-même, ce parfait guerrier, s'enfuit solitaire après avoir jeté sa cotte de mailles. Songe à ces choses et qu'elles soient pour loi un exemple! »
Ce n'est pas tout encore I Ce môme auteur anonyme du Strategicun, qui fait un si bel éloge des vertus militaires d'un adversaire, nous révèle encore ce détail bien intéressant, presque romanesque, que, parmi les guerriers aux côtés desquels il combattait pour le basileus sur le rempart de l'antique cité de saint Démélrios, figurait le célèbre héros Harald, le fils du roi de Norvège, dont le nom fameux est revenu dans ces pages à plusieurs reprises déjà il). Voici ce passage très précieux. Au paragraphe 210 de son livre (2), parlant de ce Harald, l'écrivain anonyme, Nikolilza, le petit-iils de l'auteur principal du manuscrit, s'exprime, nous l'avons vu plus haut (3;, à peu près on ces termes: t Après la conquête de la Sicile, Harald s'en retourna avec ses hommes auprès du basileus et celui-ci l'honora du rang de manglabite. Après cela il survint une insurrection de Délianos en Bulgarie (i), et Harald se mit en marche à la suite du basileus ayant avec lui son détachement (3), et il accomplit contre l'ennemi des hauts faits dignes de sa valeur et de la noblesse de ses origines. Moimême, je combattais alors pour le basileus de toutes les forces de mon
(1) Voy. pp. 228 sqq. du présent volume.
(2, I». -J7 .le lu 2* éd.
(3; Voy. p. 231.
M} J'ai dit que dans le Strateyievn le nom de l'agitateur bulgare se trouve constamment ♦Vrit AtXtâvo;.
1,5) CVst-a-dire sa t droujine ».
HMtALt) A 6AL0NIQUE 305
àme et j'étais présent à ses côtés quand nous arrivâmes à Mosynopolis (1). Le basileus, pour récompenser Ilarald des fatigues de cette dernière campagne, le nomma au rang des spatharocandidats. »
Certainement, Ilarald, dans cette guerre contre les révoltés bulgares, dans celte héroïque défense de Salonique, faisait partie de celte fameuse
PLAQUE D'fVOtM: UYZASTIXK mnmtrvw un liritUU .Viuram. — Fragment de cafret. Mine an Tombeau. — X—-XI-* OÏérfc. — [DtlîtOn, Catnl. of early christ, antitj.)
légion t des Grands cœurs » mentionnée par Skylt'tzès (2). Il était un des chefs, sinon le chef principal de cette fraction de la garde vœring détachée à Salonique pour la garde du basileus qui séjournait presque constamment dans cette cité. Chose bien curieuse, nous possédons encore d'autres continuai ions du rôle si considérable joué par notre héros lors de la révolte bulgare, et cela dans des sources d'origine toute différente !
Parlant de son héros Ilarald, le scalde Tiodolf parmi des titres divers lui donne celui de « dévastateur de la Bulgarie » ! Puis encore Adam de Brème, l'historien allemand, raconte qu'il gagna des batailles « sur mer contre les Sarrasins, sur terre contre les Scythes », qui sont certainement ici les Bulgares ! (3)
(1) « 'Ev Munvoû ni\tt. »
(2) Voy. p. 301.
1.3 1 Voy. toutes ce» questions si curieuses, si passionnantes, du sièae de Salonique, de la lésion de* « Grands cœurs », xûv McyaWiJuov, de la présence de Ilarald parmi eux, de saint Oémétrios, du chef aveugle, des aventures amoureuses du héros Scandinave à Constantinople, traitées d'une manière infiniment intéressante par M. Wassilicwsky dans son mémoire inti-
Ll-s l'ORf'HYROOÉSJî TE S ZOE ET T1IÈODORA
Après ce grand désastre de Salonique, l'inimitié secrète ne fit que croître entre Dolianos et Alousianos, les deux chefs de la révolte. L'un était honteux de sa défaite, l'autre n'y voyait que trahison. Aussi ne cessaient-ils de se dresser des emhûches réciproques, chacun cherchant îivec passion l'occasion de se débarrasser «le son rival. Ce fut, raconte Skylitzès, Alousianos qui prit les devants. De connivence avec quelquesuns de ses familiers, sous prétexte d'un festin, il attira Dolianos dans un guet-apens. Quand son malheureux rival se trouva accablé de débauche et de boisson, il le lit saisir et lui tit crever les yeux et couper le nez avec un couteau de table avant qu'aucun de ses partisans se doutât de la chose.
Les récits des chroniqueurs varient quelque peu sur la suite des événements. Skylitzès dit qu'aussitôt après son forfait, Alousianos s'enfuit de l'année bulgare et courut faire sa soumission au basileus, qui séjournait pour lors avec les forces impériales dans cette ville de Mosynopolis, où l'auteur anonyme du Slrategiron nous dit aussi qu'il se trouva à ce moment auprès de son souverain, l'sellos, qui a été témoin oculaire, et qu'il faut donc, croire de préférence, donne quelques détails de plus. « Alousianos, dit-il, devenu chef unique des Bulgares révoltés, refusa d'abord de faire sa soumission au basileus et marcha à nouveau contre lui. II l'attaqua, mais fut battu (t) et dut s'enfuir. Alorg, découragé, inquiet pour les siens, il lit tenir au basileus des propositions secrètes offrant de se soumettre lui et son peuple à condition qu'on lui assurât des biens, des terres et des honneurs. Fidèle à la politique traditionnelle de Byzance, le basileus, trop heureux «l'être débarrassé à si bon compte de cette terrible sédition, accepta les avances du fils d'Aaron. Les deux adversaires eurent une entrevue secrète où fut réglée la scène théâtrale qui devait terminer cette
lui»' : La droujinn va>rimjo-ruM«, «'If.., pp. 126 à — Voy. sur le prétendu voyait- de llnmlil et de «es compagnons au Pine. Gn corovius. Ucsch. </. SI. Athen. I, 167. — Voy. à propos de la construction d'une église, varégue, la Panagia Varangiotissa, à Constantinople à cette époque, par Harald et ses compagnons, maleré la résistance du basileus. ibid., pp. 137àt3!>. — Dans le* Sagas, Harald. après son retour à Constantinople, va combattre une armée de païens sur les frontières «le l'Krupire. Il les but avec le secours de saint Olaf qui lui apparaît monté sur un cheval blanc. Pour accomplir un vœu. il fonde an retour une église à Constantinople. Il y a la certainement une réminiscence de suint Uénirtrios apparaissant aux défenseurs de Onstantinople.
Ml Michel Atlal. iates insiste sur les résolutions si promptes du basileu* Michel et sur les rapides et grands préparatifs faits par lui à Constantin. >pk> pour triompher de l'insurrection bulgare.
SOUMliSSiOX DE LA HVLGARIE
lutte sanglante. Alousianos, à la tète tic ses troupes, s'avança comme pour livrer bataille aux impériaux. C'était au devant des remparts de Mosynopolis. Abandonnant subitement son armée stupéfaite, le traître alla tomber aux pieds du basileus et implora sa grâce ! »
Pour prix de sa trahison, Alousianos fut créé magistros et comblé d'honneurs. Toutefois .Michel IV semble s'être défié de lui puisqu'il l'envoya sous escorte de Mosynopolis à Conslantinople à son frère l'Orphanotrophe qui eut probablement ordre de le tenir quelque temps encore sous une étroite surveillance.
Nous ignorons quelle impression fit sur les Bulgares la défection honteuse si inattendue de leur chef, issu de leurs tsars glorieux. Psellos dit seulement que, déjà très divisée, se trouvant sans chef, cette nation se trouva aussitôt vaincue et fit de toutes parts sa soumission au basileus. Skylilzès ajoute quelques détails. Suivant ce chroniqueur, Michel IV, après avoir expédié Alousianos à Conslantinople, quittant les cantonnements de Mosynopolis à la tète de l'armée, se serait rendu d'abord à Salonique. De là, malgré son affreux état de souffrance, ce prince intrépide n'hésita pas à s'enfoncer en pleine Bulgarie pour y procéder en personne à la pacification nécessaire. 11 y retrouva le malheureux mutilé Dolianos qu'il envoya à Salonique. Puis il parcourut courageusement l'intérieur de ces contrées sauvages. Manuel lbatzès, réunissant probablement autour de lui les derniers combattants bulgares demeurés fidèles à la cause de l'indépendance nationale, avait élevé de puissants retranchements en bois au devant de la place forte de Prilapon. L'ardent partisan se flattait t dit le chroniqueur, d'arrêter là la marche en avant du basileus et de demeurer maître de l'intérieur de la Bulgarie. Mais Michel, h la tête de ses troupes, détruisit rapidement ces obstacles, bouscula en un clin d'œil le système défensif du partisan bulgare, s'empara de ce dernier chef de la révolte puis, ayant tout replacé en Bulgarie dans l'état d'autrefois, ayant aussi réintégré les « stratigoi » impériaux à la tète des divers thèmes, il s'en retourna à Constantinople pour y jouir des honneurs du triomphe. Michel Attaleiates (I) dit que dans cette poursuite de la rébel-
(1) Éd. Bonn, p. 10.
LES l'OltPHYftOdÉXETES ZOÉ ET TtlEODOkA
lion expirante, l'énergique souverain s'avança avec l'armée, à travers une contrée infiniment difficile jusqu'à Triaditza, l'ancienne Serdica, et jusqu'en Illyrie, c'est-à-dire probablement jusqu'à Dyrrachion, triomphant partout des dernières résistances. De son côté, l'écrivain anonyme du Strateyicon, dans son chapitre NO consacré à exposer le danger des sorties mal combinées dans une ville assiégée, cite l'exemple suivant qui se rapporte à celle brillante campagne en Bulgarie du basileus moribond. « 11 existe, dit-il, une forteresse bulgare, nommée Boïana. Le basileus .Michel, pénétrant en Bulgarie durant la guerre contre celle nation et se dirigeant sur Triaditza, qui est Sofia, parvint jusqu'à cette forteresse (I) défendue par une belliqueuse garnison de boliades bulgares commandés par un certain Botkos. S'enorgueiliissant de leur bravoure, ces hommes, comme honteux de demeurer à l'abri de leurs murailles, sortirent pour combattre le basileus. Mais dès que le combat fut engagé, ces illustres Bulgares tournèrent les talons au plus fort de la lutte, et quand ils voulurent rentrer dans la ville, les Bomains y entrèrent pêle-mêle avec eux et s'en emparèrent après avoir fait un grand massacre de ses défenseurs. » Ce précieux détail inédit que nous fournil le Strategicon concorde tout à fait avec le récit de Michel Atlaleiates.
Nous ignorons ce que devinrent Allakasseos et Anthinios, ainsi que leurs armées. La Bulgarie était pacifiée, écrasée une fois de plus (2'. Dans cette année lOil, nous ne savons à quelle date exactement, la foule constantinopolitaine, émue d'un si tragique spectacle, acclama dans la Ville gardée de Dieu l'entrée triomphale de ce victorieux basileus mourant qui voulait expirer debout (:\). Michel le Paphlagonien ramenait derrière son blanc coursier une multitude de prisonniers bulgares, les plus illustres boliades, Ibatzès, le malheureux Dolianos enfin, si effroyablement mutilé ! Aucun historien ne nous a dit si Alousianos aussi suivit le cortège «lu vainqueur, mais c'est moins probable M).
(1) ISoiana est située au -sud de ii<ifia, au pied du fameux mont Viloch : BoVotYo;. Botxv««, Uouiv.
(21 Voy. dans (îelzer, lh-r l'utriurchiit von Ai'hrida,p. S, la liste des archevêques d'Achrida d<> cette époque, métropolitains de. Bulgarie d'origine precque. qui avaient succédé aux archevêques autoréphales de rare bulgare. Voy. du même : Krumbachcr, op. cit., p. 1002) la triste situation faite à l'Église bulgare par le haut clergé grée triomphant.
(3) Michel Attaleiates dit qui' le basileus célébra un double triomphe à pied et à cheval, li Mathieu d'Kdesse u consacre le paracr. Ml de son Livre 1" à l'historique de la réh«llion bulgare de l'an loi».
l'/.AQi'E D'IVOIRE ItYZ.iXTIXE eerrttnt ouverture à un riuiriuscrâ COfMBn^ à /'< liilttiotlièijut; lli-ynlt; <l? Munich. — /.e f'rucipeittent. — A'/"" nu .Y//*" &i#:ie*.
L'historien contemporain Psellos nous raconte qu'il vil «le ses yeux cette entrée extraordinaire. La population entière de l'immense Ville était accourue à la rencontre du hasilcus et de ces milliers de soldats et de captifs. Psellos vit passer le malheureux prince sur son cheval. Il semblait un cadavre. Ses mains, démesurément enflées, avaient peine à tenir les
310 LES POllI'HYllOC.kSÈTES ZOÉ ET TIIÈODCMA
renés. Ses Irait» étaient à tel point défigurés par l'œdème qu'ils en étaient méconnaissables. Après cette entrée, qui fut un spectacle splcndide, Michel figura aussi à l'Hippodrome où il fil défiler la masse des captifs devant la foule urbaine assemblée. « 11 montra ainsi aux Romains, s'écrie Psellos, que l'amour de la patrie peut ressusciter les morts et que le zèle pour les grandes actions peut triomplier de la plus extrême débilité physique. » Après tant de fatigues vaillamment subies, on porta au Palais Sacré le pauvre souverain défaillant (1).
Les chroniqueurs placent à cette même année 1040, dont la seconde partie fut remplie toute entière par la sédition bulgare, quelques autres faits moins importants.
Skylitzès note brièvement une conspiration contre le basileus, dans laquelle furent compromis de nombreux hauts personnages de la capitale et dont les chefs principaux furent Michel Kéroularios, si célèbre depuis comme patriarche de Conslanlinople, et son beau-frère Jean Makrenibolite. Les conjurés furent exilés et faits moines et leurs biens confisqués. Je reviendrai plus tard sur ces faits obscurs.
Le même chroniqueur parle encore d'un second complot qui fut, celui-ci, dirigé contre le grand domestique des Scholes d'Orient, Constantin, le frère du basileus, alors que ce personnage exerçait son commandement en Asie, en résidence à Mesanakta. Ce dut être quelque conspiration militaire d'un caractère très sérieux, car lorsqu'elle eut été découverte, on creva les yeux à Michel (Javras, à Théodose Mésanyctès (2) et à beaucoup d'autres officiers. Quant au patrice et exarque Grégoire Taronile, de la grande famille princière arménienne de ce nom, qu'on
(1) Probablement le fumeux guerrier Harald dénia aux cotés ilu basileus vive. ses Vierinça dans ce triomphe. Nous le verrons encore prenant part au soulèvement contre Michel le Kalaphate. Quelques années après, le héros Scandinave quitta llyzunce après dix nus de guerres en Orient, et revint en 1<>4« en Scandinavie partager avec son neveu Magnus le Mon l'autorité royale. I) périt comme l'on sait, en 1000. à la bataille de Stunfordbridge, en Angleterre. Il avait régné vingt ans sur la Norvège, et fut beau-frère du roi Henri I" de France. Le comte niant, op. cit., p. 12;t, est d'avis que sa visite aux Lieux Saints en 1034. affirmée par tous les SkaMeS contemporains, ne peut être révoquée en doute. Les Sagas ne nous ont laissé les noms que île trois de ses compagnons. Voy. la suite dans Riant, op. cit., p. 124, et dans Gregorovius, GescJt. d. St. Athcn, p. 171.
(2) Ou Mésonyctès? Voy. Epopée, I, pp. 102 et 7*3.