VIII INTRODUCTION
Degrand, C. Enlart, R. Kœchlin, E. Bertaux, J. de Morgan, Dobrusky de Sofia, le professeur Sp. l^mbros, doyen de l'Université d'Athènes, le père Petit des Assomptiounisles de Kadi-Keuï, le général de Beylie', la Société orthodoxe palestinienne, la Société impériale russe d'archéologie, la Société historique d'Athènes, qui m'ont contié et autorisé à reproduire les plus intéressants objets de leurs collections ou les plus précieuses photographies. Je dois des mentions spéciales à M. le professeur H. Graevcn de Trêves qui a bien voulu me communiquer les photographies de quatre monuments inédits intéressants entre tous et se dessaisir en ma faveur du droit de les publier, cl à mon jeune et savant ami M. Adamanlios Adamantiou d'Athènes qui, avec un zèle touchant, a bien voulu m'économiser un temps précieux en traduisant à mon intention de très nombreuses pages de Psetlos, cet auteur d'une lecture si peu aisée. MM. Hachette ont été, comme pour mon précédent volume, les plus aimables et les plus parfaits des éditeurs.
J'ai définitivement renoncé à publier le volume complémentaire que je destinais à l'art et à l'archéologie de la période dont je viens de terminer l'histoire. Je ne me sens plus assez vaillant pour entreprendre une œuvre aussi considérable dont je laisse le soin à de plus jeunes que moi. Je me bornerai tout au plus à publier d'ici à quelques mois un fascicule contenant la table des noms d'hommes mentionnés dans les quatre volumes de mon histoire, avec celle des illustrations groupées par catégories.
En terminant ce long et pénible travail, je ne puis que répéter lo vœu que je formulais à la iiu de Y Introduction du tome second : « Puisse le public de plus en plus nombreux qui s'intéresse aux choses de Byzance accueillir avec indulgence ce nouveau livre consacré à sa tragique et merveilleuse histoire (1) » !
Gustave Schi.umbercer.
l'aris, Août 1304.
,1 Pour 1h Biblhyrttphie des sources très nombreuses, je renvoie, femme pour le volume précédent, à celle très copieuse que j'ai publiée à la page ÏVJ du tome I d<- {'Epopée. Les travaui ou documents que j'ai consultés exclusivement pour ce tome troisième sont cités en note. Je n'ai pas cm devoir reproduire une fois de plus les titres de cette longue suite d'ouvrages qui occupe plusieurs pages du tome I et à laquelle je prie qu'on se reporte en cas de besoin.
COFFRET de bois à relique», recouvert de plaque» d'à» sculptées avec inices de dorure ancienne. — Partie supérieure. Figure empruntée à un groupe antique et deux guerriers. — Travail hytantin d'origine italienne dt-s XI** ou XII"' Siècle*. — Trésor de la entiiédrale de Capn d'htria en Istrie. — idrsn-en, Rlfenbein w., //, 16. >
ŒAfïïKî I
Constantin VIII demeure seul ha«ileu« d'Orient par la mort de «on frère Basil* II. — Caractère de ce prince. — Début» du régne. Le pouvoir aux main» de» mimique* — Mesure» de rigueur contre divt-r» haut» personnages. — Agression* de» Petehenègues et des corsaires sarrasins. Traité avec le Khalife d'Rgypte. — Affaire» de Géorgie et d Arménie. - Affaire* d'Italie. Anitttuid.. de l'étéque Werner de Strasbourg à • '••nstancinnple. — Mariage de Zoé, héritière du tronc de» basilei», avec Romain Arg\ro«, — Mort do • VIII, le 11 novembre 10».
asile II, un des plus grands parmi les souverains <h- Byzance, avait porté à nouveau, durant son rogne de près de soixante années, la puissance des successeurs île Constantin à un degré inouï, inconnu depuis les temps glorieux de Justinien. Tous les adversaires les plus redoutables de l'Empire avaient été successivement détruits, abattus ou soumis. Le Trésor regorgeait d'or. Tous les souverains étrangers sollicitaient le titre d'alliés de l'Empire. Et cependant , à peine le héros septuagénaire fut-il couché dans la tombe que l'éclatant soleil qui avait si longtemps brillé sur la Ville gardée de Dieu commença à s'obscurcir. De lourds nuages s'accumulèrent presqu'aussitôt ù l'horizon, sinistres avant-coureurs des pires tempêtes.
SOU D'OR da hutileus Cot tin VIII.
2 r.Fs fORPHYROUE.\ÉTF.S ZOÉ ET THhOOORA
Tous les chroniqueur» byzantins, Skylit7.es, Zonaras, (ilycas, Psellos aussi, bien qu'avec des réticences, celui-là exactement contemporain et témoin oculaire «lu règne, nous tracent de Constantin VIII un portrait infiniment peu flatteur à la date où, par la mort de son frère, le grand hasileus Basile II, qui l'avait, on se le rappelle, solennellement désigné pour son successeur, il demeura, étant pour lors âgé d'environ soixantecinq ans (1), le seul maître de l'immense Empire victorieusement restauré et relevé par ce dernier. Il fut proclamé basileus unique immédiatement après la mort de son ainé (2). J'ai tracé déjfi, surtout d'après Psellos, dont le témoignage est ici si important, la description aussi complète que possible de ce caractère lamentablement faible (3). Constantin VIII, disent a I'envi les chroniqueurs, à l'opposé tout à fait de son illustre frère, était de nature infiniment molle, indolente (i), très efféminée, de vie étrangement dissipée et oisive. Aussi Basile n'avnit-il jamnis consenti a l'associer au pouvoir effectif. Extrêmement enclin à toutes les sortes de jouissances, il se plaisait particulièrement aux spectacles, aux divertissements licencieux. Sans cesse environné d'un groupe de familiers détestables, presque tous de basse extraction, il aimait à assister en leur compagnie aux courses de chevaux ou de chars, à tous les spectacles excitants de l'Hippodrome de Constantinople, aux représentations le plus souvent honteuses des mimes et des baladins, passant ses jours à festoyer, à chasser, ses nuits à boire, à jouer aux dés. Il était avare, de nature très emportée.
A son avènement, il trouva le trésor de l'Empire rempli des sommes énormes (.">) accumulées par son frère et ne sut qu'en faire le pire usage, dissipant presque incontinent ces immenses richesses. Il n'était pas précisément lâche, mais son iune était vile, fuyant toute peine. Bien qu'il fût de prestance superbe, de très haute taille, bien constitué, d'essence très robuste, il ne pouvait supporter sans fatigue le poids de son armure de
1/ Voy. EpoiH-c, I, p. :\ïH, note 2. l's.-llos fait «;rr«-ur, svmblu-t-il, en «lisant qu'il «'lait Ak ,; d" 8oixanl<-ilix ans.
(2 J • L»> hindi 13 d. r. iiibrf, «lit Yahia.de grand matin. • Ka réalité c- fut lu 15 décembre. Basile «'-tait mort à la n.uvi.m.- heure <!»• <•«■ jour.
f3) È/topèe, I, p. 333.
f4j t 'Fa9v|xo; xat «ivj ntp'i tr.y rjytnWx» itwAi'yWi «, «lit Psellos. — Voy. le portrait trèa chargé do ce prince, trarï- on opposition à relui de son frère, dans Manasses (vers 6033 à 6050).
(5) On s« rappelle qu'à la date de la mort du Biilgaroctono, il n'y avait qu'un arriéré d'impôt de deux années.
PORTRA 17 MORAL DE CO^■$TA^TI^f VUÎ 3
mailles. Le son des instruments guerrie rs lui était, parait-il, insupportable.
J'ai dit, dans la première partie de cette histoire, combien son rôle avait été effacé durant le règne si long de Basile. Maintenant sa santé jadis excellente était devenue à tel point mauvaise par l'âge, la goutte et les excès, qu'il était parfaitement incapable de conduire au combat les armées impériales.
Je n'hésite pas à reproduire presque en entier la description si vécue que Psellos nous fait de ce prince : c 11 était, nous dit-il, d'une volonté si faible que le pouvoir n'avait pour lui guère d'attraits. Bien qu'elle habitât un corps robuste, son âme était timide. Trop âgé déjà, lors de son avènement, pour diriger en personne les guerros de l'Empire, il se dédommageait de cette infériorité en se montrant dur à l'excès à la moindre nouvelle fâcheuse. Au lieu de combattre les nations barbares les armes à la main, il préférait les empêcher de nous faire la guerre en distribuant aux chefs des dignités et des présents. D'autre part, il traitait avec la dernière rigueur ses sujets rebelles, les faisant châtier et mutiler cruellement. Plus prompt à la colère que quiconque, il ajoutait foi à toutes les calomnies, accablant de ses cruautés tous ceux qu'il soupçonnait d'aspirer au pouvoir. Il ne combattait pas ceux-ci à ciel ouvert, face à face; il ne leur infligeait ni l'exil, ni la prison, mais de suite il leur faisait crever les yeuxl Insouciant de toute équité dans la distribution des châtiments, il punissait avec une égale sévérité les plus vénielles comme les plus coupables fautes, aussi inexorable pour l'intention seule du crime que pour le crime accompli. Son but unique était de s'assurer ainsi la tranquillité la plus complète au prix de ces condamnations foudroyantes autant que draconiennes qui paralysaient et détruisaient instantanément toute hostilité, même naissante. Il traitait avec la même dureté les plus grands et les plus petits, n'épargnant pas les hommes d'Église, pas même les plus hauts placés. Une fois qu'il s'était mis en colère, il devenait presque impossible de lui faire entendre raison. Malgré ce caractère essentiellement irascible, il n'était pas étranger à toute pitié. Il savait se montrer compatissant pour les grandes infortunes, l'ami des malheureux. 11 n'avait du reste pas la rancune opiniâtre comme son frère Basile. Ses irritations les plus violentes étaient de courte durée. Il se repentait alors amèrement des
4 /.£•> l'OKPHYROGÉiïÈTF.S ZOÉ ET THÉOhORA
cruautés qu'il avait commises. Si, dans le cours de sa fureur, quelqu'un parvenait à lui faire entendre raison, loin d'en vouloir plus lard à celui-ci ou de le faire punir, il lui savait gré de l'avoir empêché de sévir. Par contre, si personne ne parvenait à se mettre en travers de sa colère, il brisait tout. Mais tout de suite, aussi la raison lui revenait. Il regrettait alors sa folie, se jetait en pleurant dans les bras de celui qu'il avait maltraité et s'efforçait de justilier ses actes par des accents tels qu'ils faisaient couler les larmes des yeux de ses propres victimes.
« Il avait la main large à faire le bien, plus peut-être qu'aucun autre basileus, mais cette bienfaisance n'était jamais ni équitable, ni égale. Il comblait de ses munificences ceux qui l'entouraient, mais il oubliait presque totalement ceux qui étaient au loin. Il ne faisait guère sa société que des eunuques du Palais qui étaient en réalité ses seuls amis. Ceux-ci, qui étaient d'humble naissance, généralement d'extraction païenne et barbare, ayant été élevés sous ses yeux, avaient pris de lui quelques-unes de ses qualités. Chose étrange, ces hommes s'efforcèrent, en général, de racheter l'igtiominie de leur origine par leurs actes et se montrèrent d'esprit plutôt libéral, nullement avides de s'enrichir, plutôt empressés à rendre service, à combler chacun de leurs bienfaits T. »
Ce faible et vieux souverain, si longtemps maintenu au second plan par son frère, si longtemps confiné dans son rôle subalterne de second basileus, se trouvait enfin le maître d'en agir à sa guise. Comme je l'ai dit, il abusa presqu 'aussitôt de ces pleins pouvoirs illimités. Apre h réparer les années perdues, sentant que le temps pressait, il s'en donna h cœur joie, * à bouche que veux-tu *, dépensant sans compter pour ses plaisirs les immenses trésors de l'Etat accumulés dans les souterrains du (irand Palais avec tant de vigilance par son frère. « Ce fut comme son idée fixe, sa préoccupation unique, a-t-on dit fort bien, de dépenser ces richesses. » Il y en avait pour deux cent mille livres d'or, au dire de Zonaras, qui se
(1; Yaliiu, oy. ci/., éd. flosc-n, p. 69, dit que Constantin (Il mettre aussitôt en liberté tous les complices do Nicéphore l'hocas et de Nicéphore Xiphias qui, pour avoir prMé secours à ces deux rebelles, avaient été emprisonnée p;ir urdre de Itasile, ainsi que beaucoup d'autres condamnés voy. Èpofvr. IF, pp. SU sqq. r L'écrivain syrien est seul à parler de celle amnistie, dont li-s riyzanlins n«- semblent rien savoir. Mathieu d'Kdesse dit pourtant, on le verra plus loin, que Constantin lit ouvrir 1rs prison* à son avènement.