‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 9 sur 90 · TRISTES DÉRU'IS DU RÈGNE · texte numérisé non relu

TRISTES DÉRU'IS DU RÈGNE

sert encore ici de cette expression pédantesque de « talents » dont probablement Psellos est le véritable éditeur responsable. Si vraiment t talents » signifie « livres », il y en avait pour un nombre considérable de millions.

« Le mal que ce pauvre basileus fit en très peu de temps fut immense », dit, probablement avec quelque exagération, Skylitzès. Tout ce que Basile dans son règne si long avait assemblé autour du trône de fonctionnaires capables ou distingués par leur naissance ou leurs vertus dans les plus hautes fonctions de l'Etat, tout ce qu'il y avait de personnages considérables et dévoués à la dynastie, aussi bien dans le domaine civil que dans l'ordre militaire, fut instantanément congédié, disgracié, remplacé dans les postes les plus élevés par les compagnons de plaisir, plutôt de débauche, du nouveau basileus , tous individus des moins recommandables, s'il faut cm croire la plupart des chroniqueurs. Tous étaient de basse origine, pas un de naissance noble. C'étaient d'anciens esclaves, des eunuques, des étrangers infimes, des domestiques du Palais, personnages incultes, de vrais barbares, misérables comparses que Basile eût écrasé du pied et auxquels Constantin, poursuivant les errements de toute sa vie, accordait au contraire son entière faveur.

Le nouveau basileus n'était point dépourvu d'esprit. Il aimait à se mêler aux luttes de la parole et discutait avec quelque grâce. Bien que son éducation eût été très négligée, comme il était fort intelligent, il était doué d'une remarquable facilité de parole qui allait parfois jusqu'à l'éloquence. Il était en ceci tout l'opposé de son frère, le rude et peu disert Basile. Ajoutez à ces dons la voix la plus douce, la plus harmonieuse. Son parler était si rapide que lorsque, par aventure, il dictait quelque dépêche, le plus agile des secrétaires était inhabile à le suivre. Kl cependant il avait

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.SCEAU DE PLOMB de nui Collection retrouvé à Conttantinnple, ayant appartenu à Nikolafx, proèdre, parakiiiiomène de l'empereur Constantin VIII >'t domestique des Scholes d'Orient.

LES PORPHYROGÉKÊTES ZOÈ ET THÉODORA

la fortune d'avoir à son service de nombreux scribes écrivant très vite. Aussi le métier de ceux-ci était-il des plus fatigants. Souvent ils en étaient réduits à rendre par des signes tachygraphiques la pensée impétueuse du maître.

Le grand Basile avait constamment tout fait par lui-même. Cela avait été pour lui une habitude invétérée. Constantin, bien au contraire, ne s'occupait en rien de gouverner. Tout au plus consentait-il à donner parfois audience aux ambassadeurs étrangers. Dans ces occasions solennelles, il remplissait son rôle de souverain avec une vraie maestria. Ou bien encore, comme je l'ai dit, dictait-il quelques lettres.

Après avoir ainsi fait place nette nu Palais et dans les ministères et congédié tous les excellents fonctionnaires depuis si longtemps mis à l'épreuve par son prédécesseur, Constantin se hâta de remettre toute l'administration de l'Kmpire aux mains de six eunuques, ses familiers, personnages d'ordre très humble. Au premier abord, en lisant dans les chroniqueurs, surtout dans Psellos, aussi dans Skylitzès, le portrait si chargé de ce prince lamentable, en voyant ceux-ci raconter a l'envi qu'à peine fut-il seul sur le trône, « il poursuivit son existence toute de volupté, en véritable esclave de son ventre et de Vénus >, on pourrait croire à quelque exagération. Il suffirait alors de lire les noms des personnages qui composèrent le nouveau gouvernement pour s'apercevoir qu'il n'y en a vraiment aucune. La stupeur des bourgeois de Constantinople dut être extrême quand ils apprirent simultanément ces nominations scandaleuses, œuvre d'un basileus qui, méconnaissant à ce point tous ses devoirs, ne sut pas mieux choisir ses ministres qu'il ne savait se passer d'eux. Écoutez et jugez : Nikolaos, premier cubiculaire, autrement dit premier valet de chambre du basileus, eunuque, fut, chose incroyable, nommé domestique des Scholes d'Orient, c'est-à-dire généralissime en Asie, la plus haute charge militaire, et parakimomène, 'autrement dit le premier des conseillers intimes, littéralement « celui qui couche à la porte de la chambre du basileus > [\). Nicëphore, second personnage de l'Empire après Nikolaos, également eunuque, fut créé protovestiaire, c'est-

Voy. à la pa«e précédente le sceau de plomb de ce personnage, faisant partie de ma Collection.

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