‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 87 sur 90 · SCÈNE DRAMATIQUE AU ST0UD10N · texte numérisé non relu

SCÈNE DRAMATIQUE AU ST0UD10N

t Je n'avais pas pris parti jusque-là bien vivement. Cependant je n'étais pas insensible aux infortunée <le la basilissa Zoé et j'étais assez violemment irrité contre le basileus à cause de sa conduite abominable envers sa bienfaitrice. .Mais quand, après avoir, avec toute la peine imaginable, fendu cette foule compacte, j'arrivai à l'autel et que j'eus aperçu les deux malheureux, le basileus à genoux, tenant embrassée la Sainte Table de l'autel, le nobilissime debout, à sa gauche, tous deux mécon-

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naissables dans leurs vêtements sordides, tant la confusion cl l'épouvante de la mort altéraient leurs traits, toute ma colère s'évanouit avec la rapidité de l'éclair. Comme frappé de la foudre, je demeurai stupide et muet devant une si complète et si soudaine catastrophe. Je me mis à maudire la vie qui peut nous faire commettre des actes aussi insensés. Un Ilot de larmes me monta aux yeux. Touché de compassion pour une si affreuse infortune, je me mis à sangloter et à gémir.

« Cependant la foule hurlante pressait de plus en plus les deux victimes, et toutes ces bêles fauves menaçaient de les mettre en pièces. Et

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moi, je me trouvais debout au col»- droit de l'autel, versant des larmes. Alors les deux malheureux agonisants m'apercevant, me reconnurent. Voyant que je ne les injuriais pas comme les autres, mais que la pitié m'arrachait des pleurs, saisissant mon regard, ils se précipitèrent de mon côté comme pour se mettre sous mo protection. Une conversation haletante, étrange et dramatique, s'établit hâtivement entre nous. Je commentai par blâmer doucement le nohilissime de s'être joint au basileus pour maltraiter la basilissa. Puis, m'adressant â ce dernier, je lui demandai ce qu'il avait à reprocher à sa mère et sa souveraine pour avoir osé méditer contre elle un tel forfait. Tous deux tentèrent de s'excuser. Le nobilissime me jurait qu'il n'avait ni aidé, ni encouragé son neveu. Il aflirmait môme que s'il eut tenté de se mettre en travers des projets de celui-ci, il lui eu aurait conté les pires infortunes, « car, ajouta-t-il, en désignant du doigt le basileus, misérablement affaissé, celui-là est à tel point entêté dans ce qu'il veut faire, qu'il n'y a aucun moyen de l'en empêcher. Certes, je l'eusse tenté si c'eût été possible, et moi et les miens nous ne serions pas ainsi abîmés dans l'angoisse de la mort (1). Quant au basileus, baissant la tête, pleurant et gémissant, il ne dit que ces seules paroles : « Non, Dieu n'est pas injuste! Je subis la juste peine de mes crimes. » Kn même temps, il embrassait plus étroitement la Table Sainte. Tous deux expiraient littéralement de terreur. Quant à moi, j'espérais encore que les choses en resteraient là, et je contemplais curieusement cette scène lugubre, philosophant en moi-même sur cette succession inouïe de catastrophes. Hélas, je n'en étais encore qu'au prélude de la tragédie ! »

Ce tumulte abominable durait depuis des heures, et la journée était presque écoulée. La foule en démence entourait toujours les deux fugitifs en les insultant et les foulant. Un respect superstitieux l'empêchait seul de les arracher à ce refuge très saint, infiniment vénéré. Mais elle .montait la garde pour prévenir leur fuite et s'assurer qu'ils finiraient par périr. Connue le jour baissait, on vit enfin arriver un haut fonctionnaire dépêché par la basilissa Théodora avec ordre d'emmener les

Ici Psellos fail une digression pour prouver à ses lecteur» la mauvaise foi du nobi-

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