‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 88 sur 90 · LE SUPPLICE DU KALAPUATE EUT DÉCIDÉ · texte numérisé non relu

LE SUPPLICE DU KALAPUATE EUT DÉCIDÉ

fugitifs. Avec ce personnage accourait une foule nouvelle, mélange confus de soldats et d'hommes du peuple.

Skylilzès nous fournil quelques détails qu'on ne trouve point dans Psellos sur la scène qui s'était passée au Palais et qui avait motivé l'envoi de ce haut fonctionnaire dont il nous donne le nom. Psellos nous l'avait caché, gardant celle même prudente réserve pour tous les hommes en vue dont il raconte les actions.

La basilissa Zoé ayant achevé de remercier la foule, avait demandé ce qu'elle devait faire du hasilcus. Tous alors, d'une seule voix, avaient crié: « Mets à mort le scélérat, ô notre souveraine, fais-le tuer! Qu'on l'emporte! Qu'on le mette en croix! Qu'on lui crève les yeux ! * La bonne Zoé, outre son horreur naturelle pour les supplices, avait encore le cœur plein de compassion pour le misérable qui l'avait si indignement traitée. Elle hésitait à obéir au peuple. Mais elle n'était plu» seule à commander. Théodora, qui, sous la feinte douceur — probablement commandée par la prudence — avec laquelle elle avait semblé accepter sa longue et cruelle disgrâce, cachait une rancune concentrée, incapable de dissimuler davantage ses sentiments, ordonna au nouveau Préfet de la Ville, Kampanaros, qu'elle venait «le nommer en place de l'incapable Anastase, de se rendre en hâte au couvent de Stoudion, d'en arracher par ruse les deux réfugiés, et de leur faire crever les yeux. C'était là le messager funèbre dont parle Psellos, qui était arrivé au Stoudion dès la tombée de la nuit . !). La restauration possible du Kalaphale par la longanimité de Zoé était pour Théodora et son parti un péril tel qu'il fallait à tout prix en finir avec le misérable. On sail combien, à Hyzance, on avait de faible pour ce châtiment alïreux de la perte de la vue par perforation, hrùlaison ou arrachement. Il ne tuait pas, donc il ne mettait pas celui qui avait ordonné le crime en danger de perdre son l'une, mais il arrivait à un but identique en paralysant du coup la victime qui devenait un corps 9ans aine et sans vie. 1) n'y avait pas d'exemple dans la sanglante histoire de l'Empire d'Orient qu'un homme, môme de premier ordre, diminué

(l.i N y a M |>«**«e <s olisi ur de iSellus. Il désigne ce messager par ces iuols qui demeurent pour im.i inexpliqués. » un de ceux qui avaient choi*i depuis peu pour eux les prière» ». Kd. Buiy, p. s».

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par un tel supplice, fût jamais parvenu à jouer de nouveau un rôle quelconque.

Kampanaros, se dirigeant vers l'aulel à travers les rangs presses des spectateurs, commanda violemment aux deux réfugiés de sortir. Voyant la foule plus acharnée que jamais, épouvantés aussi par le ton de menace du préfet, ils refusèrent de se lever, saisissant avec plus de force les colonnes qui soutenaient l'aulel. Alors Kainpauaros, modifiant son attitude, leur parla avec une feinte douceur, jurant par les plus saints serments qu'il ne leur serait fait aucun mal s'ils consentaient à obéir. Kux, comme frappés d'épouvante, demeuraient inertes, se répétant que s'il fallait subir la mort, il était préférable de périr au pied de l'autel que d'être massacrés dans la rue.

Kampanaros, désespérant de réussir même par la douceur, se résigna à violer le saint lieu. Sur son ordre, on empoigna Michel et le nobilissime qui poussaient des cris affreux. Cramponnés à l'autel, ils invoquaient douloureusement les saintes Icônes, les prenant à témoin de cette impiété. Le spectacle était si poignant que la plupart des assistants tinirent par être émus. On se disputait violemment dans l'église. Beaucoup cherchaient à obtenir de Kampanaros la promesse qu'on ne tuerait point les malheureux. Ceux qui les entraînaient ayant promis tout ce qu'on voulait pourvu qu'on les laissât faire, eurent finalement gain de cause. On tira par les pieds jusque sur la place devant l'église le basileus et le nobilissime. Ils y furent accueillis par des vociférations infinies. On les tournait en dérision. On chantait des chants de circonstance, des * tragoudia >, on dansait, on riait autour d'eux. Puis on les jeta chacun sur une misérable mule (\) et on les transporta en cet équipage à travers les lazzis de celle multitude, au-dessus du couvent de Péribleptc, dans l'endroit appelé Sigma. C'était un portique du grand Palais Sacré 2 Sur la route, on rencontra le bourreau envoyé pour leur crever les yeux.

Il fallait se hâter. « Ceux, en effet, dit Psellos, qui étaient du parti de Théodora, connaissaient le caractère follement jaloux de Zoé. lis

il) Michel Att«leiot<* op. cit., p. 17, dit qu'on les mil sur une charrt'Ue* :2.i Vny. Crrim., II. M.

MINIA TU RE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de l'Histoire de Skylilzrs, de Ut Midi thèque Nationale de Madrid. — ML-het V et son oncle le Siifnlissime traînés à travers l'Agora et aveuglés. — (Millet, II'"- Études, V. 1S68.,

savaient qu'elle préférerait partager le trône avec un valet d'écurie plutôt qu'avec sa sœur. » Href, ils redoutaient, je l'ai dit, un retour imprévu, et que, par la volonté de la vieille basilissa, Michel ne parvint à remonter sur le trône. A tout prix, il fallait en finir avec celui-ci. On décida de passer nuire aux protestations d'une partie de la fouie, mais comme liche de consolation, on convint de s'en tenir aux ordres de Zoé, de ne point tuer les deux princes, seulement de leur crever les yeux.

Une fois les victimes amenées sur la place du Sigma, on lit aiguiser les fers. « Quand l'oncle et le neveu virent qu'il n'y avait plus d'espoir, dit Psellos, une partir; «lu public «'tant conln; eux, les autres laissant faire, ils pensîrent rendre l'aine «le peur, demeurant sans voix. Un sénateur qui se trouvait parmi les spectateurs s'elTorça par de bonnes pan des de leur rendre quelque courage. » l'sellos, qui avait suivi le tumultueux cortège, assista à la tin du drame. Le basileus eut une allilude infiniment piteuse, gémissant, se lamentant, invoquant tous ceux qui l'approchaient, suppliant humblement Dieu de ses mains jointes, les étendant vers toutes l»;s églises, vers tout ce qu'il apercevait. Skylitz.ès «lit qu'il supplia lâchement qu'on aveuglât d'abord son oncle qui, suivant lui, était le seul vrai coupable. Le nobilissime, au contraire, après avoir, lui aussi, montré

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<|U<*lque pusillanimité, quand il vit qu'il n'y avait plus «le saint à espérer, se ressaisit tout à fait. Ktanl d'âme autrement virile que son neveu, il sembla prendre bravement son parti du sort qui l'attendait. A l'approcbe «les bourreaux, il s'offrit de lui-même. Comme la foule, avide de contempler son supplice, (étouffait presque, ne laissant aucun espace libre, il s'adressa d'une voix ferme à l'officier qui commandait : « Fais donc reculer tout ce monde, lui dit-il, et tu verras que je saurai subir mon sort avec courage. » Puis, comme on allait lui lier les mains, il s'y refusa, disant au bourreau : « Si je bouge, tu seras libre de m'attacher au poteau. * Puis il s'étendit de lui-même sur le sol, sans pAlir, sans un cri ou un gémissement, immobile comme un mort. On lui arracha les deux yeux, durant que Michel, haletant d'angoisse, battait l'air de ses mains, déchirant son visage, se lamentant à haute voix, emplissant l'air de ses cris.

Quand l'horrible mutilation fut achevée, le nobilissime, se levant de terre sans l'aide de personne, montrant h tous ses orbites vides ruisselants de sang, soutenu par quelques fidèles, s'entretint avec eux dans un calme si surprenant, un courage tellement surhumain, qu'il semblait indifférent. Puis ce fut le tour du basileus. Celui-ci montrait un tel désespoir, il adressait au ciel des prières si désespérées, que le bourreau, craignant qu'il ne se débattit, dut le lier fortement. Puis tout fui accompli (I).

I) La Vil? de saint Lazare de fialesion, mort le 7 novembre 1054. vie récemment publiée par M. l'hr. l.aparev d'après un manuscrit contemporain de ce saint conservé au mont Athos l Viz. Vrrm., 1*87. pp. X,7-NMi fournit quelques deuils historique* intéressants sur les événement* et le» personnages île celle, époque \<>y. Ilyzmtl. ZeUêc/ir., VII. p. 477 1. Ce sainl. qui, île hi «m nom terrestre, s'était appelé Léo», originaire d'une ville de Magnésie, probablement Magnésie de Carie «iir le Méandre, né de parents fortuné», élevé au monastère d't Induis, après avoir entrepris trois fois sans succès le voyage de Jérusalem, avait pris en religion le nom de Lazare et mené sejii mus durntil, à la fin du x"" sièrle, l'existence d'un ascète dans une grotte près d'Altaliade l'ampliylic, en compagnie d'autres religieux qui l'élirent pour leur chef. Après cela il avait enlin réussi a gagner la Ville Sainte, Puis il était «lié résider six ans au couvent fameux de Saint-Sabas. Nomme pin» (uni par le patriarche île Jérusalem prolodiaere, plus lanl encore plaire, il avait abandonné délliiiiivemeni le séjour de Sainl-Sahas, à la suile de la ib vaslalion de Jérusalem par le Khalife Azis, eu Tan intt'.t. Il était retourne alors dans sou pays d'origine et, uprès diverses vicissitude*, s'élail fait slylite sur le mont (.alesimi. Iiu haut de sa colonne, il attirait pauvre» et ricin s par le renom de sa sainteté. Vénéré par les métropolitain» successifs d'Kphèse. Théodoros II et Kiilhymios, accnmplissanl de nombreux miracles, il connut « ■•elle épiiqne île sa vie une foule de hauts fonctionnaires et de prêtres dont les noms sont cites dans sa IV manuscrite. Parmi eux, il nous faut citer ce Ni. ephore K«mpanaros, préfet de

IIAUM.l) A COSSTASTIXOI-I.i:

Les Sagas parlent en ternies prolixes en v ajoutant des détails fantastiques de la participation effective de Ilarald Ilardrada à la grande sédition du mois d'avril 1042. Dans des pages d'un grand intérêt (1), M. Wassiliewskv a démontré que parmi beaucoup de laits d'ordre uniquement légendaire, on en pouvait démêler quelques-uns de vrais. Très probablement Ilarald, alors en disgrâce et enfermé pour quelque méfait, a fait partie des prisonniers délivrés par la populace. Presque certainement aussi, il a combattu aux côtés des éiueutiers pour la cause de la basilissa Zoé, pénétré avec eux dans le Palais pris d'assaut, pillé avec eux les chambres du Trésor, assisté au supplice du malheureux Kalaphate, supplice auquel il a peut-être même pris une part effective. Cet aveuglement du basileus Michel a dû vivement frapper les imaginalions de l'époque. Les deux rédacteurs successifs du recueil si précieux du Slrategicon, tant de fois cité par moi, notent tous deux avec émotion qu'ils furent les spectateurs de ce drame qui plongea soudainement dans l'infortune ce prince jusque-là favorisé du sort ;2).

C'est à ce moment (pie nous entendons pour la dernière fois parler du héros Flarald à Constantinople, au service de l'Kmpire d'Orient. Les

la Ville, dont nous venons «le voir le rùlc actif dans le supplice <ln basileus Michel. Dans la Vie, son nom est écrit Katupanès, Kannav/;;. Le saint, en l'an M ta qui vit ces terribles événements, lui adressa à Constantinople une lettre dans laquelle il est fait allusion à la chute de Zoé. puis à celle du Kaluphale immédiatement consécutive, circonstances à l'occasion desquelles Kampanaros, nommé par Théodora éparque ou préfet de la Ville, joua, on l'a vu, un rôle important.

Je saisis l'occasion de rappeler ici le nom d'un autre saint byzantin fameux, contemporain de ces événements trafiques, suint Cluïsiodoiilos ou Christudule, réformateur des moines orientaux, fondateur, en 1070, du couvent de Saint-Jean, a l'atioos, dont le uiélropuliinin Jean de Ithodes écrivit la vie. Il était né vers 1020 aux environs de Nicée. || se retira à vingt ans au mont Olympe de Hilhynie. Il fit ensuite un voyage a Home d'où il arriva à Jérusalem en 101.». Puis il entra dons un «les couvents «pie les solitaires avaient fondés nu désert du Jourdain. Ce n'est que plus lard qu'il alla au mont Latros où il fut supérieur général de cette sainte région, puisa Cos et de là a l'atmos. enlin en Kubée. Voy. K. Le Iliirliier, Sain! < hristixtule et In reforme île* o,u«enl* '/rets au XI" xvilt; Paris. 1863, Voy. encore Vtln (hri.U'iluli, éd.

J. Sakkeli.m. WxùvM* Upi tov W'.v* Xfn:v,w. 0 v, 3* éd.. par les soins de K. Home,

Athènes, 1881. et l>. P. IteliHUilin. Chrittotiule, hi'joitmenc île Saint-Jeu n a l'nlmun, lier, de l'Or. chr., V. pp. 21. '> à 2 M, etc., etc. Voy. encore Krumlmiher. liiji. LUhruttmjexih. 2 1 " éd., pp. 106. 11MI, 315, 317 et .108 et Hopf, <n>. cit.. p. 116. -- Saint M. l. tios le jeun.-, né vers I0.1H dans un bourg de Cappadoce. entra ver* lo.'.lt au couvent de Saint-Jean-Clirysosiome à Conslantinople. Il ne commença ses grands voyages qu'en 1070. Voy. Ityz. ZeiUchr., ||, pp. 310 sqq.

1) ht ilroujiua r&riuyo-ruHKe, 2-' art., pp. 139 à 1 ."»:» et Strnte'jiwn, f* éd., pp. ICI sqq. ,2 Voy. pour kékauménos neveu le chap. 138, p. 30 de la 2'* éd., et pour Nikolïtza, ibi.l., le diap. 232, p. lu».

.ViO LES POItf'UYROr.ESFTf'.S ZOÉ ET THKODORA

Sagas nous racontent que, couvert «Je gloire, riche «lu butin conquis et des récompenses acquises, il quitta la Ville gardée de Dieu et se rendit d'abord auprès du grand duc Yarosiav dont il épousa enfin la fille aînée Ellisifr, sa obère fiancée de tant d'années. Nous savons en outre par l'écrivain anonyme du Strateyicon que ce départ fut furtif (1). Harald retourna dans sa patrie vers l'an lOii ou 101-îi. Il y devint roi de Norvège, d'abord de concert avec Magnus, puis seul à partir de MUT. Il fut ensuite prétendant à la couronne d'Angleterre et périt dans ce pays en UlliC», à la bataille de Slaufordbrige, où il fut vaincu par le roi llarold. J'ai parlé déjà dans le tome second du présent ouvrage (2: des inscriptions runiqm's gravées sur le dos du plus grand des lions colossaux du Pirée, rapportés jadis à l'arsenal de Venise par Morosini. J'ai dit que ces inscriptions si curieuses pouvaient avoir été gravées par des soldais russes de Basile II. M. Wassiliewsky est d'un avis différent (3). E voit dans ces étranges t graffiti » la main de Harald et de ses compagnons, venus dans celle lointaine Athènes à la suite de l'invasion bulgare jusqu'à Tbèbes en lOiO. Chose extraordinaire, en effet, ces inscriptions, qui parlent de la prise du Pirée par les Scandinaves à la suite d'une insurrection de la population grecque locale contre le basileus, portent, entre autres noms Scandinaves, celui de Harald le Haut ou le Long. M. Wassiliewsky identifie ce personnage avec notre Harald qui, à la suite de l'invasion du sud de la péninsule des Balkans par l'armée du bulgare Anthimos, aurait été chargé' par le basileus de reconquérir avec ses compagnons la ville d'Athènes soulevée contre son autorité. Après cela, le chef Scandinave et ses soldats seraient passés immédiatement à Salouique, où ils auraient pris à la défense de cette place contre les quarante mille Bulgares d'Alonsianos la part glorieuse que l'on sait. Les affirmations de M. Wassiliewsky, basées sur une fausse lecture faite en 1856 par Bafn

(I) Voy. dans le Stt<iir<jim>i, l">d.. p. 343, les motifs par lesquels Wassiliewsky explique ce. départ clandestin. - Le récit «les Sagas est très différent. Zoé. amoureuse de Harald. le fiit jeter eu prison, etc., etc. Ifopf., op. cit., p. 117, avait déjà précédemment adopté la nieme opinion fondée sur la lecture «le Rafn. Voy. encore Couret, op. cit., pp. 120 à 121, et Constanlinidès, op. rit., pp. 2:iM sqq., puis encore liusi, Stonn. llaraitl Unnrdraade og \'.rriugrrnr % «fe 'jr«ruk« Keineres Tj>-nr»tr, Mut. Tidukrift, 2, rwkke 4 Christiania. 1*H«\ pp. 354-386.

2 Kpo t **. Il, p. 4U8.

t.u <tr,mji,ui vxrinyn-rutv. 3'« art., p. 118.

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