La victoire de Verdun : Une bataille de 131 jours. j
i dégager. Faites-nous donner de suite communication l par Souviile. C'est mon dernier pigeon. » l a Le dernier pigeon ! Les fils téléphoniques sont depuis longtemps coupés et les signaux ne fonctionnent pas . Le fort est maintenant isolé. Or, le 5, à 3 heures du matin, le poste de commandement de la division voit arriver deux hommes qui, — tout simplement, — sont sortis du fort et viennent rétablir la communication. Les signaux vont recommencer à fonctionner, et rien ne sera plus dramatique que ces suprêmes appels du fort. « L'ennemi travaille à partie ouest du fort à constituer fourneau pour faire sauter voûte. Tapez vite avec artillerie. »
« Dix minutes plus tard, il insiste : «Où étes-vous? » A 8 heures, n'ayant pas reçu de réponse ou n'ayant pas pu la déchiffrer, il avoue son angoisse : « N'entendons pas votre artillerie. Sommes attaqués par gaz et liquides enflammés. Sommes à toute extrémité. » A 9 heures enfin, ce signal lui est transmis : « Courage î Nous attaquerons bientôt. » Le fort, tout le jour, attend. Quand la nuit est venue, il donne des signes d'impatience. Le commencement du message qu'il adresse ne peut être compris. La suite est déjà pareille à un adieu et à un testament : il y parle de ses défenseurs au passé....
« Cependant que se passe-t-il à l'intérieur du fort ? Personne ne dort, sauf quelques blessés à bout de forces. Le commandant Raynal, appuyé sur sa canne, fait le tour des couloirs. Il parle peu, il est préoccupe, mais son attitude énergique rassure. « Les officiers, dit un témoin, passaient sans cesse au milieu de nous • ils avaient leur calme habituel, mais nous sentions qGc rheure était proche, car ils examinaient tous les détails. » Un sous-lieutenant du 142^ régiment, qui se bat |sur le plateau hors çiu fort, décrit à un camarade
ces terribles journées. « Tout n'était que feu et poussière, et, dans cet enfer, quelques soldats aux aguets empêchaient les masses boches de passer. Leurs attaques se sont renouvelées tous les jours, tantôt frappant ici, tantôt frappant là; jamais nous ne leur avons cédé un pouce de terrain, tant qu'il y a eu un soldat pour le défendre. Je ne te dirai pas les souffrances que nous avons endurées. Pas d'eau, pas de ravitaillement : ceux qui ont voulu nous en apporter sont restés en route. Il n'y a que les munitions qui ne nous ont pas manqué. . . . * )>
M. Henry Bordeaux a été également en mesure de publier ce document de source allemande :
« Quartier général des troupes d'assaut, nord-est de Vaux.
« Le 2 juin, à 4 heures du matin, les quatre compagnies d'assaut étaient disposées en demi-cercle à 100 mètres environ autour du fort de Vaux, un fossé qui, large de 10 mètres et profond de 5 mètres, entre ses murs abrupts de grosses pierres carrées, enferme tout l'ouvrage en forme de trapèze irrégulier. A travers l'affreux feu de barrage des Français on n'avait pu traîner jusque sur la hauteur du fort qu'une partie du matériel : des lance-flammes, des grenades à la main, des haches et des cisailles.
(( Il s'agissait d'abord de rendre inoffensifs les canonî et les mitrailleii-<'S qui, par leur feu enragé rasant U fond du fossé, interdisaient de le franchir pour gagnei l'intérieur du fort. L'obstacle principal venait des canoi