Un Témoin, journal V Illustration
infanterie, dans la journée du 24 octobre, s'appréciera par ce seul fait que nôtre offensive a eu affaire à des éléments appartenant à sept divisions ennemies.
ommuniqué du 15 décembre, 23 heures :
(( Après une préparation d'artillerie qui a duré plu- I sieurs jours, nous avons attaqué l'ennemi au nord de : Douaumont, entre la Meuse et la Voëvre, sur un front fde plus de dix kilomètres.
i « L'attaque s'est déclenchée à 10 heures. Le front ennemi a été partout enfoncé sur une profondeur de trois kilomètres environ. Outre de nombreuses tranchées, nous avons enlevé les villages de Vacherauville, Louvemont, la ferme des Chambrettes, les ouvrages d'Hardaumont et de Bezonvaux.
« Nous avons fait un grand nombre de prisonniers, t non encore exactement dénombrés : sept mille cinq cents, dont deux cents officiers, sont déjà passés par les postes de commandement. »
La préparation d'artillerie dont parle le communiqué avait été signalée par l'ennemi. Le radiotélégramme de Berlin en date du 14 décembre 20 h. 30, mentionnait que les Français avaient entrepris, dans la soirée, des tentatives sur la rive est de la Meuse. Celui du 15 décembre 14 heures ajoutait : « A l'est du fleuve, après i une forte préparation d'artillerie qui a pris sous son I feu les terrains situés en arrière de nos positions, l'en- ! nemi a attaqué pour la reprise de la côte du Poivre. L'avance des vagues d'attaque françaises a été arrêtée i par notre feu de défense. »
! Mais cette préparation a été plus méthodiquement, iplus savamment menée que les Allemands ne pen-
saient. Ils ont dû nourrir également des illusions sur l'emploi que nos chefs feraient de leurs canons, une fois notre infanterie en mouvement. L'artillerie a été, en effet, plus que jamais la compagne, la protectrice de nos fantassins. Si nous n'avons perdu que 700 hommes, c'est à elle que la France le doit, autant qu'à l'admirable élan de ses enfants.
L'Attaque. — A 10 heures, en ordre parfait, nos troupes se portèrent en avant.
(( Sur la gauche, elles atteignaient d'un premier bond le sommet de la côte du Poivre et les abords de Vacherauville. C'était le premier objectif indiqué. Elles s'y tenaient d'abord. Au centre, elles étaient parvenues à la ferme d'Haudromont et à la cote 347; à l'aile droite, elles avaient notablement progressé sur la route dei Douaumont à Bezonvaux.
(( Mais ce n'était qu'une première étape, bientôt suivie d'une seconde. Celle-ci nous rendait maîtres du village de Vacherauville, de celui de Louvemont, de l'agglomération des Chambrettes, du village de Bezonvaux. L'ouvrage d'Hardaumont, qui avait opposé une certaine résistance, était pris et dépassé. Nous nous emparions également d'un certain nombre d'autres réduits fortifiés, jalonnant la route de Vaux à Bezonvaux, et nous portions notre aile droite à l'alignement général de notre nouveau front.
« Cependant un grand nombre de prisonniers, surpris par l'impétuosité de notre attaque et cédant à une démoralisation que nous constatons de plus en plus dans l'armée allemande, tombaient entre nos mains. Hier soir déjà 7500, dont 200 officiers étaient passés par les postes de commandement, et il y en avait d'autres. De même, nous prenions de nombreux canons d'artillerie lourde, de campagne et de tranchées, ainsi qu'un
matériel abondant. Notre communiqué n'en donne pas '^"core le chiffre, mais on citait dès hier, de source auisée, le nombre de 50 canons. On disait aussi qu'une division avait fait à elle seule 1200 prisonniers.* »
Les résultats de la journée du 15 décembre. — G C'est tout le front de la rive droite de la Meuse qui a été porté en avant, depuis le fleuve jusqu'à la Woëvre, sur un front qui n'est pas inférieur à deux lieues.
« Toutes les crêtes en avant de nos positions, côte du Poivre, cote 378, bois de la Vauche, ont été emportées, avec les villages qui les bordent. Les Allemands sont rejetés dans une sorte de grand fossé naturel, ravin de Vacherauville, ravin des Rousses, ravin de Bezonvaux, celui-là même qui a marqué leur première étape dans la bataille de février. Ils sont maintenant à plus de cinq kilomètres au nord de Souville, dont ils étaient à quelques centaines de mètres au mois de juillet. 2 »
Le 12 décembre, dans la note où le chancelier de l'Empire allemand prétendait, devant tout l'univers, nous imposer la paix allemande, il était dit :
Nos lignes inébranlables résistent aux attaques âiicessantes des armées de nos ennemis. »
L'armée de Verdun a montré, une fois de plus, le néant des affirmations officielles de l'autre côté du Rhin.
Aux dernières nouvelles l'on annonce que le nombre des prisonniers faits par nous depuis le 15 décembre s'élève à 1 1 387 dont 284 officiers. Le matériel pris ou
détruit comprend 115 canons, 44 lance-bombes, 107 mitrailleuses.
Nos pertes ont été minimes. On est arrivé sur plusieurs points avec Tarme à la bretelle. Mais, partout où elle a eu à donner, l'infanterie a nettement marqué la supériorité de nos quatre divisions engagées sous les ordres du général Mangin contre les cinq allemandes.
Une autre supériorité, non moins digne d'être signalée, a été celle de notre artillerie. Elle a réglé le combat, Finfanterie suivant, ainsi que le dit un récit d'allure officielle. Elle avait, au préalable, détruit les défenses de l'ennemi, fils de fer, tranchées, abris, observatoires, positions et batteries, en même temps qu'elle empêchait l'adversaire d'entreprendre de nouveaux travaux.
« Notre méthode a triomphé », a pu dire le général Nivelle à ses troupes avant de saluer dans la journée du 15 décembre l'aurore de la victoire décisive.