‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 34 sur 66 · TÉMOIGNAGES DES NEUTRES ET DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES NEUTRES ET DES ALLIÉS

C'est au cours de ces huit mois que l'empereur Guillaume a dit de la France qu'elle était son principal ennemi. Cette déclaration ne nous a pas infligé le péché d'arrogance dont il nous accusa, plus tard, dans une proclamation retentissante. Pendant tout ce temps, nous avons laissé l'Allemagne pavoiser pour des victoires quelquefois démenties le lendemain par ellemême. Pas plus que pour la bataille de la Marne et celle de l'Yser, nos drapeaux n'ont flotté à nos fenêtres pour Verdun. Ce n'est pas nous, c'est le monde entier qui a donné à la valeur de notre résistance toute son ampleur.

Si des milliers de cœurs humains, comme l'a écrit M. Lavisse, ont battu au nom de Verdun, c'est qu'à travers les réticences ou les mensonges des communiqués et des journaux allemands, la vérité a filtré jusqu'aux régions du monde, si rares encore, où l'on ne se bat pas. Et un cri d'admiration s'est élevé qui n'avait pas retenti dans l'univers habité, même au temps où nos aigles impériales volaient

Du Tage au Rhin, de Varsovie à Rome.

Du coup, une brusque baisse séviten Allemagne sur le commerce des caricatures où le soldat français prend la poudre d'escampette devant l'invincible Michel. Partout ailleurs, les neutres les moins bien disposés à notre endroit se mettent à l'école du respect pour nos soldats et pour notre peuple. Le journal VA B C, un des organes

espagnols qui sympathisaient le plus ouvertement avec la cause allemande, se montre déférent pour notre nation, la veille encore méconnue de lui, quand il dit :

« Que chacun suive avec intérêt les prouesses du peuple qui lui est sympathique. Pour moi, l'héroïsme conscient, l'héroïsme de ces hommes libres qui défendent leurs foyers, leurs coutumes et les destins de leur race est le plus noble et le plus fécond de tous. Aucune raison dynastique, aucun désir de lucre, aucune ambition impérialiste ne lance au combat les soldats de la France; de plus nobles mobiles les poussent. C'est pour cela qu'ils sont si courageux et si forts; c'est pour cela qu'ils ont transformé le coup de main de Verdun en une suite ininterrompue de batailles où ils sèment des germes de victoire. »

Un écrivain du même pays, M. de Bobadilla, s'adresse ainsi à tous les Français :

« Au prix de votre sang, vous sauvez de la mort ce pays qui jadis, sous Turenne et Napoléon, fit trembler le Germain! Héroïques et généreux Français, votre défense est celle de l'Europe, menacée d'esclavage, de l'Amérique sournoisement envahie déjà, du monde entier traqué par une réaction routinière. A vous tous les espoirs du juste, de l'homme libre; si vous étiez vaincus dans cette lutte épique, nous clamerions « Gloria Victis » ; vainqueurs, vous éviterez que l'ombre immense dont parle Victor Hugo n'obscurcisse la liberté. Vous aurez accompli la justice immanente de l'histoire. Défaits, vous resteriez couverts de gloire! Victorieux, vous serez les justiciers! »

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