‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 35 sur 66 · TÉMOIGNAGES DES NEUTRES ET DES ALUÉS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES NEUTRES ET DES ALUÉS

En Amérique, une des personnalités les plus éminentes des États-Unis s'exprime ainsi :

(( La victoire sera dure, mais elle est certaine, grâce ù, la France et à ses merveilleux Alliés, à leurs armées de terre et à leur maîtrise des mers, et au Gouvernement dirigé avec tant de force par l'homme d'Etat et le remarquable orateur qu'est M. Briand. La France est plus que jamais considérée comme la nation à l'idéal élevé par excellence, et les gaz empoisonnés de la propagande allemande eux-mêmes n'ont pu la souiller. La façon merveilleuse dont l'armée française à Verdun, qui marqua le tournant de la guerre, a su changer une défensive en offensive, a fait chez nous, comme dans le monde entier, — sans en excepter vos ennemis, — l'admiration générale. »

Dans l'Amérique latine, à Buenos-Ayres, un comité formé de l'élite du pays, a dressé, sous forme d'album, une invocation éloquente à la France. Les journaux les plus qualifiés du pays s'associent chaudement à cette initiative.

Plus près de nous et de notre cœur, l'Italie a des mots qui émeuvent. Le généralissime Cadorna, qui est venu au camp de Verdun entre deux faits d'armes victorieux sur l'Isonzo, fait, au retour, un récit de la vaillance française dont l'écho se répercute à la Chambre italienne où un orateur se lève pour dire :

« L'attention du monde entier se tourne pour admirer les exploits de l'armée française sous Verdun. On peut,

dès maintenant, affirmer que la bataille de Verdun constitue un remarquable succès pour la France, parce que l'ennemi a manqué son but principal dans son assaut soudain, à savoir : provoquer en France et dans les pays alliés et neutres un mouvement de dépression et de découragement. Ce but a échoué désormais grâce à la résistance splendide des troupes françaises. »

Et tous les députés, debout, d'applaudir frénétiquement aux cris de : « Vive l'armée française! Vive la France! »

Dans toutes les villes de Russie, une furie d'enthousiasme éclate. De Londres, où un certain nombre de parlementaires français ont été invités à conférer avec des membres du Parlement anglais sur les moyens de poursuivre la guerre, un des délégués, M. Pichon, écrit :

« Le nom de Verdun est sur toutes les lèvres. Dès qu'il est prononcé, il est acclamé, et cela dans tous les milieux et dans toutes les classes. On a une foi absolue dans la victoire de la France. »

Il en est de même partout où les délégués sont allés : à Glascow, à Edimbourg, à Sheffîeld, des milliers d'ouvriers, d'employés, de bourgeois anglais ont manifesté en l'honneur de notre pays par des vivats frénétiques et par l'assurance formelle qu'ils resteraient à nos côtés jusqu'au bout dans la lutte contre l'ennemi commun.

Et l'éloquence sentimentale de M. Lloyd George parlant de la France a trouvé ces accents :

<( Le monde n'a pas encore commencé à apprécier la beauté, la noblesse et la grandeur de la France dans cette guerre.

« Ce pays héroïque ira jusqu'au bout. On se rendra bientôt compte de ce qu'ont été, de ce que sont les guerriers français. Quand le réel héroïsme, le génie de la défense de Verdun seront compris et appréciés à

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leur juste valeur, une flamuae nouvelle de patriotisme, un élan plus formidable encore soutiendront l'armée française dans sa volonté d'aller jusqu'à la victoire sans s'occuper du temps qu'il faudra pour y parvenir. »

A quelques jours de là, M. Lloyd George est venu visiter, en compagnie d M. Albert Thomas, la place de Verdun. A la fin du repas, pris en commun avec les officiers dans les casemates de la citadelle, M. Lloyd George a prononcé ces paroles :

« Je veux d'abord vous dire la joie que vous m'avez faite en m'invitant à m'asseoir à la table de vos officiers, au cœur même de votre citadelle de Verdun.

« Je suis heureux de les voir réunis autour de nous, ceux qui reviennent de la bataille, ceux qui y seront demain et ceux qui, avec vous, montent la garde de ces murailles inviolables. Le nom de Verdun suffira à évoquer dans l'histoire de tous les siècles un souvenir impérissable.

« Aucun des grands faits d'armes dont l'histoire de la France est remplie ne témoigne mieux des plus hautes qualités de l'armée et du peuple français, et cette bravoure, ce dévouement à la patrie, auxquels le monde a toujours rendu hommage, se sont renforcés d'un sangfroid, d'une ténacité qui n'ont rien à envier au flegme britannique.

« Le souvenir de la victorieuse résistance de Verdun sera immortel, parce que Verdun a sauvé non seulement la France, mais notre grande cause commune et l'humanité tout entière. Sur les hauteurs qui entourent cette vieille citadelle, la puissance malfaisante de l'ennemi est venue se briser, comme une mer furieuse sur un roc de granit. Elles ont dompté la tempête qui menaçait le monde.

« Four moi, je me sens remué profondément en tou-

chant ce sol sacré. Je ne parle pas en mon nom seul : je vous apporte l'admiration émue de mon pays et de ce grand Empire dont je suis ici le représentant. Ils s'inclinent avec moi devant le sacrifice et devant la gloire.

« Une fois de plus, pour la défense des grandes causes auxquelles son avenir même est attaché, Thumanité se tourne vers la France. »

A ce moment M. Lloyd George s'arrête au milieu d'un silence solennel. Puis, redressant la tête et élevant son verre :

(( A la France !

(H Aux héros tombés sous Verdun ! »

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