Soui-lieutenant Madelin, L^un af>euœ
Comment s'en étonner? Dans ce pays jusqu'à ce jour li respectueux des hiérarchies sociales, la faim en arrive à employer pour sa vengeance le vocabulaire des pamphlets anarchistes de tous les pays :
« Si la guerre dure encore jusqu'à l'hiver prochain, personne ne vivra plus de nous autres pauvres gens, car il nous faudra mourir de faim et personne ne s'occupe de nous. L'essentiel, c*est que les grosses panses soient pleines. »
(( Dans une carte au musketier S... du 202^ Rés., du 15 avril (Berlin), on lit : « Au Reichstag, il y a actuellement grande délibération au sujet des impôts. Tous les impôts doivent être élevés.... On applique toujours le vieux procédé que tu connais bien : Tout pour la grande masse, c'est elle qui doit cracher. »
« Avec le temps, le ton devient de plus en plus aigre, de plus en plus violent : « Samedi, beaucoup d'hommes partiront, écrit-on de Solingen, le 3 mai, les pauvres sont vite bons pour le service à présent. » Et de Salm, le 29 avril: « C'est autrement que je me figurais la guerre; les hommes périssent au dehors, les femmes et les enfants ici.... Il faut laisser la graisse aux riches. Les travailleurs ne sont plus qu'un tas de fumier. * »
D'où cette conclusion d'un Bavarois : « J'aime autant être Français que Prussien », articulée souvent devant Tauteur du Journal d'un Simple Soldat, M. Gaston Riou, et même avec cette précision, qui fait dire à l'écrivain, à propos des Bavarois prolétaires vus par lui à Ingolstadt : « Ils serviraient aujourd'hui aussi indifféremment l'empereur Guillaume et M. Poincaré. )>