XXX..., journal V Illustration
« L'artillerie et l'infanterie ont connu à Verdun ce [u'elles sont l'une pour l'autre, et qu'elles ne peuvent rien l'une sans l'autre. Et la fraternité du 75 et du fantassin s'est scellée pour jamais.
« Il n'est pas jusqu'aux « lourds » avec qui, en quelque mesure, la liaison sentimentale ne se soit établie. Je me souviens des débuts de notre artillerie lourde. Les hommes, en voyant passer les grosses pièces, les regardaient d'un œil défiant. Un chasseur me dit une fois : « C'est des gens qu'on ne voit qu'au cantonnement. )) Le fait est qu'en 1915 les lourds ne faisaient guère parler d'eux. On avait peu de projectiles : il fallait être économe. Aussi, dans les secteurs, quand le Boche envoyait du 21 et que nous répondions avec du 75, la troupe disait : « On reçoit du gros. On envoie du petit. »
« A Verdun, l'infanterie a changé de sentiment. Quand nous regardions, couché en haut du fort de Vaux, le travail du 155 sur le glacis où le Boche avait poussé ses tranchées, nous faisions amende honorable aux lourds, car c'était un joli travail. Où étaient-ils? Nous ne savions pas. Tapis en quelque coin de vallée ou làbas, très loin sur les collines du fond, ils étaient invisibles et présents. Mais personne ne doutait de leur puissance. Réglés par avions, ils n'envoyaient pas dans nos rangs d'observateurs. L'imagination des hommes les voyait inaccessibles, divinité lointaine soustraite aux humaines curiosités. Mais on était content de savoir qu'ils étaient là.
« Nuances subtiles et fugitives de la physionomie du
ombattant, ces impressions résument pourtant dans la
•ataille de Verdun la réalité de la vie de tranchée. Nos
hommes ont bien souffert. A Vaux, au bois de la Caillette, devant Douaumont, au Mort-Homme, ils ont subi des pertes sérieuses. Partout, toujours, la violence et la continuité de notre tir a été pour eux le meilleur des réconforts.
« D'entendre le claquement des 75 ou le roulement pesant des 155, les braves cœurs se sentaient égayés, soutenus, excités. De savoir que nous rendions coup pour coup et souvent deux coups pour un, ils supportaient mieux l'averse d'acier. Le bruit du canon français fait partie intégrante du moral <lu soldat. Jamais plus nous ne connaîtrons ces bombardements sans réplique égale qui, en d'autres temps, furent si durs à porter. Et cela seul est une grande joie dans cette longue suite de misères qui est la destinée du combattant.
« Canons de Verdun, qui, sur les colonnes boches en marche dans le bois d'Haudromont et le bois Feuillu, abattiez vos rafales soudaines; canons de Verdun qui, devant nos tranchées éboulées de la Morchée et de Thiaumont, tendiez le rideau de fer de vos barrages; canons légers et canons lourds, canons de nos frères, les artilleurs, vous emportez dans le grondement de vos obus un peu de nos cœurs de fantassins ! ^ »
N'oublions pas les hommes de Tartillerie de second plan, celle qui se porte à bras, ces mitrailleurs si maîtres de leurs armes, plus compliquées peut-être que celles de l'ennemi mais plus efficaces et qui leur sont abondamment fournies maintenant.
Et ces auxiliaires de l'artillerie les ravitailleurs de batteriei avec quel sang-froid et quelle simplicité ces