‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 48 sur 66 · XXX..., journal Vllluslralion · texte numérisé non relu

XXX..., journal Vllluslralion

LES HOMMES. ISl

vaillants accomplissent leur mission ! Et pourtant mission bien périlleuse entre toutes. Toujours loin de leurs chefs, livrés à eux-mêmes, ils ont à accom()Iir les ordres reçus au départ et ils s'en acquittent en conscience.

Il faut les avoir vus à Verdun, sous un bombardement incessant des plus gros calibres, sans abri, à découvert; calmes à leurs postes, mécaniciens et serrefreins vont sans arrêt, l'oreille aux écoutes, les yeux fixés sur la voie. Sans lumière dans la nuit noire, ils poursuivent ainsi leur route comme à l'aveuglette, sur le fragile ruban de leur voie étroite et à la merci des pires surprises, amènent à leurs frères les munitions de mitraille vengeresse.

Parfois la machine sombre, tout à coup, dans un trou d'obus. Travail surhumain! Sous le bombardement qui fait rage, il faut relever le convoi, et les quatre hommes — car ils ne sont que quatre par train... ainsi isolés dans l'ouragan de la bataille, ne font plus pour ainsi dire qu'une seule âme, par la grande énergie du devoir sacré qui les anime et la conscience de leur responsabilité impérieuse.

Et le convoi repart vers de nouvelles catastrophes, dans la nuit. Combien de fois, la voie coupée devant et derrière eux, réduits à l'immobilité et à l'impuissance, n'ont-ils d'autre ressource que de chercher pour s'abriter, en attendant que passent les rafales de mort, une méchante butte de terre!

Une équipe de réparation survient qui remplace les éléments coupés et Ton repart encore. Et c'est ainsi toute la nuit jusqu'au jour, car au matin tous les trains doivent avoir rejoint le dépôt.

« Autres ravitailleurs, les cuisiniers, les « cuistots ». Une fois par vingt-quatre heures ils font, sous l'averse d'acier, un trajet qui en dure douze et plus. Ils

vont, agiles et sonores, retentissant du bruit des bouteillons et des gamelles, débouchant dans le noir du village écrasé, dont les détours leur sont familiers. D'une allure de course, bondissant presque, l'œil ouvert et l'oreille tendue, trouvant le trou favorable contre la « marmite » qui siffle, so relevant, se recouchant, poussant vers l'avant, où les autres ont faim, ils vont, laissant chaque fois en route quelqu'un des leurs, qu'on découvre après, décapité ou éventré. Ils vont, avec toutes leurs forces, avec tout leur cœur, fiers de leur obscure et vitale mission, sachant qu'il dépend d'eux qu'on veille mieux au créneau, qu'on tire plus juste et qu'on attaque plus fort. Gars héroïques, qui vous bousculent de leur ferraille au croisement des boyaux ; qui revendiquent gaiement pour la « bidoche y> et le (( pinard » la priorité de passage ; sublimes serviteurs de la France qui se bat et qui, par eux, mange, boit et vit. * »

Non moins précieux, ces coureurs de l'armée dont une communication de l'état-major précise ainsi le rôle :

(c Une zone désolée où de grasses fumées, blanches ou sombres mettent seules une apparence de vie changeante, tel est un champ de bataille d'aujourd'hui. Soudain, dans ce désert étrange, voici que des silhouettes d'hommes surgissent et se hâtent ; d'obstacle en obstacle, de trou en trou, ils bondissent, se couchent, se relèvent, reprennent la course; ils glissent parmi le fouillis d'un petit bois ravagé et échappent au regard. Ces hommes ce sont les messagers de la bataille

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