XXX..., journal V Illustration
moderne, les « coureurs ». Jamais ils n'ont été plus utiles auxiliaires qu'à Verdun.
« Assurer les liaisons est le problème quotidien. Pas une ligne téléphonique ne résiste au bombardement incessant qui défonce le sol et rase les travaux; les communications par pigeon sont aléatoires, les signaux optiques insuffisants.... Ici, l'homme domine le matériel : pour transmettre les renseignements et les ordres, il faut surtout un cœur bien trempé. Qu'on imagine la tâche. La protection des boyaux encombrés de corvées, de blessés, de détachements de relève, parmi lesquels on ne peut cheminer que lentement, n'est pas pour les coureurs qui doivent aller vite ; ils vont à découvert, et c'est déjà une marque de courage.
« Traverser les barrages de la grosse artillerie allemande, obus de 210, de 150, de 105 aux explosions formidables, nappes de balles des mitrailleuses, vapeurs empoisonnées, s'écraser sous les rafales, buter sur des cadavres, voir partout le spectacle de la mort, l'attendre à chaque pas et marcher toujours, nerfs et esprit tendus vers le terme de la course, c'est le devoir des agents de liaison. Ils l'accomplissent simplement.
« En général, on les a sélectionnés. Fantassins, cyclistes, cavaliers des escadrons divisionnaires, ils ont été choisis parmi les plus déterminés et les plus habiles à la course. Ils savent l'importance de la mission et sont fiers de la remplir. »
L'aviation n'était pas tout à fait au point le 21 février. La campagne qui avait abouti à la démission d'un soussecrétaire d'État dénotait un désarroi auquel il était temps de mettre fin. Il fallait de meilleurs appareils, 'j. JOLLivET. — l'Épopée de verdun. 13
m LES FACTEURS DE LA VICTOIRE.
des hommes, sinon plus audacieux, — c'eût été demander l'impossible — du moins plus dans la main des chefs. Le commandement s'y employa activement.
Il était temps S'élant rendu com|)te de tous les avantages qu'on pouvait tirer de l'emploi méthodique des avions, les Allemands venaient de tenter un ellort considérable dont le principe fut l'emploi du nombre.
Par groupes de dix-huit ou vingt, les albatros et les L. V. G. (initiales désignant les appareils de la Luft- Verkehrs'GeseilscImft, Société de circulation aérienne) venaient, escortés de petits avialiks de chasse, bi|daces ressemblant étonnamment à nos biplans Nicuport et peints de la même façon. Les bombardiers se tenaient à environ 2 800 mètres d'altitude, lançnient chacun deux bombes de 20 kilos et repartaient en file indienne. Ces agressions étaient effectuées très près des tranchées, à 6 ou 7 kilomètres an maximum à l'intérieur de nos lignes. Le 21, jour où fut abattu le zeppelin de Revigny, un groupe vint attaquer la voie ferrée qui relie Pans à Verdun. Dès lors, les bombardements se succédèrent sans interruption. Chaque jour les combats devinrent pins redoutables. Le 8 mars, nos escadrdles mettent en fuite 15 avions ennemis : un aviatik et un L. V. G. sont abattus au-dessus d'Étain. Le 12 mars, 18 combats aériens se livrent au-dessus du duel d'artillerie. Le 17 mars, on ne compte |»as moins de 32 combats aériens au cours de 29 vols de chasse faits par nos pilotes, fokkers, albatros, L. V G. tombent sous les coups adroits de nos mitrailleurs de l'air. Le 18 mars, c'est la grande bataille aérienne d'Habsheim, à laquelle prennent part plus de 60 aéroplanes : nous abattons 5 ai)pareils ennemis, 4 des nôtres succombent Le 3 avril, 51 combats encore : 3 fokkers tombent dans nos lignes; une dizaine d'autres sont vus, tombant dans les lignes ennemies. Le 25 avril, 31 combats; le 27, 40; le
LES HOMMES. IVo
30, 24. Et ce fut ainsi chaque semaine, presque chaque jour.
Cette cha<^se ardente contre un gibior qui fait front courageusement dans ses lignes, s'il s'aventure peu dans les nô'res, a été souvent mortelle aux chasseurs. Nous avons de notre côté perdu ainsi de nombreux héros, entre autres le commandant de Roze qui très jeune encore reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur pour services exceptionnels.
Les sapeurs. — Aux derniers les bons. Chacun sait que le général en chef sort de l'arme du génie, où il se distingua tant sur le sol de la mère-patrie qu'au Tonkin cl à Madagascar. C'est assez dire que celtp arme a donné à Verdun tou! son rend^meni effiiace. Le sapeur a iiiérité une page de choix dans l'histoire de la valeur française à Verdun. L'esjirit s'exalte à la pensée du courage silencieux de ceux qui creusèrent des mines pendant semaines entières, l'oreille à chaque instant aux lies, guettant un petit bruit, une rumeur de voix trahissant la menace d'une contre-mine. Autant qu'aux ils jours de la guerre de Crimée, les sapeurs de lierre présente ont bien mérité de leurs chefs et de la Patrie.
in résumé, de tous les combattants de Verdun pris 1 isse, chefs, olficiers et soldats, il a pu être dit par
c cunseutement universel des chefs d'Ltat et des
(•euples :
Aux obus mastodontes ils ont opposé l'obstacle
. .jiieux de leurs poitrines. »