LE SERVICE DES TRANSPORTS LE SERVICE DE SANTÉ, L'INTENDANCE
Le 30 avril, appelé par le commandant en chef prendre le commandement du groupe des armées c centre, le général Pétain, avant de remettre au génér Nivelle le commandement de la deuxième armée, dit ses troupes :
« Grâce à tous, chefs et soldats, grâce au courage et l'abnégation des hommes des divers services un coi formidable a été porté à la puissance militaire ail mande. »
Les hommes des divers services avaient en effet droit de n'être pas plus oubliés que les combattant par un chef juste appréciateur du mérite des hommi dont il avait à se servir. Dans l'ensemble, tous les se vices de l'arrière ont fonctionné d'exemplaire façon. Nous avons dit le tour de force accompli par h camionneurs automobilistes pour assurer le transpo des troupes, des munitions et du matériel du géni Quelques-uns sont tombés épuisés, vaincus surtout p.* l'insomnie. Non moins esclaves du devoir auront été It terrassiers, cantonniers du service routier.
Si les chemins de fer ont joué un rôle secondaire Verdun, nous ne possédons pas encore les élémen d'appréciation qui peuvent expliquer pourquoi, ma à coup sûr ils eussent été en mesure d'assurer x. fonctionnement excellent sous Verdun à d'autres ligni qu'aux deux qui ont été utilisées.
Dans toutes la France en effet nos réseaux ont été à la hauteur de leur tâche grâce à une organisation soigneusement préparée mettant à la disposition du généralissime une armée de trente mille cheminots et tous les agents de chaque réseau qui, par leur âge, sont encore soumis aux obligations militaires.
Un cheminot, président de l'Union syndicale, a pu écrire en toute sincérité sur ses camarades :
« Si on ne peut entrer dans un exposé complet, on peut tout au moins affirmer que toute lassitude, que toute défaillance, que toute récrimination sont bannies dans ces parages à jamais mémorables où se jouent les destinées de la patrie; que les gares, les dépôts, les ateliers, les bureaux, les chantiers en plein air constituent autant de ruches laborieuses dont les efforts individuels et collectifs convergent vers un même but : la défense nationale.
« Çà et là, ce sont des chargements qui s'effectuent, des manœuvres qui s'opèrent, des trains qui se forment sous une pluie de mitraille, comme à Revigny; plus loin, c'est une équipe qui, la nuit ou par un brouillard épais, reconstruit une voie détruite ou s'efforce de remettre sur rails une machine effondrée dans un énorme trou d*obus; ailleurs, ce sont des mécaniciens, des chauffeurs, des agents de train chargés du ravitaillement ou de l'évacuation du matériel en danger, qui circulent nuit et jour à travers les plus grands périls. Beaucoup n'ont plus de foyer; leurs femmes, leurs enfants ont été évacués à l'arrière, mais eux sont restés à leur poste; certains ne le quittent môme plus; les équipes ont été doublées; elles sont ravitaillées, tant bien que mal, en cours de route, et viennent alternativement prendre ' r repas et se reposer dans un fourgon mis à leur
( osition à proximité de la machine, si toutefois on
peut considérer comme repos le fait d'être étendu sui un plancher continuellement en mouvement. G'esl peut être une existence pittoresque, mais qui. néanmoins, n'est pas sans présenter quelques inconvénients; si elle se généralisait, on serait amené à changer la dénomination populaire de « cheminots » par celle de ({ chemineaux ».
(( Et combien d'autres faits pourraient être cités: tel, par exemple, ce chef de dépôt qui, d'accord avec tout son personnel, et après l'évacuation du matériel transportable, refuse de quitter son dépôt bombardé avant d'en avoir reçu officiellement Tordre. Il f.tllait néanmoins quelqu'un pour garder ce qui restait du dépôt et continuer à assurer le ravitaillement encore nécessaire: c'est un manœuvre marié et père de famille qui, spontanément, s'est offert. Nouveau Robinson Crusoé, il a élu domicile dans une cave; quand les « pains de sucre » tombent trop diu, il rentre dans son trou, au risi^ue d'y être enseveli vivant, et, quand une accalmie se produit, il en sort pour se remettre au travail.* »
Les Ambulances de Vava.iit. — « A cause du bombardement continu, le rôle des postes de secours et des ambulances de l'avant au cours de cette bataille de Verdun a été p rticulièrement difficile à remplir. Qu'on imagine sous le feu cette série d'opérations : la recherche des blessés, leur transport sur le brancard, puis sur la brouette porte-brancard, puis dans les automobiles du service sanitaire jusqu'à l'ambulance elle-même è portée des obu». Nos brancardiers ont bien mérité de
1 . Louli Olivier, président de l'Union nationale des cheminots.
leurs camarades combattants. Ils n'ont jamais hérité, sur les terrains les plus battus à accomplir leur mission et plusieurs ont trouvé la mort auprès des blessés qu'ils ramenaient.
« Les hôpitaux de Verdun. abondamment pourvus en médicaments et en matériel, avaient pu permettre de compléter l'aménagement des ambulances, mais les obus tombaient sur la ville et ce n'est pas sans risques que ce déménagement s'était effectué. Cependant chacun s'offrait pour ce transport.
« Les médecins-majors circulèrent sans repos, parmi les blessés qu'on leur apportait, et ce qui les aida à supporter la fatigue, ce furent les blessés euxmêmes :
« Jamais, dit un infirmier, entre deux pansements — car les médecins n'ont pas le loisir de parler — ni en Artois, ni en Champagne, je n'avais rencontré pareil moral. Tantôt il y a les prostrés, soit par excès de fatigue, !>oit par suite de la gravité de la blessure, mais les autres, ceux qui peuvent parler, ceux qui veulent parler, nous apportent le rayonnement de la bataille. Par eux nous savons ce qui s'est passé, nous suivons ce qui se passe. Non pas que nous les interrogions, non pas que nous j'herchioiis sur une carie, tel nom de village ou de po^^te qui revient avec obstination sur leurs lèvres comme un nom de ictoire, non pas que nous cherchions à f elier entre eu\ les épisodes obscurs et loraux dont ils ont été les témoins ou les acteurs — chacun ne ^'intéressant qu'à son étroit secteur et ne pouvant donner une impression d'ensemble — mais riin[iression générale naît pour nous de leurs exclamations, de leurs phrases hachées, et mieux encore de leurs visagps eu.x-rnômcs. On peut reconnaître au visage un vainqueur et un vaincu, jamais je ne l'avais si bien compris.... i
« Il passe à un autre blessé. Celui qu'il vient de panser et qui a le bras à moitié détaché — on espère le lui sauver — n'a pas laissé échapper une plainte, le nouveau ne sera pas moins courageux, et l'infirmier reprend :
« Regardez s'ils ne sont pas sûrs de la victoire. Quand on nous les apportait, leur premier mot était pour nous dire : « Vous savez, ils ne passeront pas ! Ces salauds-là croyaient passer : rien de fait; c'est barré! »
« Et il yen avait qui riaient comme au souvenir d'une bonne farce. Ils riaient avec de la douleur sur la figure et, encouragé par cette réflexion, un blessé qui écoute prend la parole :
(( Cela fait plaisir. Quand on les voit se sauver, on ne pense pas à soi, vous comprenez. »
((Celui-ci, qui est particulièrement documenté et qui est instruit, ancien élève d'une école de commerce, ajoute :
(( Je suis revenu avec les prisonniers. Je n'étais pas très blessé, je pouvais marcher. Il y en avait qui parlaient français et qui disaient : (( On croyait bien ne trouver personne. On nous avait promis qu'après le bombardement il n'y aurait plus personne devant nous et voilà que nous avons trouvé du monde et des mitrailleuses. On nous a promis aussi que vous n'aviez plus de munitions et que d'ailleurs vous ne pouviez pas vous ravitailler à cause des obus. » Ils disaient tous cela, ils avaient l'air de trouver mauvais qu'on se soit défendu, comme si ce n'était pas de jeu. C'est curieux, tout de même; ils voudraient nous attaquer en étant bien sûrs qu'on ne se défendrait pas. Ils trouvent mauvais qu'on leur résiste et qu'on soit plus fort qu'eux! »
« Et le soldat se met à rire tandis qu'on achève de le panser. Il vient de nous donner sans s'en douter la
formule de rimpérialisme allemand, stupéfait de se briser contre notre force.... * »
Le D' P. Blanchod juge comme il suit, dans la Gazette de Lausanne, cette organisation méthodique :
« Nous connaissions pour y avoir travaillé les hôpitaux de l'arrière avec leurs plaies gravement infectées, leurs fusées de pus si longues à tarir malgré les opérations multiples, les larges incisions et les antiseptiques énergiques. Nous connaissions les courbes de température à grandes oscillations et le faciès angoissé des blessés le soir, quand approchent les 40°. Et les noms nous viennent à la mémoire de tous ces braves que nous avons suivis heure par heure, souvent avec inquiétude, pendant les interminables mois que mettaient les plaies à se fermer.
« Notre surprise a été grande de trouver tout près du front une chirurgie propre, presque aseptique.
« L'expérience a montré aux chirurgiens français que la même opération consistant dans la large ouverture et le nettoyage des tissus, l'hémostase exacte, l'enlèvement des projectiles, des débris de vêtements, des esquilles libres et des caillots sanguins a un résultat empiétement différent suivant que cette opération est frécoce ou tardive.
€ L'opération faite pendant les six ou huit premières heures après la blessure permet de stériliser la plaie ivant que les microbes aient eu le temps de se multiplier. L'opération tardive n'est qu'un remue-ménage dans des tissus infectés. La direction du service de santé a tiré de ces faits les conclusions qui s'imposaient: permettre aux chirurgiens d'opérer à l'avant ; de là la création des postes de secours, des ambulances chirur-