‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 5 sur 66 · Journal des Débats · texte numérisé non relu

Journal des Débats

G. JOLUVIT. — l'épopée DE VEMUW. 1

Pourquoi Verdun a-t-il été choisi plutôt que tout autre point du front? Les Allemands ont varié dans leurs explications : « Verdun est le cœur de la France.... Nous avons voulu rectifier notre frontière.... Nous avons attaqué Verdun pour empêcher les Français d'attaquer Metz... >>.

Quoi qu'il en soit, c'était une grande partie à jouer.

Verdun, protégé par les défenses naturelles d'une succession de collines, de ravins, de forêts, par des fortifications jugées formidables, avant la connaissance des canons monstres de l'ennemi, passait pour imprenable au début de la campagne. Ses lignes de défense avaient arrêté les Allemands pendant la bataille de la Marne. La troisième armée commandée par le général Sarrail force l'ennemi à la retraite, le 13 septembre 1914, se porte en avant, occupe Montfaucon, mais, le 24, après un violent bombardement du Camp des Romains, les Allemands s'emparent de ce fort et entrent à Saint-Mihiel. La route leur est barrée le lendemain*.

Du mois d'octobre 1914 au mois de juin 1915, série d'opérations autour de Verdun sur les deux rives de la Meuse et sur les Hauts-de-Meuse.

A cette même date, une offensive énergique nous permet d'occuper la crête des Eparges, point important qui menace les ouvrages allemands de la plaine et que les Allemands essayent en vain de nous reprendre.

En résumé, du mois d'octobre 1914 à la fm du mois de mai 1915, c'est une lutte acharnée qui, d'une manière générale, tourne plutôt à notre avantage. Depuis cette date jusqu'au 21 février c'est presque le calme.

C'est cette période que l'Allemagne utilisa pour s'outiller. Elle avait un gros effort à fournir et le sou-

1, La victoire de Verdun : Une bataille de 131 jours.

venir des déconvenues de 1914 dictait à sa méthode la marche à suivre. On n'attaquerait les Français que le jour où l'on serait sûr du succès.

La préparation. — Elle dura quinze mois.

« Elle comporta cette organisation minutieuse du champ de bataille que nous ne soupçonnions guère, il y a deux ans, où le fantassin se terre, protégé par du fil de fer, des mitrailleuses et des canons, desservi par un réseau serré de boyaux et de chemins de fer.

({ A Tarrière, elle s'est manifestée par une intensité de vie industrielle qu'on semble n'avoir pas soupçonnée. D'énormes usines — d'explosifs notamment — sont sorties du sol et c'est à la fin de l'automne seulement qu'elles ont commencé à produire.* »

Vers le milieu de janvier la mise en œuvre commença.

Le Berliner Tageblatt, le plus important journal de Berlin, fournit ces détails :

<c De grandes quantités de troupes furent rassemblées dans les villages à droite de la route nationale Spincourt-Étain. Depuis une année déjà on avait amené et monté dans les environs de Verdun des canons de 380. Les artilleurs étaient des soldats de marine, mais, avant le commencement de la bataille, on leur fit revêtir des costumes d'artilleurs. On avait également amené dans les environs de Verdun, une douzaine de 420 qui peuvent lancer un obus toutes les cinq minutes. Les soldats qui devaient entreprendre l'attaque furent soumis à une suralimentation. Chacun des soldats rece-

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