André Tardieu, VlUustration
vait journellement trois livres et demie de viande et six litres de café. «
Chez nous, Le Petit Parisien donne ces indications supplémentaires :
« Les artilleurs avaient pour mission d'effectuer sur les objectifs visés un bombardement d'une violence inouïe, mais relativement court. Aucun pouce de terrain ne devait être épargné. Un sous-officier d'artillerie était chargé de construire hâtivement une ligne téléphonique entre les deux réseaux de fils de fer des adversaires, sur une partie du front repérée et canonnée d'une façon spéciale. Le rôle du sous-officîer était dé profiter du bombardement général pour s'approcher de notre parallèle de départ sans être aperçu et de relier son fil conducteur à nos fils téléphoniques, afin de surprendre nos communications.
« Avant que l'attaque d'infanterie fût déclenchée, le commandement allemand lançait de fortes reconnaissances, constituées d'officiers et d'une cinquantaine d'hommes. Ces patrouilles s'avançaient vers nos lignes pour s'assurer que le bombardement avait donné les résultats espérés. Si les prévisions étaient réalisées, l'attaque était aussitôt ordonnée. L'infanterie se lançait alors à l'assaut en vagues successives, distantes de 80 à 100 mètres les unes des autres. La plupart des régiments étaient échelonnés en profondeur par bataillon, le bataillon de tête ou d'attaque étant lui-même réparti en deux lignes.
ce Chaque unité avait un objectif limité à l'avance, où elle devait s'arrêter sans jamais le dépasser. La progression ultérieure était laissée à des corps de réserve qui quittaient leurs positions d'attaque dès que les premiers régiments avaient atteint le but visé.
« Les régiments d'infanterie avaient l'ordre de ne
s'acharner, sous aucun prétexte, contre les positions qui n'étaient pas suffisamment bouleversées par les obus; ils ne devaient jamais chercher à vaincre les résistances non brisées par rartillerie. Toute troupe qui se trouvait arrêtée devant des fils de fer intacts devait se replier légèrement pour s'abriter et attendre pour progresser une nouvelle intervention des batteries. «
La préparation de chaque attaque ne se bornait pas à ces ordres invariables. Les Allemands avaient réglé la vie de chaque bataillon avec précision. Les unités étrangères au secteur où TotTensive était ordonnée étaient confiées à des sous-officiers orienteurs qui devaient les guider dans les lignes, leur faire connaître l'orientation des tranchées et des boyaux et leur indiquer les points de repère importants. En outre, chaque officier recevait un ordre de bataille qu'il devait suivre, sans en oublier aucun détail.
Ces instructions et le commencement de leur mise en pratique n'avaient pas été une surprise pour notre commandement.
« Dès février 1915, les opérations, le ravitaillement, les évacuations, en un mot toutes les évolutions vitales d'une armée de 250 000 hommes sur la rive droite de la Meuse, avaient été prévues et étudiées dans le détail, en faisant abstraction de tout trafic par voie ferrée. Le développement de nos transports mécaniques par route était si bien organisé que le transport des troupes, des munitions et du matériel du génie a pu mobiliser 300 officiers, 35 000 hommes et plus de 3900 voitures; le tonnage moyen transporté par vingt-quatre heures atteignait 2000 et, certains jours, 2600 tonnes. Il n'y a
donc pas lieu d'être surpris que de si puissants moyens défensifs n'aient pas échappé à l'attention des Allemands, et que, par exemple le zeppelin abattu dans la région de Revigny eut la mission de se mettre à la recherche de nos réserves.
« A la veille du 21 février nous étions assez prêts pour n'avoir qu'à amener par camions les troupes, les vivres, les munitions nécessaires à la défense de Verdun. Et c'est ce qui explique que nous ayons pu nourrir méthodiquement nos lignes de défense et amener sans heurts, sans fausse manœuvre, sans anicroches, des milliers et des milliers d'hommes qui ont agi selon les prévisions de notre état-major.
(( Au moment où l'attaque allemande se produisit dans le secteur de Verdun, notre gauche s'appuyait sur les centres de Brabant, Gonsenvoye, Haumont, les Gaures, formant la première position. Samogneux, la cote 344, la ferme Mormont constituaient la seconde position.
« Au centre, nous tenions le bois de Ville, l'Herbebois, Ornes, avec comme seconde position Beaumont, la Wavrille, les Fosses, le Ghaume et les Gaurières.
« Notre droite comprenait Maucourt, Mogeville, l'étang de Braux, le bois des Hautes-Gharrières et Fromezey, tandis que notre seconde position s'étayait sur Bezonveaux, Grand-Ghena, Dieppe.
« En arrière de ces secteurs de défense, la ligne des forts était jalonnée par le village de Bras, Douaumont, Hardaumont, le fort de Vaux, la Laurée, Eix. Entre la deuxième position et cette ligne de forts, une organisation intermédiaire à contre-pentes avait été esquissée de Douaumont à Louvemont, sur la côte du Poivre et la côte du Talou.* »