I.A VILLE DE VERDUN DÉCORÉE. 23â
« Messieurs, voici les murs où se sont brisées les suprêmes espérances de TAllemagne impériale.
« Lorsque, le 21 février, a commencé l'attaque de Verdun, l'ennemi s'était proposé un double objectif : prévenir une offensive générale des Alliés ; frapper, en même temps, un coup retentissant et s'emparer rapidement d'une place dont le nom historique rehausserait, aux yeux du peuple allemand, l'importance militaire. Les débris de ces rêves germaniques gisent maintenant à nos pieds.
« Au lieu de subir notre loi, l'Allemagne a voulu imposer la sienne et prendre elle-même l'initiative d'une attaque dont elle choisirait le lieu et la date. Les admirables troupes qui, sous le commandement du général Pétain et du général Nivelle, ont soutenu pendant de si longs mois le formidable choc de l'armée allemande, ont déjoué, par leur vaillance et leur esprit de sacrifice, les desseins de l'ennemi.
(( Ce sont elles qui ont permis à tous les Alliés de travailler avec une activité croissante à la fabrication du matériel de guerre, ce sont elles qui, en marquant d'un trait lumineux la limite de la force germanique, ont répandu dans tout l'univers la confiance en notre victoire définitive : ce sont elles enfin qui, en assurant la réalisation du plan dressé par les états-majors, ont laissé à la Russie le temps de préparer et d'engager ses triomphantes offensives du 4 juin et du 2 juillet ; à l'Italie, le temps d'organiser pour le 25 juin sa brillante attaque de Goritz; aux troupes anglo-françaises, le temps d'entreprendre, à partir du l»^' juillet sur la Somme, une série ininterrompue d'opérations méthodiques ; à l'armée d'Orient, le temps d'outiller et de concentrer ses divers éléments, pour prêter à nos nouveaux alliés, les Roumains, contre les Germano-Bulgares, un concours fraternel. Honneur aux soldats do
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Verdun ! Ils ont semé et arrosé de leur sang la moisson
qui lève aujourd'hui.
«... Et voyez, Messieurs, le juste retour des choses. Ce nom de Verdun, auquel TAllemagne, dans l'intensité de son rêve, avait donné une signification symbolique et qui devait, croyait-elle, évoquer bientôt devant Timagination des hommes une défaite éclatante de notre armée, le découragement irrémédiable de notre pays et l'acceptation passive de la paix allemande, ce nom représente désormais, chez les neutres comme chez nos Alliés, ce qu'il y a de plus beau, de plus pur et de meilleur dans l'âme française. Il est devenu comme un synonyme synthétique de patriotisme, de bravoure et de générosité.
« Ah ! certes, la fierté que nous inspire cet hommage universel ne va pas sans une grande tristesse. Ceux d'entre nous qui sont attachés à cette ville et à cette région par des liens très chers, ceux qui comptent, parmi ces populations meusiennes si courageuses et si cruellement éprouvées, tant d'amis et de parents, ceux qui rencontrent à chaque pas, dans les rues incendiées de Verdun, de vivants souvenirs de leurs jeunes années, ne peuvent que ressentir une douleur insurmontable au lugubre spectacle de cette dévastation sauvage!
« Mais Verdun renaîtra de ses cendres; les villages détruits et désertés se relèveront de leurs ruines, les habitants, trop longtemps exilés, reviendront à leurs foyers restaurés; ce pays ravagé retrouvera, à l'abri d'une paix victorieuse, sa physionomie riante des jours heureux. Et pendant des siècles, sur tous les points du globe, les héroïques défenseurs auront laissé au monde un exemple impérissable de grandeur humaine. »
Puis, descendant de l'estrade, le Président de la République a épingle sur le coussin que lui présentait le