‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 58 sur 66 · LES CIVILS DE VERDUN · texte numérisé non relu

LES CIVILS DE VERDUN

outre, pendant la période où les incendies ont fait trêve, fourni une précieuse et intelligente collaboration aux travaux de défense de la place. »

De leur côté, les citoyens de la ville évacués ne se sont pas laissés aller à l'abattement. Une mairie provisoire s'est installée à Paris. Les conseillers municipaux s'occupent de la reconstruction de la ville mutilée. Également à Paris, les Vordunois réfugiés, oubliant leur propre détresse, ont ouvert, au siège de leur comité, un guichet où les moins éprouvés viennent apporter à l'Etat ce qu'ils ont pu emporter dans leur exil.

G, JOLLIVET. — l'épopée DE VEBDUH. 16

Le même jour où le Berliner Tagehlatt publiait la (( consultation » du Kaiser annonçant « la mort lente de l'ennemi à Verdun », ce journal ajoutait « qu'il faisait fond sur nos divisions intérieures pour précipiter cette mort. »

L'Allemagne a pu croire un instant à la réalisation de cette espérance. Elle comptait sur nos Chambres, convaincue que la majorité du Parlement témoignerait une nervosité excessive à la suite des premières journées de l'offensive sur Verdun. Elle savait aussi que les minorités turbulentes se sont souvent imposées dans nos assemblées délibérantes.

Voici, brièvement résumées, les phases par lesquelles passèrent les espérances du journal berlinois :

Le 7 avril est venu à la Chambre le débat sur un projet de loi d'initiative gouvernementale aux termes duquel le Gouvernement serait autorisé à abaisser la limite d'âge pour les colonels, les généraux de brigade et les généraux de division ; à maintenir dans les cadres les généraux commandants d'armée, de détachements d'armée, et même de corps d'armée, au delà des limites fixées; à maintenir dans leur commandement ou leur emploi les officiers généraux passés dans les cadres de réserve.

A l'appui de la demande, Texposé des motifs invoquait l'expérience de seize mois de campagne permettant de constater que la guerre actuelle exige, chez

LA NATION. -l'i-^

les représentants du haut commandement, et, en particulier, chez les commandants de régiment, de brigade et de division, une forte endurance physique, une grande énergie morale et une activité intellectuelle incessante, qualités qui ne se trouvent réunies, sauf de rares exceptions, que chez les chefs qui n'ont pas, en général, atteint les limites d'âge actuelles.

Malgré l'intervention du Gouvernement, ce projet fut renvoyé à la Commission pour être remanié. Au cours du débat, un orateur avait dit, aux applaudissements d'une partie de la Chambre, en parlant du haut commandement : (( Je n'oublie pas les services rendus; mais il est bien permis, après vingt mois de guerre, de demander plus d'autorité, plus d'initiative, plus de volonté guerrière. »

La manifestation de ce vœu impressionna-t-elle la majorité? Toujours est-il que le projet fut renvoyé à la Commission pour être remanié.

Le 12 mai, à la demande de M. Renaudel, député socialiste unifié, la Commission de l'armée entendit M. Briand, président du Conseil, au sujet de certaines publications de presse concernant Verdun, mettant en cause le général en chef et son état-major. La séance, qui dura trois heures, fut {)resque euliôremeiit tenue par un discours de M. Briand. Ce procès-verbal a été communiqué à la presse :

(( La Commission de l'armée a entendu, hier, le président du Conseil et le Ministre de la Guerre sur les circonstances qui ont donné lieu à certaines publications et communications de presse et sur les nouvelles instructions relatives au contrôle de la correspondance militaire. *

Le 13, le Ministre de la Guerre n'avait pu être entendu par la Commission. Le 17, M. Briand se présenta

2','i LE MORAL FRANÇAIS.

devant elle, accompagné cette fois du général Roques. Le procès-verbal suivant fut communiqué à l'issue de cette réunion :

« Après avoir entendu le président du Conseil, la Commission de Tarmée a constaté son accord avec lui sur les principes généraux du contrôle parlementaire dans la zone des armées. »

Voici d'autre part le texte des motions votées par la Commission de l'armée dans sa séance du 17 mai :

« La Commission de l'armée, après avoir entendu les observations présentées par le président du Conseil et le Ministre de la Guerre, émet le vœu que les services de la censure soient réorganisés suivant la promesse du Gouvernement, de façon à éviter le retour d'incidents semblables à ceux qui ont ému l'opinion au sujet de la première semaine des opérations devant Verdun et pour que des différences de traitement inadmissibles ne laissent pas croire à un privilège en faveur de certains journaux.

« La Commission de l'armée déclare qu'il est de son devoir, tout en s'abstenant strictement d'une intervention dans la conception ou l'exécution des plans militaires, de veiller à ce qu'en vue des opérations sur tous les points du front, le terrain, les voies ferrées, les munitions, soient aménagés avec un soin, une activité, une prévoyance correspondant à l'héroïsme des soldats prêts à tous les sacrifices.

(c La Commission, prenant acte des déclarations du Gouvernement, prêt à assurer l'exercice de ce contrôle, que pour sa part elle veut permanent, décide d'organiser des missions qui se rendront d'une façon continue dans la zone des armées, pour s'y euquérir des besoins du commandement et des troupes. »

L'incident était clos sans qu'il y ait eu, grâce peutêtre à ce qu'il n'a pas été soumis à l'épreuve de la séance publique, la moindre fissure dans le pacte d'union sacrée conclu entre les partis.

D'autre part, pendant une grande partie du mois de juillet, l'opinion s'émut d'une campagne de couloirs et de presse autour d'une délégation de parlementaires à créer aux armées. On appréhenda un empiétement du législatif sur l'exécutif et par là, dans le parlement, ces divisions intérieures escomptées à Berlin. Berlin fut déçu par le vote flnal (27 juillet) d'un ordre du jour où les droits du haut commandement sont respectés. La délégation parlementaire aux armées, en effet, vérifiera l'utilisation des effectifs, la fabrication, le ravitaillement, les transports, l'organisation matérielle du terrain, mais elle n'a pas à se mêler de la conduite des opérations. Cet ordre du jour fut voté par 269 voix contre 200.

Depuis cette date l'espoir est revenu au Berliner Tagehlatt. Le pouls de la Chambre a battu plus fort à maintes reprises. La minorité ministérielle s'est accrue. Dix séances de comité secret n'ont pas permis de donner aux ministres tout le temps réclamé par la Défense nationale. Pour que le grand journal prussien se décide à déchanter il faudra voir se réaliser l'ordre du jour voté le 9 juillet au Sénat, proclamant (( l'union étroite des pouvoirs publics, de l'Armée et de la Nation ».

Celle-ci, en tous cas, a justifié pleinement les lignes suivantes écrites par le colonel Repington dans le Times, à la sjite d'un voyage prolongé dans notre pays et sur le front de Verdun :

Page 1