LE MORAL FRANÇAIS
« Ln chose la plus réellement étonnante de cette étonnante guerre, c'est certainement le moral français. Songez-y : vingt mois d'une guerre dévastatrice, une Française sur trois en deuil, plusieurs beaux déparlements et la meilleure partie des districts houillers français aux mains de l'ennemi, l'intelligence humaine impuissante à prédire quand la guerre prendra fin, des régiments reronstitués^ du haut en bas, pas une fois mais plusieurs; la vie nationale suspendue, les économies d'un demi-siècle jetées au creuset, et cependant, en dépit de tout cela, pendant ce conflit meurtrier avec un ennemi nombreux et encore formidable, le moral de l'armée n'a aucunement souffert et reste toujours aussi brillant. Ou, plutôt, à chaque nouvel appel fait à une race généreuse, le moral s'élève encore.
« A chaque demande plus grande, la France répond avec un cœur toujours plus grand. Elle a été grande déjà, mais jamais autant qu'aujourd'hui.
(( Dans le feu dévorant de cette guerre, cette noble et vieille race s'est purifiée. Elle a perdu, si elle le posséda jamais, tout sentiment égoïste. Elle est absolument unie, elle est déterminée. Si on put jamais lui re[)rocher de la légèreté, on peut dire quelque chose en faveur d'une légèreté qui fait que l'âme s'élève au-dessus de la mauvaise fortune et qu'on regarde le destin .Jen en face et gaiement.
(( Rendons honneur à qui il est dû, et disons que la grandeur d'âme exemplaire des femmes françaises, mères et épouses, leur patience signalée, leur silence dans leur grande peine malgré une incessante anxiété, ont été les [)réniices d'une grande renaissance.
« En dépit de la guerre, ceux qui restaient ont réussi à continuer de cultiver les champs. Du matin au soir, ils travaillent, ces vieux, ces enfants, ces filles, défiant
les deslins et produisant ces merveilleuses récoltes que nos soldats étonnés ont contemplées sans fin, depuis le moment des semailles jusqu'à celui de la moisson. Chaque champ est une victoire remportée. Sur une montagne célèbre, à portée des canons allemands, les vignes sont entretenues comme s'il n'y avait jamais eu de guerre.
« C'est avec un sentiment de profonde admiration et de satisfaction qu'on se sépare à regret de ces nobles hommes. »