La victoire de Verdun : Une bataille de 131 jours
hier après-midi par le 24* régiment d'infanterie de Brandebourg. Il se trouve solidement entre les mains des Allemands. »
Cette prise d'assaut était une pure hâblerie qu'un autre bulletin du même jour accuse davantage encore :
« Le succès de Douaumont et les progrès importants qui l'ont accompagné ont été obtenus en présence de Sa Majesté l'Empereur et Roi. La localité maintenant la plus proche de la place, prise sur le front Nord, est celle de Louvemont, soit une avance sur la veille d'environ deux kilomètres. »
L'Empereur d'Allemagne reçoit immédiatement une adresse de félicitations de la Chambre des représentants de la province de Brandebourg. Il y répond avec la même hâte :
« Je me réjouis hautement des nouveaux et grands exemples de la vigueur brandebourgeoise et de la fidélité poussée jusqu'à la mort dont les fils de cette province viennent de témoigner en ces derniers jours, au cours de l'irrésistible assaut livré contre la plus puissante forteresse de notre principal ennemi. Que Dieu bénisse le Brandebourg et la patrie allemande tout entière ! »
Si puéril que soit ce cri de jactance, il résonne douloureusement à Paris, où l'on semble redouter une rupture de notre front. On ignore que notre état-major a gardé tout son sang-froid, qu'il a téléphoné de vive voix pendant la nuit l'ordre de résistera tout prix sur la rive droite. L'inquiétude est vive. Les agences de journaux l'augmentent avec des citations de la presse allemande.
Le Lokal Anzeiger, le grand journal populaire de Berlin, raconte, le 26 février au soir, l'accueil fait à G. JOLLIVET. — l'Épopée de verdun. 2
Tédilion spéciale qu'il avait publiée dans la matinée, pour annoncer la prise du fort de Douauruoat :
« Quand la nouvelle se répandit ce matin, toute la population poussa un soupir de soulagement.... « Nous savons, disaient les gens, que la victoire d'aujourd'hui n'apporte pas encore la décision finale, mais elle est une étape importante vers le triomphe. » On lançait les chapeaux en l'air, les yeux étincelaient. Bientôt les drapeaux flottaient aux maisons ; joyeusement, ils palpitaient parmi les rafales de neige, saluant les vainqueurs de Douaumont. »
Toute la journée Tangoisse dura. Les pessimistes eurent beau jeu; ils évoquaient l'inéluctable figuré par l'artillerie lourde allemande à laquelle nous n'étions en mesure d'opposer que des pièces légères d'insuffisante portée.
Le lendemain seulement une détente se manifeste à la nouvelle qu'à la suite d'une courte inspection de la situation par le général de Ca«telnau, chef d'état-major général, le généralissime a chargé le général Pétain de la rétablir.
Arrivé le 25 au soir, le général Pétain s'adresse à ses hommes en ces termes :
« Depuis le 21 février, l'armée du Kronprinz attaque nos positions autour de Verdun avec la plus grande énergie. Jamais encore, l'ennemi n'avait mis autant d'artillerie en activité, jamais il n'avait dépensé autant de munitions.
(( Il a déjà amené sur le champ de bataille tous ses meilleurs corps d'armée, qu'il tenait en réserve depuis plusieurs mois. Il renouvelle constamment ses attaques d'infanterie, sans se préoccuper de ses lourdes pertes. Tout démontre l'importance que l'Allemagne attache à
LA RLÉE. 19
cette offensive, la première de grande envergure que rennemi entreprend sur notre front depuis plus d'une année. Il veut se hâter de terminer par un succès une guerre dont le peuple souffre de plus en plus. Les songes d'expansion en Orient se sont évanouis. L'accroissement des armées russe et anglaise provoque de Tinquiétude. L'appel de l'Empereur, que nous a apporté un déserteur, est un aveu des vraies causes de cette attaque désespérée : « Notre patrie, a-t-il dit, est forcée d'attaquer, mais votre volonté de fer anéantira l'ennemi. C'est pourquoi je donne Tordre d'assaut. » Leur volonté de fer se brisera à notre résistance, comme en Lorraine, comme en Picardie, en Artois, sur TYser et en Champagne. Nous les vaincrons finalement et Téchec de cet effort désespéré dans lequel ils auront dépensé en vain les meilleures troupes qui leur restaient sera le signal de leur effondrement. La France nous regarde. Elle attend, une fois de plus, que chacun fasse son devoir. »
Ce fut sur un espace restreint, après la perte du fort de Douaumont et des excellentes positions d'artillerie, autour de Beaumont que le général Pétain eut à organiser la défense'. Il lui fallut assembler les hommes et les canons pour répondre à l'attaque allemande, jeter des ponts sur une rivière partiellement débordée, améliorer ses communications, s'assurer amplement approvisionnements et munitions, construire de nouvelles défenses sur beaucoup de points, établir des tranchées de communication sur une large échelle afin d'épargner ses troupes et de permettre le rapide renforcement des points menacés, perfectionner le service