‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 9 sur 66 · Le Times, colonel Repinglon · texte numérisé non relu

Le Times, colonel Repinglon

téléphonique si nécessaire pour sa méthode d'utiliser l'artillerie ; enfin reprendre la maîtrise de l'air. Toute cette besogne, le général Pétain l'accomplit en face d'une armée supérieure en nombre qui s'efforçait d'élargir ses premiers succès par des attaques réitérées. 11 lui fallut un beau sang-froid pour rétablir une position qui n'était en aucune façon à l'avantage des Français.

« Cette immense tâche, écrit le rédacteur militaire du Times, devait être exécutée en face d'un ennemi attaquant sans cesse. Je pus constater, lors de ma visite au front, qu'aucun aéroplane allemand n'osait plus franchir les lignes françaises. J'estime que les Français ont un tir contre avions plus précis et plus scientifique que les Allemands. Bien que le général Pétain appartienne à l'infanterie, il fut un des premiers à comprendre, dès le second mois de campagne, le rôle que l'artillerie allait jouer dans la lutte. Il excella à organiser les tirs de barrage que les admirables 75 français permettent de régler en 40 secondes.

« Un des mérites particuliers du général Pétain fut de savoir se servir de l'artillerie lourde. Elle est devenue entre ses mains un instrument souple, très maniable et extraordinairement efficace, permettant de réduire au silence, avec les 155 et les 210, les batteries allemandes de plus gros calibre et de plus longue portée. »

C'est au général Balfourier, commandant le 20« corps, que revint la tâche d'arrêter les progrès de l'ennemi devant Douaumont. « Il faisait un froid rigoureux. Des tourmentes de neige gênaient nos mouvements. L'artillerie allemande, par de formidables barrages et le bombardement incessant de nos lignes d'arrière, s'efforçait d'empêcher notre progression. Mais nos soldats, comprenant la gravité de ces heures décisives, marchaient d'un cœur unanime et ne connaissaient plus

d'obstacles. Comme aux jours de la bataille de la Marne, le cri de : « En avant ! » les animait d'un courage surhumain. * » L'ennemi est non seulement repoussé à l'ouest du village de Douaumont, mais, contre-attaque, il reperd le soir un ouvrage occupé par lui la veille. Le 27 février dans l'après-midi, un bataillon prend l'offensive et le fait reculer en lui infligeant de graves pertes. Le 28, on se bat corps à corps dans le village. A la faveur de la nuit, les Allemands l'occupent pour l'abandonner, laissant plus de 800 cadavres sur le terrain. Le 4 mars, après avoir écrasé d'obus le village, ils réussissent à y rentrer et à s'y maintenir. Mais à 200 mètres au Sud, nous nous fortifions.

La bataille de Verdun racontée par lord North- CLiFFE*. — « On sait par le témoignage de déserteurs allemands que l'attaque devait originairement avoir lieu dans un mois ou deux, quand le terrain serait sec. La précocité du printemps engagea les Allemands à devancer l'époque prévue. Il y eut ensuite deux remises pour cause de mauvais temps, puis vint la colossale offensive du 21 février. Les Allemands commirent bien des fautes, que nous avons faites nous-mêmes à Gallipoli. Ils annoncèrent que quelque chose de grand était en préparation par la fermeture de la frontière suisse. Les Français furent également avertis par leur admirable service d'informations, leurs avions ne chômèrent pas, et si une confirmation était nécessaire, elle fut donnée par les déserteurs qui, prévoyant les

Page 1