‹ L'épopée du FezzanChapitre 3 sur 16 · MISSION REMPLIE · texte numérisé non relu

MISSION REMPLIE

Le 12 Janvier, piquant vers le sud, le capitaine Massu et ses camarades anglais se rendent maîtres du poste de Traghen, à 50 kilomètres à l'est de Mourzouk.

Comme il est joli le fort de Traghen! Il est badigeonné en vert. De loin, il se confond avec les palmiers. Il a une bonne petite allure de château-fort. Il est propre, net, solide. Il est même sympathique. De son chemin de ronde on découvre un grand et profond fossé qui le cerne, puis le village, très mignon, très arabe Hollywood, avec les minarets gentils de deux mosquées.

Sa garnison étique est effarée et se rend sans combat. Elle offre le couscous, de l'eau. De ses armes et de ses munitions on la débarrasse par un feu de joie. On ne s'attarde pas.

Faire prisonniers et emmener en A. E. F. ces quelques pauvres diables ? Allons ! Voyons... !

Le capitaine Massu, Clayton, Crayton-Stuart, benoîts, remontent en voiture et partent vers Oum-el-Araneb.

Oum-el-Araneb, « la mère aux lapins! »

Allah sait seul à la suite de quel miracle des lapins de garenne se sont mis à pulluler dans cette mince oasis. Un gros village en boue, vaguement consolidée de bois, poutres en rômiers, portes branlantes, abrite deux ou trois cents nazs, pouilleux à faire frémir. Des mioches morveux, des paquets d'étoffes sales qui voilent précipitamment de vilains museaux soi-disant féminins au passage du blanc, des chameaux galeux, se traînent dans les ruelles surchauffées, sur une litière de crottin et d'immondices. Au sud-est s'élève un petit fort mal fichu, mais hérissé d'armes. J'ai compté 4 canons antichars, 17

mitrailleuses lourdes et 12 légères dans les casemates d'Oum-el-Araneb, des pyramides d'obus, des montagnes de caisses de cartouches, de paquets de poudre en lamelle, des amoncellements de grenades. Le fort — trop bas d'ailleurs, avec un médiocre dégagement de tir — est le poste d'attache de la compagnie saharienne du capitaine De Valle* Italien en dépit de son nom français, un haut garçon qui sait se battre.

Oum-el-Araneb est bordé par du sable mou. Fonçant à toute vitesse, les voitures de la petite colonne tentent de forcer le passage. Elles ne sont plus qu'à sept ou huit cents mètres du fort quand les mitrailleuses italiennes ouvrent le feu. Elles doivent faire demi-tour, mais le sable les stoppe. Sous les rafales de balles il faut les désensabler. Les canons s'en mêlent. Pendant un quart d'heure, cible noire bien détachée sur la plaine presque blanche, cette poignée d'hommes est en danger mortel.

Enfin, le sable est passé et sous le soleil triste et splendide la randonnée reprend vers Gatroum. Au passage, voici Zuila.

Zuila, autre village funambulesque, est au pied d'un tombeau de cheik, ou de hadji, vieux d'on ne sait combien de siècles, clos comme un coffre-fort. Par une lucarne, dans la pénombre, on distingue vaguement de petits lambeaux d'étoffe verte nouée au bout de pieus fichés en terre. Autour de Zuila court une espèce de muraille crénelée. Gela pourrait à la rigueur résister à l'assaut d'une horde targui.

Je ne crois pas que nos héros aient pris le temps de copier les inscriptions italiennes, en belles lettres noires, qui s'étalent sur les murs du palais de Zuila. Mais il eût été dommage qu'elles restassent ignorées.

Au-dessus du corps de garde :

«GRANDE E QUEL SOLDATO, QUEL SILENCIA NEL FURORE DELLA GRIGANDO ».

Sur le fronton de la salle d'honneur : « A DIO L'ANIMA MIA ».

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