‹ L'épopée du FezzanChapitre 4 sur 16 · SACHE MOURIR COMME TU AS VÉCU : EN SI- LENCE · texte numérisé non relu

SACHE MOURIR COMME TU AS VÉCU : EN SI- LENCE

Et vlan! Un coup de mandoline!

Mais revenons aux choses sérieuses. La colonne dépasse ce poste fantôme — quatre askaris et un sousofficier indigène — et se dirige donc vers Gatroum.

Gatroum, c'est un gros morceau. Il faut contourner Gatroum en vitesse. Alerté par la radio, un gros bimoteur italien survole la petite colonne et la mitraille. Pas de casse, mais une troupe repérée dans le désert ne doit pas perdre une seconde.

Elle se hâte vers le sud. Elle espère trouver à Tadjéré l'appui d'un détachement français, à chameaux, qui s'est effectivement élancé à sa rencontre.

Il était parti de Wour, ce groupe, avec les lieutenants Sarrazac, de Bazelaire, Lartigolle, l'adjudant Manson, les sergents Dumas-Delage et Truillot.

Lartigolle et Dumas-Delage, escaladant le massif de l'Afafi, arrivèrent au petit fortin triangulaire de Toummo et s'y installèrent, tandis que le gros du peloton se dirigeait vers Tadjéré.

Ils furent trahis par un guide indigène, Korel, qui a pris la fuite et qu'on n'a pas encore découvert. Il vendit aux Italiens le secret de l'opération. Et tandis que la petite colonne trimait dans le désert, l'ennemi préparait sa défense.

Nos gars avaient gonflé leurs outres en peau de chèvre d'eau des «Gueltas», ces gouffres du Tibesti où dorment les pluies : tous les quatre ou cinq ans il pleut, là-bas, à gouttes grosses comme des grêlons, pendant un jour ou deux et dans les crevasses de granit cela s'accumule. Les nomades puisent au passage l'infiniment précieux liquide.

Subitement, alors que tirant le chameau par la bride, ces deux cents hommes avançaient péniblement vers Tadjéré, l'aviation italienne piqua vers eux. Par chance, ils purent s'applatir, se confondre avec le reg... et ce furent les chamelles toubou, d'un troupeau proche, que les brillants héros des Forces Royales Aériennes de Sa Majesté Victor-Emmanuel III bombardèrent en leur lieu et place.

Les chameaux, à l'heure à laquelle nous écrivons, n'ont pas encore exercé de représailles ni déclaré la guerre au Roi-Empereur.

La colonne cependant fît demi-tour et c'est à Toummo que s'opéra enfin la jonction entre la patrouille Clayton- Massu et les méharistes. De là, tous rentrèrent à Zouar en traversant sans encombre la corne septentrionale de l'Afrique Occidentale Française.

Ainsi s'achevait un raid que j'ai cru devoir minutieusement relater, car il est sans précédent dans les annales coloniales.

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