X, 438 441. — (9) //. X, 472. — (10) //. XXIV
(II) //. XXIIÏ, 808. — (12) //. XIII, 577.
campés autour de Troie (1), et Ulysse vante comme un nectar céleste le vin queMaron, prêtre d'Ismaros au service d'Apollon, lui a offert et dont le parfum merveilleux a une force d'attraction irrésistible (2). Ces deux faits laissent supposer que l'agriculture était très avancée en Thrace. Enfin il est question, dans l'Iliade, de Thamyras, barde de Thrace (3); ce qui prouve qu'on reconnaissait à la population de ce pays aussi certaines aptitudes intellectuelles. De même il convient de rappeler qu'à une époque plus récente^ les Grecs plaçaient en Piéride la résidence des Muses et d'Orphée, leur fidèle compagnon. Cette opinion reposait, ce semble, sur un souvenir qui attribuait jadis un mouvement intellectuel très caractéristique à une contrée septentrionale considérée dans la suite comme barbare. Les territoires de TÉmathie et de la Piérie formaient plus tard le noyau même du royaume macédonien. Lorsqu'au commencement du cinquième siècle, Alexandros, fils du roi Amyntas, voulut prendre part aux jeux olympiques, on le repoussa d'alx)rd comme barbare, et on ne l'admit qu'après qu'il eut démontré son origine argienne (4).
On pourrait objecter que les poètes , pour donner plus d'harmonie à leurs conceptions épiques, ont idéalisé les Thraces : objection spécieuse. En effet, si les côtes de la Thrace et des îles voisines ne furent colonisées qu'après l'achèvement de la plus grande partie de l'Épopée, il n'en est pas moins vrai que déjà, au temps d'Homère, il y avait un commerce très actif entre les villes grecques de l'Asie Mineure et la Thrace méridionale. Les poètes se retrouvent dans cette contrée tout aussi bien qu'en Asie-Mineure et dans la Grèce propre (5). Ils connaissent le sommet escarpé
(1) //. IX, 70-72. Comp. VU, 467. Le mythe de Dionysos et de Lycurgue de Thrace est raconté déjà dans Tlliade (VI, 130-143).
(2) Od. IX, 196-211. Le même vin était également renommé au temps d*x\rchiloque (Archil. d'après Athen. I, 30 F. fragm. 3 Bergk.).
(4) Hérodote, V, 22.
(5) Buchholz {Die homerischen Healien, p. 179-85) a recueilli tous les passages qui s'y rapportent.
du mont Athos (1), et les monts neigeux qui bornent l'horizon des habitants de la péninsule chalcidique (2). Les Pœoniensqui étaient peut-être plutôt d'origine illyrienneque thrace (3), on les distingue des Thraces, et leur territoire, qui, à cette époque, s'étendait beaucoup plus au Sud que plus tard, est nettement déterminé (4). On a même quelques données sur la contrée située au-delà de l'Hémos. Zeus détourne les yeux de la plaine de Troie où gronde le combat et regarde du côté du pays des Thraces dompteurs des coursiers, des Mysiens habiles à combattre corps à corps, des excellents Hippemolgues qui se nourrissent de lait, et des Abiens, les plus justes des hommes (5). Ces Mysiens d'Europe ne peuvent être que les habitants de la contrée comprise entre l'Hémos et l'Istros, que les Romains appelaient la Mœsie (6). Les Hippemolgues sont évidemment les Scythes vivant en nomades au Nord de ristros; le lait de jument constituait la partie essentielle de leur nourriture. La version relative aux Abiens repose probablement sur la même tradition que le récit d'Hérodote sur les Orgienpœens chauves (7); ceux-ci, habitant au Nord des Scythes, s'abstenaient de toute guerre , aplanissaient les difficultés entre les peuples voisins et passaient pour des hommes sacrés et inviolables. Il est tout naturel que les Ioniens aient conçu cette opinion grâce à des rapports incessants avec les populations de la Thrace. Le trafic commercial avec ce pays est d'ailleurs expressément indiqué dans l'Épopée : les poètes
(3) Kiepert, Lehrbuch der alten Géographie^ p. 313, Note 1. — (4) //. Il, 848-850; XVI, 288; XXI, 152-156.
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(6) Telle était déjà l'opinion de Poseidonios, dans Strabon, VII, 3, 2D5. — (7) IV, 23.
connaissent les glaives de Thrace (1), ils mentionnent les provisions de vin apportées de Thrace dans le camp achéen (2). Les termes enthousiastes dans lesquels est célébré le vin d'Ismaros (3) font supposer que ce poète s'est souvent rafraîchi avec ce breuvage. Le fils de Priam, Lycaon, fait prisonnier, est vendu à Euneos , fils de Jason, dans l'île de Lemnos (4) , située près des côtes de la Thrace et habitée par des Thraces (5). Il est à remarquer enfin que des Thraces s'étaient établis aussi à l'Est de la Propontide : c'étaient les Thyniens et les Bilhyniens (6) avec lesquels les Grecs de l'Asie-Mineure étaient forcément en relations. Nous pouvons donc admettre que dans l'assemblée devant laquelle les poètes chantaient leurs poésies, il y avait des gens qui trafiquaient, qui vidaient des coupes et échangeaient des coups de lance avec les Thraces. Dans ces conditions, un poète ne pouvait guère représenter ce peuple sous des traits contraires à la réalité. S'il l'avait fait, il aurait étonné son public autant que Polygnote eût surpris les Athéniens ou un artiste de Pergameles Grecs de l'Asie-Mineure, si l'un avait représenté les Perses et l'autre les Gaulois comme des hoplites helléniques. Il est particulièrement intéressant de remarquer que dans la doloneia on trouve exactement la même caractéristique des Thraces. Le poète aime évidemment prêter à son chant un charme extraordinaire par la description d'armes ou d'armures toutes spéciales (7). Donc s'il avait connu les vêtements que les Thraces portaient du temps des guerres persiques, il n'eût pas manqué, ne fût-ce qu'à propos des soldats de Rhesos, de mentionner les bonnets de fourrure, les chaussures en peau
(1) //. XII, 577. XXIII, 808. — (2) Voir plus haut, p. 11, note 1.
(3) Voir plus haut, p. 11, note 2.
(4) Les Sintiens que TÉpopée mentionne comme étant les habitants de cette île (IL I, 594. Od. VIII, 294) étaient des Thraces. Leur nom s'est maintenu aussi sur le continent thrace : Thucyd. II, 98. Strabon X, 457. XII, 549. Steph. Byz. Sivtfa. Liv. XLII, 51.
(5) //. XJCI, 40, 79. XXIII, 745, 746. — (6) Kiepert, Uhrbuch der alten Geogr.^ p. 99 et 106.
et les manteaux bigarrés. Mais il ne le fait pas ; Téquipement du roi et de son cortège, qu'il décrit, est identique à celui des Achéens derÉpopée (1).
Rien n'est plus simple que de déterminer les conditions qui ont favorisé de bonne heure le développement de la Thrace. Par sa situation géographique, ce pays était en relations très suivies avec l'Asie. La population de l'Asie-Mineure passait souvent en Thrace et celle de Thrace en Asie-Mineure. Les Thraces ont donc forcément emprunté toutes sortes d'éléments de civilisation à leurs voisins d'en face qui étaient plus avancés qu'eux. De plus, les Phéniciens s'étaient établis sur les côtes de Thrace et dans les lies voisines (2). Ils occupèrent Thasos et exploitèrent les trésors métallurgiques de cette île et du continent voisin : Hérodote nous le prouve très clairement (3). Cet historien a vu encore dans cette île le sanctuaire de Melkart (4), divinité de Tyr. Le nom de la ville d'Abdera, située sur la côte de Thrace, revient pour désigner un port phénicien dans l'Ibérie méridionale (5). L'usage de la circoncision chez les Odomantes établis
(1) Studniczka {Zeùschrift fur die œsterr, Gymnasien, 1886, p. 195) soutient que cette caractéristique des Thraces est tout simplement conforme au style conventionnel de TÉpopée (v. p. 1 et 2 du présent ouvrage). Il oppose à Topinion émise par nous, avec preuves à Tappui, ce fait que dans les Nibelungen aussi les Huns sont représentés sous les mêmes formes que les Burgondes. Cette objection n'a aucune valeur. Le barde autrichien qui composait les Nibelungen dans la seconde moitié du douzième ou au commencement du treizième siècle, a fait évidemment les Huns à Timage des Hongrois de son temps. Mais bien des éléments de civilisation occidentale et de mœurs chevaleresques avaient été introduits en Hongrie dès la fin du premier siècle, sous TArpade Stefan (Voy. Die œsterreichisch-tuigariche Monarchie in Wort und Bild, I, p. 53 et suiv,)- Donc le tableau que ce poète a tracé de la vie et des coutumes en Hongrie n'était nullement en contradiction avec Topinion que ses compatriotes se faisaient de la population de ce pays.
(2) Comp. Movers Die Phônizier, II, 2 p. 273-286. — (3) VI, 47. Comp. Skymnes, perieg. 660-663. — (4) Hérodote II, 44.
(5) Strabon III, 157. Stephan. Byz. "AeSrjpa. Pline, Hist. nat., III, 8. On a fait dériver longtemps Samos (Samoth race, Sdfxoç Opr/ixfTj, //. XIIÎ, 13) du mot sémitique «am^(être haut) et Lemnos de lib^nak (le blanc éclat), V. Bochart, Geographia sacra, I, VIIÏ, col. 377 et I, XII, col. 398. Leyde, 1707.
autour du Pangée permet de supposer qu'ils subissaient Tinfluence sémitique (1). C'est dans le commerce incessant avec les habitants de l'Asie Mineure et avec les Phéniciens placés au milieu des Thraces, que ceux-ci avaient puisé ces germes de civilisation que leur attribue l'Épopée. Jusqu'à quel point ces germes se sont-ils développés chez eux, c'est difficile à dire, surtout s'il s'agitde l'industrie; car la statistiquemonumentale de ce pays est, pour ainsi dire, inconnue. Plus d'un objet de luxe que les Ioniens admiraient dans les maisons des chefs thraces était probablement de fabrication orientale. L'Épopée nous dit par exemple (2), que Thoas, roi de l'île de Lemnos, habitée par les Thraces, avait reçu comme don des navigateurs phéniciens un cratère précieux. De même il est très vraisemblable que les glaives, désignés comme thraces dans l'Épopée, avaient été fabriqués dans les fonderies phéniciennes établies dans l'île de Thasos ou au pied du Pangée. De toute façon, il est certain que cette civilisation thrace ne fut qu'une plante éphémère poussée en serre chaude. Il n'en est resté que quelques vestiges dans la suite, tels que : les vignobles qui couvraient les collines d'alluvions jusqu'aux versants des monts Rhodopes, le culte de Dionysos (3) et l'ivrognerie qui semble devenir une particularité nationale chaque fois que des hordes barbares subissent l'influence d'un peuple civilisé qui a des boissons enivrantes à sa disposition.
On remarque d'ailleurs aussi dans l'Europe centrale un recul semblable de la civilisation extérieure. Les bronzes à décoration orientale, qu'on rencontre dans nos pays du nord et du centre, prouvent que l'industrie du métal était très avancée dans ces contrées, avant l'époque classique. Autant que nous permet
V. aussi Kiepert, Lehrbuch deralten Geograph.,'p,32L Mais cette dérivation a été récemment mise en doute. Comp. Pauli, Die vorgriechische Imchrifl von Lemnos^ p. 42-43.
(1) Aristoph. Acharn. 158, 161.
(2) //. XXIII, 745. Ce Thoas est le père d'Hypsipyle, qui est mentionné encore dans un autre passage de 17/. XIV, 230.
(3) Voy. Héhn, Kulturpflanzen und Ilausthiere,^^ éd., p. 65-66.
d'en juger la littérature palœoethnologique, fort embrouillée encore et qui n'est pas à la portée de tout le monde, la décadence de cette industrie septentrionale du bronze coïncide précisément avec le développement de la civilisation classique dans le Midi, et s'accentue à mesure que cette dernière progresse. En tout cas, l'industrie du métal chez les Germains et leurs voisins de l'Est et du Nord était dans un état de beaucoup inférieur à celui dont témoignent ces objets de bronze à décor oriental. On n'a pas encore suffisamment examiné et étudié les documents pour qu'il soit possible de montrer dans tous ses détails et d'expliquer cette marche rétrograde. Mais, entre autres causes, en voici une très probable : les transactions des Grecs sur les côtes septentrionales de la Méditerranée et du Pont Euxin différaient complètement de cellesdes Phéniciens. Ceux-ci poursuivaient uniquement un but commercial et cherchaient par conséquent à maintenir des relations pacifiques avec la population des pays où ils avaient affaire. Donc la civilisation apportée par les Phéniciens pouvait réagir d'abord sur les côtes, et se ramifiait ensuite dans l'intérieur du pays. Les colonies grecques, au contraire, étaient non seulement commerciales mais encore agricoles. L'occupation de vastes terrains nécessaires à l'agriculture occasionnait généralement des conflits avec les indigènes : Archiloque , dans ses poésies, témoigne des luttes aussi longues que sanglantes entre les Thraces et les Pariens qui, après s'être établis dans l'Ile de Thasos, projetaient de conquérir la côte opposée. Tant que durèrent les transactions pacifiques avec les Phéniciens, les Thraces restèrent en contact incessant avec la civilisation méridionale. Mais ce contact fut troublé forcément par les hostilités des Grecs , successeurs des Phéniciens. C'est ce qui explique sans doute pourquoi les Thraces, après s'être approprié des éléments de civilisation, revinrent à la barbarie. D'autre part, il est évident que la situation qui dominait sur les côtes a dû réagir sur l'intérieur de l'Europe. De plus, le goût classique s'étant développé, les Grecs renoncèrent à travailler artistement l'ambre, et ainsi le principal article d'échange
que le Nord avait apporté au Midi perdit vite son importance (1). Il faut enfin tenir compte des migrations des peuples qui eurent lieu du Nord au Sud dans la presqu'île des Balkans, vers le milieu du deuxième millier d'années avant J.-C. En examinant , autant qu'il est possible de le faire, l'enchaînement des faits dans le Nord, nous voyons que la migration dorienne fut occasionnée par ce fait que les Thessaliens abandonnèrent à un moment donné l'Épire, pour aller s'établir dans le pays qui depuis porte leur nom. Un tel exode de tout un peuple fut certainement la conséquence d'une pression extérieure. Il est probable que les Thessaliens furent poussés en avant par des peuplades illyriennes, qui, établies au Nord de l'Épire, commençaient alors à s'avancer vers le Sud. Nous croyons retrouver un écho de ces luttes dans la télégonie où Ulysse, arrivé chez le roi de Thesprotie dont il épousa la fille Kallidikè, fait la guerre aux Bryges, cousins thraces des Phrygiens, guerre à laquelle participent les dieux eux-mêmes. Or les Bryges pour qui combat le dieu thrace Ares et qui, à l'époque historique, habitaient la Macédoine septentrionale, semblent être, à cet endroit de l'Épopée, les ennemis septentrionaux, illyriens ou macédoniens, des ïhesprotiens(2). En tout cas, certains indices permettent d'affirmer que, vers la fin du deuxième millier d'années avant J.-C, des Illyriens envahirent la péninsule Apennine, où nous les rencontrons au Nord-Ouest sous le nomdeVenètes, dans lePicénum sous celui de Liburnes et sous celui de Messapiens et de Japyges au Sud-Est de l'Italie (3). Les Illyriens, de leur côté, auront été refoulés par des mouvements de migration qui eurent lieu parmi les peuplades habitant plus au Nord encore. De tout cela, on peut conclure qu'il y eut, à cette époque, dans l'Europe centrale, un profond bouleversement des populations, et si l'on rapproche ce fait du tassement des peuples qui s'est produit, à l'époque his-
(1) Voy. Helbig, Osservazioni sopra il commercio delV ambra (Ace. dei Linceî, CCLXXIV, 1876-77, p. 10 et suiv. — (2) Epicorum grœcorum fragm,^ eoll. Kinkel, p. 57. Comp. von Wilamovitz-Mœllendorff, Homer, Unlersuchungen, p. 187. — (3) Comp. Ann, ddV Inst. 1884, p. 154-158.
ÉPOPÉE HOXÉBIQLE. 2
torique, on songe immédiatement à Timmigration des Germains. On conçoit dès lors que tous ces bouleversements aient troublé les relations entre le Nord et le Midi et que, par suite, la civilisation de l'Europe centrale en ait subi quelque atteinte.
Du reste Thistoire moderne nous offre quelques analogies avec cette décadence de la Thrace. Il suffit de rappeler les Irlandais qui, au cinquième et au sixième siècles de notre ère, représentaient avec le plus d'éclat la civilisation occidentale et qui aujourd'hui sont un des peuples les plus arriérés de la race indo-européenne.
Un seul passage de l'Épopée fait ressortir une différence notable de civilisation. C'est celui où il est question des Locriens : ceux-ci ne sont pas armés pour la lutte corps à corps de casques d'airain, ni de boucliers bien cerclés, ni de lances de frêne; ils se tiennent à l'arrière-plan d'où ils lancent des traits sur l'ennemi. Seul leur chef Ajax, fils d'Oïlée, revêtu d'une lourde armure, comme les autres héros, combat au premier rang (1). Si la seule peuplade, à laquelle le poète attribue cette manière de combattre et cet armement primitif, est grecque, cela prouve qu'au point de vue de la civilisation extérieure, les Grecs de l'époque homérique étaient moins avancés que les autres peuples établis au Nord-Est du bassin de la Méditerranée.
Cette opinion concorde avec les renseignements que fournit . l'Épopée sur l'industrie.
Riedenauer (2) a déjà apprécié pour la plupart fort judicieusement la manière dont les Grecs de ce temps entendaient l'industrie. Certains travaux, tels que le filage, le tissage, la confection des vêtements se faisaient à la maison : l'Épopée nous le dit clairement (3). Par contre quelques autres professions, comme celles
(l)//.,Xni, 712-721.
(2) Handwerk und Handwerker in den homerischen Zeiten^ p. 76 et suiv.
(3) Voici les principaux passages : IL III, 386-388; VI, 289-293, 323-324, 490-492; XXII, 440-441, 511. Orf. 1, 356-358; II, 97 et suiv;lV, 133-135; VI. 52-53; VII, 234-235; XV, 105; XVIII, 313-316; XXII, 421-423. Dans un seul passage de V Iliade (XII, 433-435) il est fait mention de la préparation de la
de maçon, de charpentier, de charron, de menuisier, de corroyeur, de forgeron et de joaillier sont déjà cultivées par de véritables ouvriers (1). Cependant des personnes qui étaient en dehors des corporations professionnelles s'adonnaient également parfois à ces travaux. Paris bâtit sa maison avec les meilleurs T^xToveç àvSpBç qu'il y eût à Troie (2). Ulysse construit de sa propre main une chambre à coucher tout en pierres; il travaille de même au lit destiné à cette pièce; le décore d'ornements d'or, d'argent et d'ivoire et le tend de sangles en cuir rouge (3). Il a donc fait un ouvrage de maçon et de menuisier ; en ce qui concerne les sangles et les ornements, le poète a pu admettre qu'ils étaient tout prêts; le roi n'eut que la peine de bien clouer les premières et de fixer les secondes sur le bois ou de les y incruster. Le même Ulysse construit de ses mains son canot dans rile de Calypso (4). Eumée se construit lui-même sa métairie en pierres non équarries et se confectionne des sandales en peau de taureau (5). La division du travail n'était pas d'ailleurs encore bien avancée ; on fabriquait encore dans le même atelier des objets dont la fabrication devint plus tard une industrie spéciale. L'armurier s'occupe également de parures (6); des boucliers en peau de taureau ornés de garnitures métalliques se font aussi bien dans l'atelier du corroyeur (<jxutotoVo;) que dans celui de l'armurier (x«^xeuç) (7). Les termes servant à indiquer les différentes branches de l'industrie du cuir manquent encore : la tannerie même n'est pas mentionnée. Les charrons (8) et les charpentiers (9) coupent eux-mêmes leur bois sur pied.
Étant donné ce mode de fabrication, quelle était la qualité des produits? La réponse à cette question varie selon les diffi-
laine par une pauvre femme en dehors de la maison. Studniczka {Beitràge zur Geschichte der aUgriechischen Tracht, Abh. rf. archàolog. epigr. Seminars d. UniversUàl, Wien^ VI, p. 42, note 5) reconnaît là avec raison le commencement de l'exploitation d'une industrie.
(1) Riedenauer, /oc. ctV.p. 6-10. — (2) //. VI, 213. — (3) Od. XXIII, 190-201.
(4) Orf. V, 234 et suiv. — (5) Od, XIV, 7, 14, 23, 24. - (6) //. XVIII, 401,478- 613. — (7) //. VII, 219-223; XII, 294-297.