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CHAPITRE PREMIER

On s'est proposé dans ce livre une tâche purement archéologique ; aussi ne pourra-t-on pas s'étendre longuement sur les problèmes compliqués qui sont connus sous le nom général de qiiestion homérique. On se contentera de signaler querlques faits parfaitement établis ou très probables (1) qui serviront de justiflcation à la méthode adoptée dans le présent ouvrage.

L'Épopée, telle que nous la connaissons, est l'œuvre de plusieurs siècles. Elle se développa d'abord chez les Éoliens de l'Asie Mineure, puis chez les populations ioniennes de cette région et des lies. Quelques fragments seulement prirent naissance dans la Grèce propre. Cela est certain pour le catalogue des vaisseaux (2), et très vraisemblable pour un poème introduit

(1) Nous nous rallions complètement à Topinion de von Wilamowitz-Mœ llendorff, développée dans ses Homerische Unlerstichungen, Berlin, 1884.

(2) Niese, Der Homerische Schiffskatalog, p. 48. — V. aussi Niese, Die, Entwickelung der homerischen Poésie, p. 228.

ÉPOPÉE DOMéRlQUE. 1

dans rOdyssée et qui célébrait le triomphe d'Ulysse sur les prétendants. Le poète qui a compilé l'Odyssée dans sa forme actuelle, était aussi un fils de la Grèce propre.

Llliade est de beaucoup plus ancienne que TOdyssée, sauf le catalogue des navires et la doloneia qui se rattache à Tun des poèmes intercalés dans TOdyssée. Ses passages les plus récents seuls ne datent que du huitième siècle, tandis que les poèmes dont est composée TOdyssée appartiennent tous à ce siècle et au siècle suivant. Dans tous les cas, le compilateur de TOdyssée ne vivait certainement pas avant la seconde moitié du septième siècle. Le style épique a été fixé de très bonne heure et les poètes ultérieurs Font conservé autant que possible. « Les poèmes homériques », dit un savant qui joint à un sens très délicat de la poésie une grande sagacité de critique , « parlent un langage conventionnel qui n'a jamais et nulle part été parlé, que le rhapsode lui-même était obligé d'apprendre tout d'abord, dont certains termes étaient incompréhensibles pour beaucoup d'auditeurs et pour bien des chanteurs. Tout cet apparçil accessoire de comparaisons et de formules était traditionnel. L'Épopée diffère à coup sûr beaucoup plus de la

poésie populaire que le dialogue tragique Ce caractère

particulier de l'Épopée s'explique par ce fait, que les poèmes épiques parvenus jusqu'à nous sont très éloignés du temps où le style épique a été définitivement fixé. Né à une époque où les héros ne savaient ni lire, ni faire bouillir la viande, ni monter

à cheval, ce style s'est transmis, grâce à une tradition non interrompue et une pratique continuelle, jusqu'aux temps plus rapprochés de nous où les mœurs étaient déjà changées, mais où l'on avait encore par tradition une idée très exacte des héros épiques ; les poètes pouvaient ainsi éviter les anachronismes (1) ».

Si cette caractéristique est exacte, l'Épopée contient des éléments très anciens à côté d'éléments plus nouveaux. Les con-

(1) von Wilamowitz-Mœllendorff, ihid., p. 292.

tours principaux des formes de vie dans lesquelles se meuvent les héros sont partout d'une origine ancienne; mais il est permis d'admettre que plus tard les poètes se sont laissé influencer çà et là par le milieu où ils vivaient; cette influence se traduit dans les descriptions de détails, dans les comparaisons, dans les discours qu'ils prêtent à leurs héros. Les rhapsodes n'ont pas manqué d'intercaler les éléments relativement récents dans les parties les plus vieilles de l'Épopée. Plus la conception de ces poètes était vive et plus ils étaient portés à dédaigner la tradition et les conventions, pour faire prévaloir leur propre esprit. Un point très intéressant à noter sous ce rapport, c'est un épisode relativement récent intercalé dans l'Odyssée et dans lequel Pénélope, contrairement à l'habitude, est représentée comme une veuve coquette qui ne repousse pas l'idée de se laisser consoler (1). Ce trait de caractère est admirablement pris sur nature. Remarquez la finesse du poète qui met un sourire niais sur les lèvres de Pénélope, lorsque celle-ci dévoile à Eurynome son projet de se laisser voir des prétendants (2). N'est-ce pas le sourire des femmes intelligentes de tous les temps quand elles se décident à faire les coquettes après mûre réflexion? Eurynome, de son côté, se comporte en soubrette expérimentée qui sait deviner les pensées de sa maîtresse et parler le langage qui lui plaît. Elle recommande à Pénélope, avant de se rendre devant les prétendants, de faire sa toilette et de se farder (3). Ce dernier détail n'est mentionné qu'à cet endroit de l'Épopée. Il est incontestable qu'ici le poète a reproduit un usage courant chez les femmes ioniennes de son temps.

Dans certaines poésies qui viennent se grouper autour de niiade et de l'Odyssée, on rencontre très souvent des données absolument contraires au style conventionnel de l'Épopée. Dans la petite Iliade, Zeus offre à Laomédon un cep de vigne en or

Cl) Odyssée, XVIII, 158-303. Comp. von Wilamowitz-Mœllendorff, loccit,, p. 29-34.

(2) Od. XVIII, 163 : ay^petov Vl^aoiaaz^.

(3) Od. XVIII, 172, 179, 192-194, 196.

pour le dédommager de Fenlèvement de Ganymède (1). Le luxe qui régnait dans les cours royales de l'Asie antérieure a dû préoccuper vivement Timagination des Grecs. Dans plusieurs de ces cours , un cep de vigne en or faisait partie des symboles de la domination (2). C'est ce qui a engagé le poète à introduire ce détail dans le mythe troyen. On surprend le même poète parlant du cachet (3), objet qui n'entre pas dans la catégorie de ceux que mentionne l'Épopée. De même on remarque une contradiction formelle avec les données conventionnelles de l'Épopée lorsque le poète des A'ypritt mentionne des guirlandes de fleurs (4) et qu'il représente Palamède comme s'occupant de la pêche (5).

Notre étude portera donc sur une période de quatre siècles au moins, s'étendant depuis les débuts de la colonisation de l'Asie-Mineure et des îles voisines qui remonte au onzième siècle avant J.-C, jusqu'à la seconde moitié du septième siècle, date de la compilation de l'Odyssée. Il faut y ajouter quelques productions ultérieures, telles que quelques-uns des hymnes homériques, en tant que le style épique conventionnel y est ob serve et que, par conséquent, ils se rattachent à une civilisation plus ancienne.

L'Iliade et l'Odyssée avaient conservé pendant plusieurs générations, dans leurs traits essentiels, la forme qu'elles ont aujourd'hui. Plus tard, on interpola avec intention certains passages dans les deux poèmes, procédé qui était très familier surtout aux Athéniens du temps de Pisistrate (6). Dans un livre qui a pour objet d'expliquer l'Iliade et l'Odyssée, telles que nous les lisons maintenant, au moyen de monuments, il faut tenir compte de ces passages, mais on doit alors avoir le soin

(1) Epicor. grœcor, fragmenta, éd. Kinkel, I, p. 41, n. 6.

(2) Welcker, Z)er epwc/ie Cyclus, II, p. 262-263.

(3) Epicor, fragm,^ I, p. 42, n. 8.

(4) Athen. XV, p. 682. Epicor. fragm., I, p. 16, p. 23, n. 4.

(5) Pausan. X, 31, 2. Epicor, fragm,, I, p. 30, n. 18.

(6) von Wilamowitz-Mœllendorff, loc, cit,, p. 199 et suiv.

de faire remarquer qu'il s'agit là de parties spéciales qui se détachent de l'ensemble de l'Épopée.

Comme les spécimens d'art industriel auxquels il est fait allusion dans l'Épopée étaient généralement connus des auditeurs des poètes, ceux-ci n'en donnent pas une description détaillée. Ils se contentent de rendre ces objets présents à l'esprit en faisant ressortir brièvement leurs particularités les plus saillantes. Par conséquent, si l'on veut avoir une idée exacte d'un vêtement ou d'une arme des Grecs de cette époque, il faut absolument avoir recours aux matériaux archéologiques. Mais il faut se méfier, dans cette recherche, de beaucoup de monuments antiques retraçant des scènes du mythe troyen ; ceux-là seuls ont de la valeur à notre point de vue qui remontent à une époque où l'on retrouve encore quelques éléments de la civilisation des temps homériques. Les études archéologiques auxquelles se livrent certains peintres modernes, sans grand profit d'ailleurs pour la science et pour l'esthétique, étaient étrangères aux artistes de l'antiquité. Ils procédaient comme on procède de tout temps aux périodes florissantes de l'art : ils représentaient les scènes mythiques conformément à l'esprit de leur époque et reproduisaient le costume, les armes et les ustensiles tels qu'ils les voyaient journellement autour d'eux. Aussi, à partir de la période florissante de l'art, tous ces objets sont-ils façonnés dans le style que nous sommes convenus d'appeler classique : les draperies aux plis harmonieux suivent toutes les ondulations du corps humain; les armes, les armures, les vases ont une finesse de contours et de forme qui va se perfectionner dès le milieu du cinquième siècle; les cheveux et la barbe sont traités librement. On ne s'écarta de la réalité que plus tard, lorsque les générations successives, étant éprises de plus en plus des beautés du corps nu, commençaient à représenter sans

aucun vêtement plusieurs personnages mythologiques, des hommes d'abord, des femmes ensuite. Quand un peintre (ce qui arrive souvent) veut faire un fond architectonique dans un épisode emprunté au mythe troyen, il se plaît à choisir de préférence un portique à colonnes classiques (1). Les murs de Troie nous apparaissent construits en blocs énormes régulièrement taillés (2). Il est vrai qu'à partir d'Alexandre le Grand, certaines tendances se font jour qui contribuent à corrompre le style classique. Mais elles visent surtout le luxe de la vie journalière et n'affectent guère que les accessoires de la mythologie figurée, domaine dans lequel le style classique est resté presque intact jusqu'à la décadence de la civilisation antique. Les maîtres modernes qui ont emprunté à l'Épopée les sujets de leurs créations, ont adopté le type classique, et en cela ils se sont conformés aux véritables règles de l'esthétique. Il n'en est pas moins vrai que les poètes de l'Épopée trouveraient peut-être assez étrange la manière dont le mythe troyen a été traité par Polygnote, Parrhasius et Théon, comme par Flaxman, Genelli et Preller. La maison d'Ulysse, le costume et la parure d'Hélène, l'armement d'Achille aux pieds légers, les coupes que lèvent joyeusement les insolents prétendants, tout cela se présentait tout autrement à l'imagination de ces poètes qu'à celle des artistes grecs du cinquième siècle et des artistes modernes

Les explications des grammairiens sont également d'un intérêt tout-à-fait secondaire pour notre étude. En effet, la vie se manifestait à l'époque hellénistique sous des formes tout autres qu'au temps d'Homère ; il y a là à peu près la même différence qu'entre les origines du Moyen Age et la fin de la Renaissance. Par conséquent, le milieu où vivaient les savants de la période

(1) Déjà sur le vase François, Thétis, la fiancée de Pelée, est représentée dans un édifice en forme de temple entouré d'une colonnade. Voy. Mon . delVInst. IV, PL LIV, LVet Arch. Zeit. 1850, pi. A'AV//, XV/r. — Overbeck, Galerie homer, Bildw., pi. AV, 1.

(2) Helbig, Wandgemalde, n^ 12G6. — BulL dell'Inst. 1883, p. 128.

alexandrine ne se prêtait nullement à la représentation des types mentionnés dans l'Épopée. Ajoutez à cela que les philologues de l'antiquité manquaient tous de sens historique, et, comme les philologues de tous les temps, professaient un grand mépris pour les traditions qui ne sont pas écrites. Arislarque et son très intelligent élève, Denys de Thrace, déploient leur sagacité habituelle, même dans l'interprétation de passages qui ont trait aux objets d'art, mais ils dédaignent de consulter les monuments (1). Déplus, Alexandrie était une ville nouvelle et certainement pauvre en œuvres d'art ayant quelque rapport avec ceux décrits dans l'Épopée. Si la philologie antique avait eu son siège principal à Éphèse ou à Samos, où quantité d'offrandes illustraient si bien les phases successives du développement de l'art archaïque, on aurait peut-être attaché une plus grande importance aux données archéologiques.

Quiconque veut se faire une idée très juste des formes extérieures de la civilisation homérique, n'a qu'un seul moyen à employer : il faut qu'il examine attentivement l'évolution de l'art et les trouvailles qui sont en relations plus ou moins directes avec cette civilisation, et recherche, dans ce cadre bien délimité, les types qui concordent avec les données de l'Épopée. Cette tâche serait singulièrement simplifiée si l'on avait fait des fouilles systématiques sur l'emplacement des villes éoliennes et ioniennes de l'Asie Mineure. Malheureusement ces fouilles si nécessaires n'ont pas encore été faites et il est peu probable qu'elles soient entreprises dans un prochain avenir. Cependant on rencontre, même en dehors des contrées où naquit l'Épopée, assez de documents que nous pouvons utiliser pour notre étude, et l'Épopée elle-même nous indique parfois où nous devons les chercher .

Il convient de remarquer tout d'abord quels étaient les rap-

(1) Promathîdas, en commentant la reconstitution de la coupe de Nestor tentée par Denys de Thrace, cite un vase de Capoue consacré à Artémis (Athen.XI, p. 489). Mais ce qui diminue la valeur critique de cette tentative archéologique, c'est que le spécimen de Capoue était montré comme étant précisément la coupe de Nestor.

ports entre la civilisation extérieure des Grecs de cette époque et les peuples établis à TEst du bassin de la Méditerranée. Rien n'indique dans l'Épopée que les Grecs se soient estimés comme une race particulière et supérieure à ces peuples. Bien au contraire, la manière de vivre, le costume, l'armement des Achéens comme des Troyens et de leurs alliés y sont au fond identiques; le poète ne signale que fort rarement telle ou telle particularité nationale. Les compagnons de Sarpedon sont appelés une seule fois d[fAtTpoxtT(ovEç(l); cet adjectif s'explique aisément par ce fait, « que l'armement lycien ne comprenait point la ceinture garnie

k de bronze que les guerriers achéens portaient sous la cuirasse.

Si lea Thraces sont appelés àxpoxofxoi (2) et les Abantes eubéens oiriôEv xojAoojvTeç, (3) ces épithètcs signifient que ces deux peuples se distinguaient par une coiffure toute spéciale. Mais ces particularités sont d'une importance secondaire et ne permettent pas de conclure à de profondes différences de civilisation. En ce qui concerne les Abantes, ils étaient Achéens, et il est très probable que leur civilisation était semblable à celle de la plupart des peuplades de même origine. En tout cas, les indications sommaires données sur eux dans le catalogue des vaisseaux (4) prouvent que leur armement et leur manière de combattre étaient conformes aux données générales de l'Épopée.

Il n'est pas étonnant non plusquelesLyciens (sauf pour laceinture qui semble leur avoir manqué) aient été armés et équipés comme les Achéens (5). Si l'on réfléchit que la civilisation la plus ancienne du bassin de la Méditerranée s'étendait de l'Est à rOuest, et que la légende attribue aux Lyciens l'introduction dans le Péloponèse des constructions en pierre (6), ce peuple

(1) //. XVI, 419.Comp. ch. XXI du présent ouvrage. — (2) //. IV, 533. Comp. ch. XVI. — (3) //. II, 542. Voy. ch. XVI.

(4) IL II, 542-543. Voy. Archiloque dans Plutarque, Theseus 5 (fragm. 4 Beigk).

(5) 11 suffit de rappeler que TAchéen Diomède et le Lycien Glaukos échangent purement et simplement leurs armures. (//. VI, 230 et suiv.)

(6) Overbeck, Schriftquellen, 1, 3, 8.

nous paraîtra même plus avancé dans la civilisation que les Grecs à l'époque où les Ioniens commençaient à coloniser les côtes de l'Asie Mineure. Plus tard d'ailleurs les Lyciens marchaient de pair avec les Grecs dans la voie du progrès. Les soldats qu'ils fournirent à la flotte de Xerxès portaient non seulement une cuirasse, mais aussi des jambières (1), vêtement que connaissaient bien peu de peuples barbares et qui fit naître dans l'Épopée l'épithète iuxvi^jiiiojç caractérisant les Achéens. Sur le monument des Néréides érigé à Xanthos au quatrième siècle avant J.-C. (2), le prince des Lyciens qui figure là en qualité de satrape du grand roi, est vêtu à la manière des Perses (3), mais dans les scènes de chasse, de festin et de combat, il porte, ainsi que toute sa suite, des vêtements et une armure grecs. Chose curieuse, même les Thraces sont traités dans l'Épopée à l'égal des Achéens. Les Grecs de l'époque classique n'avaient pas une bien haute opinion des Thraces; ils les considéraient comme un peuple barbare qui se distinguait par son ivrognerie (4), vice que le poète du Rhesos (5) attribue également aux Thraces de la légende. Le costume et l'équipement des hommes au service de Xerxès sont décrits dans Hérodote avec beaucoup de précision (6). Malheureusement les renseignements que contenait son texte surlesThraces d'Asie nous font défaut. Les Thraces d'Europe portaient, assure-t-il, des bonnets en peau de renard, des tuniques, des manteaux à dessins et des chaussures en peau de daim; leur armement consistait en petits boucliers, en flèches et poignards. L'Épopée nous en fait un portrait tout différent. Ici les Thraces combattent, comme les Achéens, sur des chars (7),

11) Hérodote VII, 02.

(2) Monum. deW ïnsl. X, pi. XI-XVIII. — (3) Mon, delVImt, X, t. XVI, n. 167. Comp. Michaelis, Ann. delV Inst, 1875 pi. 167-169. — (4) Dilthey, Ann, deirinsL 1867, p. 172-175.— (5) 419-438. — (6) VII, 75.

(7) Od. X, 49 :

ntaTa{JLSVoi ji.£v àç' Tttzcov

âvBpdéai {xdtpvaa6at, xat SOi yj^ri ns^ôv lovTa.

Char de combat de Rhesos : //. X, 438; celui de Rigmos : XX, 487.

avec une armure d'airain (1), la tête couverte d'un casque que couronne un cimier (2). Comme les héros achéens, ils brandissent des lances formidables (3) et de puissantes épées (4). Aux funérailles de Patrocle, Achille propose le glaive et la cuirasse d'Asteropaios comme prix du combat et vante le travail délicat de ces deux objets (5). Ares dont le séjour favori est la Thrace, lorsqu'il encourage les Troyens hésitants à la résistance, emprunte les traits d'un chef thrace, Akamas (6). Si un poète attique du cinquième ou du quatrième siècle avait fait figurer un dieu sous la forme d'un Thrace, il eût produit un effet absolument comique. Dans la doloneia, un des chants les plus récents de l'Iliade, le poète insiste avec beaucoup d'éloges sur l'ordre militaire qui règne dans la tente de Rhesos (7) et peint avec les couleurs les plus brillantes l'équipement des troupes thraces. Le char de combat de Rhesos est bien garni de plaques d'or et d'argent, son armure est un ouvrage merveilleux digne d'ôtre porté plutôt par les dieux que par les hommes (8). Le poète loue de même l'équipement des soldats (9). Une coupe que Priam avait reçue des Thraces comme don d'hospitalité, est la principale pièce de 1 a rançon avec laquelle le vieux roi rachète le corps d'Hector { 10) . On pourrait dire, il est vrai, que rien n'indique que ces objets aient été fabriqués en Thrace et que, par suite, ils ont pu être importés de l'étranger. Mais l'Épopée nous apprend que tout au moins une branche de l'industrie d'art métallique, la fabrication des glaives, fut cultivée en Thrace avec succès. Achille dit clairement que le glaive superbe qu'il a arraché au Pœonien Asteropaios est thrace (11), et c'est un glaive thrace également que brandit Helenos dans la lutte pour les vaisseaux (12).

D'autre part, le vin de Thrace est fort goûté des Achéens

(I) Cuirasse du Pœonien Asteropaios, toute en bronze à bordures en étain : //. XXIII, 560-561. Armure d'or de Rhesos : X, 439. — (2) //. VJ, 9.

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