‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 100 sur 114 · VI, 93, 274, 308; VII · texte numérisé non relu

VI, 93, 274, 308; VII

<Po{6ou 'A^sôXXcDvoÇy HuOor ivt n£7pY)iaai).

temple ; il pourrait, en effet, se rapporter aussi bien au péribolos de l'enceinte sacrée. Quant à la maison fortifiée d'Érechthée, où se rend Athèna (1), on se demande s'il faut entendre par là le temple de l'Acropole d'Athènes connu sous le nom d'Érechthéïon, ou bien une demeure royale du héros parent de la déesse et qui autrefois se trouvait sans aucun doute au même endroit. D'ailleurs les vers où il est question de cette demeure n'ont aucune importance au point de vue de la civilisation contemporaine de la période florissante de l'Épopée : car ce doit être une de ces interpolations faites, sous l'influence du patriotisme athénien, au temps des Pisistratides (2).

Quoi qu'il en soit, le nombre de sanctuaires que les poètes appellent temple (vtiôç) est très restreint. Il y en a deux à Ilios, dont l'un est celui d'Athèna qui abritait l'idole mentionnée plus haut (3) et l'autre celui d'Apollon (4). L'Épopée cite, en outre, un temple du même dieu à Chrysé (5), et un autre passage qui semble être également une interpolation, faite sous les Pisistratides, dans une partie récente, l'inventaire des vaisseaux (6), mentionne l'Érechthéïon, temple de la déesse de la citadelle athénienne. Ajoutons à cela la proposition que fait Eurylochos, dans l'tle de Thrinacie, à ses compagnons de consacrer à Hélios un temple magnifique en expiation des taureaux qu'ils vont abattre (7). Enfin Nausithoos, l'égal des dieux, en fondant la ville des Phéaciens, y aurait élevé des temples (8) ; mais cette donnée a très peu de valeur au point

Od. VIII, 79 :

nuOoî h rj^aOcT), 80* OnipCY} XiVvov o^v.

(1) Od. VII, 81. — (2) Von Wilamowitz-Moellendorff, J/omerwc/w Unterêuchungen, p. 247-249.

(3) //. VI, 88, 274, 297. — (4) //, V. 446. VIÏ, 83. Ck)mp. V, 448. (5) //. I, 39. — (6) //. II, 549. Comp. von Wilamowitz, p. 247-249.

(7) Od. XII, 346.

(8) Od. VI, 9 :

à[u^\ Zk Ti?yoç ?Xa99f izàXn, xa\ êSc{[iaTO orxouç, xa\ VTjoùç 9:o(y)9c Oecûv, xa\ fôaaoorr* dpo^pac

de vue de Tappréciation de Tétat réel des choses, car l'Épopée nous représente cette ville comme une merveille supérieure à tout ce qui se voit habituellement.

Ainsi donc les foyers du culte munis d'une image divine étaient relativement très rares ; d'autre part, un certain nombre d'entre eux ne renfermaient point d'idole, mais un simple symbole primitif. Nous pouvons en conclure qu'il y avait alors très peu de statues de dieux dans l'acception propre du mot. Ces images (nous Tavons démontré plus haut) (1) étaient en partie des œuvres asiatiques. Les Grecs de ce temps-là s'occupaient-ils déjà de la fabrication d'idoles? C'est douteux. Il ne faut pas oublier que des renseignements à peu près précis sur la plastique grecque ne remontent guère au delà du commencement du VP siècle : c'est un fait qui serait assez singulier si la sculpture avait été cultivée dans les villes grecques, pendant la période antérieure, comme une branche importante de Tart. En tout cas, les premiers essais grecs tentés dans cette voie ne peuvent avoir été que des imitations d^idoles asiatiques; leur valeur artistique a dû être fort peu estimée, car nous savons que les xoana primitifs produisaient plus tard sur les Grecs une véritable impression d'horreur (2), Enfin il faut tenir compte ici des rapports qui, dans toute la civilisation grecque, unissent la poésie à l'art plastique. Même aux époques où ce dernier est en pleine possession de ses moyens, il ne suit point du premier coup, mais seulement quelque temps après l'inspiration de la poésie. Or, une théogonie correspondant au génie grec et entièrement humaine ne fut créée que par l'Épopée. Il est impossible d'admettre que, à peine les premiers chants de l'Épopée ont-ils résonné, l'art s'en soit em-

(1) Voy. plQs haut p. 529-530.

(2) Parmeniskos de Métaponte, qui voulait apprendre à rire, rit pour la première fois lorsqu'il aperçut Taffreuse ligure sculptée du temple de Latone à Délos (Semos, dans Athen. XIV, 614 h). Les filles de Proïtos furent Ihippées de folie, parce qu'elles s'étaient moquées de la statue d*Héra au temple d*Argos (Apollod. BihL II, 2, 2).

paré pour façonner des dieux conformes au génie de la nation : ce serait une véritable anomalie dans tout ce que nous connaissons de la civilisation grecque. Rappelons-nous que. le cycle décoratif imaginé pour le bouclier d'Achille et les plus anciens ouvrages grecs de même, espèce sont séparés par l'intervalle d'un siècle au moins; de même il a dû s'écouler un laps de temps assez considérable jusqu'à ce que l'art ait essayé de revêtir d'une forme plastique les figures de dieux imaginées par les poètes épiques.

Les données que l'Épopée renferme sur les temples confirment d'ailleurs cette hypothèse émise plus haut que les temples et, par suite, les idoles se propageaient de Test à Touest. Les poètes mentionnent des temples à Troie et dans l'Ile de Chrysé, c'est-à-dire dans la partie orientale du bassin méditerranéen; l'Odyssée, au contraire, ne parle point de temples dans l'ile d'Ithaque située dans l'extrême Occident ; elle ne cite qu'un seul fait qui se rattache à la construction des temples dans cette île, à savoir la proposition d'Eurylochos d'Ithaque de consacrer un temple à Hélios.

L'Épopée ne nous fournit malheureusement aucun renseignement précis sur l'idole d'Athèna troyenne. Mais cette particularité que la prêtresse Théano couvre d'un péplos les genoux de la déesse (1) indique bien que c'était un statue assise. C'est dans cette attitude que semblent avoir été représentées communément les idoles féminines ; nous la retrouvons dans les plus anciennes figures de Pallas (2). Peut-être est-ce cette attitude assise qui a fait naître les épithètes juOpovo; (3) et /pti(n(6povo; (4)

(1) //. VI, 93, 273, 303 (voy. plus haut p. 535, note 1). — Comp. Strabon, XIII, p. 601.

(2) Étaient représentées assises les anciennes Idoles de Pallas à Phocée, à Marseille, à Rome et à Chios (Strabon, XIII, p. 601), ainsi que les statues de la même déesse sculptées par Ëndoïos et dont une semble s'être conservée à Athènes (Overbeck, Geseh. der Plastik, P, p. 116-117, 145-147) Zêttschr. f, ùslerr. Gymn. 1888. p. 683 et suiv.). La plus ancienne idole d'Hèra dans rhéraïon d*Argos était également assise (Paus. II, 17, 5). — (3) '£68povo{ 'Hciç ://. VIII, 565; Od. VI, 48; XV, 495; XVII, 497; XVIIÏ, 318; XIX, 342.

(4) Épithète d'Hèra, d'Artémis et d'Éos (voy. p. 137, note 3). Comp. aussi Sapho, fr. I, 1 : rotxiX69pov* iGavat' 'Aop^ôtia.

fréquemment employés pour les déesses. On avait coutume de revêtir de feuilles métalliques certaines parties deridole(l); si Ton suppose ce revêtement étendu au siège même, on s'expliquera aisément la formation de cette dernière épithète.

Ajoutons à cette série de la plastique sacrée une œuvre d'art qui est citée dans la description du bouclier, une des parties les plus récentes de l'Iliade (2). Le poète compare le chœur de danse que représente Héphaïstos sur le bouclier d'Achille à celui que Daïdalos de Knossos exécutait pour Ariane aux belles boucles. Évidemment il fait allusion à une représentation plastique du chœur de danse, qui était célèbre de son temps et qui était consacré à TAHane de Knossos ; cette dernière n'était point l'héroïne traditionnelle ravie par Thésée, mais bien la déesse qu'on adorait dans l'île de Crète comme épouse de Dionysos. Dans les contrées situées à l'Est du bassin de la Méditerranée comme en Italie, il était d'usage, dès la plus haute antiquité, de consacrer dans les sanctuaires des figures ou des groupes d'argile, de bronze ou de pierre tendre qui représentaient des actes accomplis en l'honneur de la divinité. Les figures de taureaux et de brebis rappelaient les sacrifices d'animaux, les cavaliers et les chars les courses de chevaux et les courses en chars, les joueurs de flûtes et de lyre indiquaient les fêtes musicales et les représentations plastiques de la danse, les yopoi. Ces dernières notamment nous sont connues grâce aux bronzes primitifs d'Olympie (3) et à quelques vases d'argile (4) et de pierre calcaire (5), trouvés dans l'Ile de Chypre.

(1) Hérod. II, 182. — Diodore I, 23.— Pausan. IX, 12,3. — Comp. Bôtticher, BaumkuUus, p. 230.

(3) Furtwœngler, Die Bronzefunde ans Olympia^ p. 24-25.

(4) P. 283, note 6. — (5) P. 283-284, fîg. 80.

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