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main), à la procession des Panathénées (1). On rencontre même dans l'Épopée les premières traces du culte du nu, culte qui prendra plus tard un si grand développement. Lorsqu'Achille a tué Hector et qu'il Ta dépouillé de son armure, les Achéens s'approchent et admirent la beauté du cadavre dénudé, étendu devant eux (2). Ils éprouvent donc déjà une sensation esthétique semblable à celle que les guerriers athéniens manifesteront quelques siècles plus tard à la vue du cadavre de Masistios, général de la cavalerie persane, tombé à la bataille de Platées (3). Priam dit qu'il importe peu que le cadavre d'un jeune homme gise à terre, car tout en lui est beau; au contraire, un vieillard, dans le même cas, offre un spectacle repoussant (4). Un contemporain de Sophocle ne s'exprimerait guère autrement sur ce sujet. Toutefois ce sens est, à l'époque homérique, purementabstrait et n'exerce aucune influence sur les mœurs. Il est encore honteux pour un homme de se montrer nu parmi les autres hommes (5) ; on se ceint encore les reins à la lutte et au pugilat (6). Ce n'est que dans la 15® Olympiade que le Mégarien Orsippos, courant dans une diaulos, ose quitter sa ceinture (7).
Les descriptions ont aussi presque partout dans l'Épopée un cachet grec. Il est vrai qu'on y rencontre encore quelques figures de monstres, comme Briarée aux cent bras (8) , le géant Otos qui a neuf toises de hauteur sur neuf aunes de largeur, Ephialtès(9), Scylla aux douze pieds, six têtes, dont chacune est
(1) Michaelis, Der Parthenon; p. 330-331, n*» 201-205.
oî xai 07)in9avTO çu^v xa\ eîôoç iyirjTbv *'ExTopoç.
(3) Hérod. IX, 25. —(4)//. XXII, 71-76. Ce passage a été imité parTyrtée II, 10, 21-30.
(5) //. II, 262. — (6) //. XXIII, 683, 710. Od. XVIII, 30, 67, 76.
(7) Paus. I, 44 1. C I G n<> 1050. Suivant une autre tradition, ce serait le Lacédoménien Akanthos : Denys d'Halic. VII, 72. Comp. 0. Mûller, Die Dorier, II, p. 260, note 1.
(8) //. I, 403. — (9) Od. XI, 305-311.
armée de trois rangées de dents (1). Mais ces créations qui, en parties inspirées par des motifs orientaux, semblent avoir pris racine dans l'imagination du peuple bien avant TÉpopée, ne pouvaient guère être modifiées par les poètes. Abstraction faite de ces cas isolés, les faits et les choses sont décrits avec mesure, avec précision et avec une grande plasticité, c'est-àdire d'une manière classique dans le sens le plus élevé du mot. Les types des principaux dieux et héros se présentent déjà avec une netteté merveilleuse à l'imagination des poètes. Rappelons à ce propos les vers où il est dit que Agamemnon « par ses yeux et par sa tète ressemble à Kronion qui lance des éclairs, à Ares par sa ceinture et à Poséidon par sa puissante poitrine (2) ». Rappelons encore les portraits caractéristiques des rois achéens, tels qu'ils ressortent de la conversation entre Priam et Hélène sur les murs de Troie (3) ; enfin les vers célèbres dans lesquels Zeus d'un signe de tète exauce la prière de Thétis (4). Aucune autre poésie populaire n'a fourni à l'art plastique autant de modèles que l'Épopée homérique. On trouve même dans certaines de ses parties tels types qui sont conçus de diverses manières, entièrement conformes aux variations que l'idéal de la divinité a subies à travers les différentes époques de l'art grec. Dans l'Iliade, Hélène nous apparaît sous une forme surnaturelle, dont la beauté agit comme une force spontanée de la nature (5). Dans l'Odyssée, au contraire, elle se rapproche davantage de la condition humaine : elle est sensible, curieuse et espiègle ; c'est une femme belle et aimable qui a conscience de quelques péchés de jeunesse excusés par des circonstances at-
(1) Od, XII, 85-\)2. — (2) //. Il, 477 :
2{A(iaTa xa\ xs^aXvjv (xtXoç Ati tepnixspaijvct>,
(3) //. III, 161-242. - (4) //. ï, 528:
''H xai xuotWrjatv ir' ^ptSat veuas Kpov(cov* i|jL6p69iai ^*d[pa yiaXxon 27:€pp<i[>aavro dfvaxToç xpaiTb( dcn* àOavaiotO' {léyav d* IXéXt^tv "OXuijltcov. (5)//. III, 154-160.
ténuantes (1). Notre pensée se reporte ici involontairement vers la façon toute différente dont les artistes du cinquième siècle et ceux du quatrième concevaient la figure d'Héra : nous nous représentons, d'une part, l'expression énergique et presque terrifiante de la tête du Palais Farnèse (2), et, d'autre part, la douce majesté de la Junon Ludovisi. Enfin le poète qui a décrit le bouclier d'Achille a même inventé un cycle de tableaux complet et dominé par une pensée unique; son imagination a su les grouper, du moins en partie, d'après des principes esthétiques. Tous ces faits dénotent des aptitudes extraordinaires pour l'art plastique. Mais les Grecs d'alors n'étaient pas encore à même de donner à ces idées artistiques une forme correspondante en argile, en métal ou en pierre. Plus d'un siècle s'é- (îoula avant que l'art grec pût créer un cycle de tableaux pareils à ceux imaginés par le poète qui a décrit le bouclier d'Achille. Il fallut plus de temps encore pour arriver à cette forte caractéristique individuelle dont sont empreints les principaux personnages agissants de l'Épopée. La souveraine puissance de Zeus, si merveilleusement dépeinte dans les vers cités de l'Iliade, ne trouva sa fidèle expression que dans la statue olympienne de Phidias. L'Épopée nous décrit la laideur très caractéristique de Thersite (3), du héraut Eurybatès (4), des fonds de paysage comme la grotte de Calypso (5) ou la baie de Phorkys (6) ; en art, on ne constate des tendances à traduire les mêmes sujets d'une manière analogue qu'à l'époque d'Alexandre et de ses successeurs.
(1) Od, IV, 138-146, 184, 259-264, 277-279; XV, 125-129. (2)M<m.deir /n*/. VIII, pi. I.
(3) //. II, 216-219. — (4) Od. XIX, 246. — (5) Od. V, 57-74. — (6) Od. XIII, 96-112.