‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 104 sur 114 · FONDATION DE CUMES · texte numérisé non relu

FONDATION DE CUMES

celle des Hippobotes à Chalcis, n'eurent lieu dans aucun État grec avant le huitième siècle.

Par conséquent, suivant la tradition recueillie par Aristote, Cumes a été fondée au plus tôt dans ce siècle-là. Enfin Thucydide (1), qui a évidemment puisé ses informations sur la Sicile et Tltalie aux meilleures sources (2), ne sait rien sur la haute antiquité de cette ville, puisqu'il considère Naxos en Sicile comme le premier établissement des Grecs dans l'Occident.

En tout cas, la divergence d'opinions sur la chronologie de Cumes provient de ce qu'il n'existait autrefois aucune tradition positive à ce sujet. Ce fait cependant ne prouve nullement que l'origine de cette ville se perdait dans la nuit des temps préhistoriques. On peut l'expliquer d'une manière beaucoup plus naturelle. Cumes succomba sous les attaques des Osques dès les premières vingt années du cinquième siècle. Si sa chute entraîna en même temps la perte de la liste de ses éponymes, les moyens de déterminer l'époque de la fondation de cette ville firent défaut aux savants qui s'occupèrent plus tard de son histoire, ainsi qu'aux chronographes alexandrins; il en résulta qu'un champ libre s'ouvrit à des hypothèses arbitraires. Selon toute probabilité Éphore profita de cette circonstance pour reculer le plus possible l'origine de Cumes. Cet historien, né dans une ville de même nom en Asie Mineure et animé d'un enthousiasme excessif pour sa ville natale, a fait son possible pour lui assurer dans son ouvrage une place proéminente et glorieuse, et s'attira de ce chef les railleries d'autres auteurs (3).

(2) Il est vrai qa'on n*est pas sûr que cette source, comme Wôlfflin {Antiochos von Syracus und Cœliuê Antipaier, p. 1-12) le suppose, soit Antiochus de Syracuse. On pourrait aussi bien penser à Hellanikos ou à Hippys de Rhegium. Comp. Wilamowitz-Moellendorff, Kydathen, p. 121, note 37 et Herme* XIX p. 442, note 1.

(3) Strabon, XIII, c. 623. Comp. Volquardsen, Uniersuchungen ûberdie Quellen hei Diodor, p. 59.

55C I/EPOPEE HOMERIQUE.

On a prétendu que les Cuméens de l'Asie Mineure auraient pris part à la fondation de Cumes en Campanie. Cette opinion repose-trelle sur une tradition historique ou seulement sur une conclusion qu'Éphore lui-même aurait tirée de Tidentité des deux noms? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer (1). Quoi qu'il en soit, Éphore était fortement tenté d'établir des rapports entre la Cumes de Campanie et sa ville natale, et d'attribuer à la première une noblesse très ancienne; la ville éolîenne acquérait en effet un nouveau titre de gloire, si l'on arrivait à accréditer cette opinion qu'elle avait coopéré à l'établissement de la première colonie grecque en Occident et qu'elle lui avait donné son nom. Il est certain que Strabon, dans ses chapitres consacrés à la ville campanienne, a surtout mis à contribution Éphore. Non seulement il le cite (2), mais il rend compte de la fondation de cette ville tout à fait à la manière de cet historien, qui s'était acquis une véritable renommée par les détails avec lesquels il racontait les migrations des peuples et l'établissement de leurs colonies (3). De ce qui précède, il nous est permis de conclure sans rien exagérer que c'est à Éphore qu'on a emprunté l'opinion d'après laquelle Cumes serait la plus ancienne des colonies grecques de l'Occident. En tout cas le passage (4) f oî Si tov (ttoIov

« yvf^ravTO Trpoç cçàç «Otou;, twv jxèv Tvjv à:70uciav etvat, tûv ùï ti^v

« erwvujjLiav », avec son antithèse de rhétoricien, est entièrement conforme au style du disciple d'Isocrate (5), tandis que le sentiment de fierté qui y domine nous rappelle bien le patriotisme local de l'historien.

D'un autre côté, il y eut plus tard beaucoup de bonnes rai-

(1) Comp. Béioch, Campanien, p. 147*148.

(3) Polybe, IX, I, 4.

(5) Voy. la proche parenté des expressions dans les fragments d'Éphore chez Mûller, Fragm. hist. gr.^ I, p. 234, n<>' 2 et 5, p. 249, n« 64.

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