FONDATION DE CUMES
sons pour faire croire que la ville de Cumes en Campanie remontait réellement à une très haute antiquité. CJomme le souvenir de rinfluence considérable qu'elle avait exercée sur le développement de l'Italie centrale était resté très vivace, on s'imagina qu'il y avait beaucoup de rapports entre Cumes et l'histoire primitive du Latium, et spécialement entre cette ville et le conte inventé par les Grecs de la Sicile, d'après lequel Énée serait venu dans le Latium. On admet qu'Énée, avant de débarquer dans ce pays, avait visité Cumes (1). Depuis l'origine de la littérature romaine tout au moins on fixa la fondation de Rome au milieu du huitième siècle avant J.-C, et, selon la tradition qui avait cours au deuxième siècle, on calcula que l'intervalle compris entre cet événement et le débarquement des Troyens embrassait une période de trois générations (2). D'après ces évaluations, la ville de Cumes aurait existé déjà au neuvième siècle. Cependant il fallut lui attribuer une antiquité encore plus haute, lorsqu'au temps d'Auguste on dressa la liste des rois d'Albe, et que par le même fait on recula l'arrivée d'Énée à une époque antérieure à celle à laquelle on l'avait fixée d'abord (3). Il n'est donc pas étonnant que VelleiusPaterculus ait considéré la ville campanienne comme plus ancienne même que la ville homonyme de l'Asie Mineure. La critique historique a le droit et même le devoir de rejeter des dates aussi artificiellement arrêtées. Il ne faut donc pas considérer la ville de Cumes comme un précurseur dans la colonisation hellénique de l'Occident; il faut simplement lui assigner une place dans ce mouvement de migration générale. Par conséquent, si les plus anciens établissements des Grecs sur la côte orientale de la Sicile datent du huitième siècle avant notre ère, la position géographique de Cumes nous indique que cette ville n'est pas plus ancienne, mais plutôt un peu plus récente que ceux-là.
(1) Virgile, Aen,, VI, I et suiv. — Ovide, Metam,, XIV, ICI et suiv.
(2) Comp. Mommsen, Rômische Chronologie (2<' édit), p. 15M53.
(3) Mommsen, ibid.y p. 156 et suiv.