‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 16 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES PKINCIPAL'X liKOLPES D'oBJKTS TROUVÉS DANS I/EST,

Les colonies primitives dont Schliemann a découvert les vestiges à Hissarlik, dans la plaine troyenne (1), sont beaucoup plus anciennes que les poèmes homériques : c'est une vérité qu'il est à peine besoin de démontrer. Pendant que, dans ces poèmes, on ne trouve aucune trace de Tépoque que les paléoethnologues appellent Tàge de la pierre, on a mis au jour, dans les couches de Troie, un grand nombre d'ustensiles en pierre, tels que : haches, marteaux, ciseaux, scies et couteaux (2). On y a remarqué, par contre, Tabsence de glaives et de fibules (irtpôvr,, TTopTnri, IvsTr,), objets qui étaient communément employés du temps d'Homère ainsi que de morceaux d'ustensiles en fer, métal qui est souvent mentionné dans l'Épopée (3). L'armement de cette population consistait simplement en lances, flèches et poignards d'une exécution très primitive. Les pointes

(1) Schliemann, Troianische AltprthUmrr, Leipzig, 1874; Atfas troianischcr Alterthiimery Leipzig, 1874; Ilios, Leipzig, 1881, p. 240-6rx) ; Troja , Leipzig 1884, p. 33-216. — Du reste, il existe des vestiges d'une civilisation semblable en dehors d'Hissarlik. Les nécropoles cypriotes notamment qui, comme celle d'Alambra. (Cesnola-Stem, Cypem. p. 82 et suiv.) sont antérieures à la colonisation phénicienne, témoignent d'une civilisation analogue à celle de l'époque troyenne primitive. Voy. Janitschek, Ihis lieperia fin m fur Kunstivissemc/iaft^ IX, 2, p. 200.

(2) Schliemann, Ilioti, p. 270-271, 277,279,495-400, 634-635. —Schliemann, Troja.

(3) Voy. Buchholz, Dt'e homerischen Realien, I, p. 355 et suiv. Voy. aussi plus loin chap. XXIV.

de lances des héros d'Homère sont plantées comme dans un tube («ôXoç) au bout de la hampe (1), tandis que les pointes en bronze d'Hissarlik, écrasées à l'extrémité inférieure étaient introduites au bout de la hampe fendu en deux (2). Le métier du tourneur devait être très connu à Tépoque d'Homère, car l'Épopée le mentionne dans une comparaison (3). Au contraire, les vases dargile troyens, sauf de rares exceptions, sont faits à la main (4). L'Épopée nous décrit des objets d'art couverts de riches ornements de toutes sortes; ceux découverts dans la Troade ont une décoration très primitive. Pour les vases d'argile notamment cette décoration se borne à des ornements linéaires en creux excessivement simples et à des essais grossiers de modelage de quelques parties du corps d'hommes et d'animaux (5). Le nombre d'objets qui révèlent des relations commerciales plus étendues est fort restreint : on ne peut citer dans cette catégorie que différents ouvrages en ivoire (6), en particulier des épingles , des poinçons, et quelques fragments qui, d'après Schliemann (7) , auraient appartenu à des lyres ou à des flûtes.

Les antiquités d'Hissarlik remontent donc à une époque où le nord-ouest de l'Asie Mineure n'avait encore subi que très

(1) //. XVII 207. Voy. plus loin ch. XXIV.

(2) Schliemann, Ilios, p. 530, 538, 564, 565, 566; Troja, p. 101, 105, 112. De semblables pointes de lances et de flèches se rencontrent éfçalement dans la nécropole d'Alambra (Cesnola-Stern, Cypern, pi. XI).

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