‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 18 sur 114 · VIII 43. XIII · texte numérisé non relu

VIII 43. XIII

(2) Schliemann, Mykenœ, p. 263, 346.

(3) Mariette, Notice des principaux monuments du Musée à Bouliug^ p. 261 (de la parure de la reine Aah-hotep, fin de la \1^ dynastie, environ dix-septième siècle avant J.-C.)

(4) Exod. XXVIII 15-30, XXIX 8-21.

(5) Grifi, Mon. di Cœre, PL I. — Mus, Greg,, I, 82-83. Voy. plus haut p. 49-50. — On a trouvé récemment un spécimen analogue dans un tombeau de Tarquinies : Bull, delV Inst. 1885, p. 214.

(6) 'A8îîvaiov, IX, p. 162-169, X, p. 309-320. Milth. des arch. Imt, in Athen, VII (1882), PI. VIII. p. 241-250, VIII (1883), p. 3-4. ~ Bull, de corres, hellen., 1886, pi. I-III,p. 341-3'j6.

tés sur un fond d'or (1). Si les poètes avaient connu ces objets de luxe, peut-on admettre qu'ils ne s'en seraient pas inspirés dans leurs descriptions? Ils ne disent rien non plus des pierres gravées ni des anneaux à cachet, Ulysse ferme le coffre qui contient les présents des Pliéaciens, au moyen d'un nœud artistique, sans y apposer aucun cachet (2). Les anneaux ne sont mentionnés ni parmi les parures que prépare Hephaistos (3), ni parmi les cadeaux avec lesquels les prétendants cherchent à se concilier la faveur de Pénélope (1). Les tombeaux de Mycènes renfermaient, au contraire, un grand nombre de pierres gravées et de cachets d'or (5). Il n'est fait non plus nulle mention dans l'Épopée ni du cristal de roche (6) ni de l'albâtre (7), pierres dont sont faits différents objets trouvés dans les tombeaux (8). Ce n'est certes pas un simple effet du hasard si tous ces objets et ces matières premières ont été passés sous silence par les poètes. Nous pouvons en conclure que la civilisation des Mycéniens avait des dehors bien plus brillants que celle des Grecs du temps d'Homère. Cette civilisation ne s'est pas développée d'elle-même, mais bien sous l'influence de peuplesétrangers. Les produits artistiques des tombeaux proviennent pour la plupart de fabriques orientales ou sont tout au moins une imitation de modèles étrangers. On ne voit nulle part que le génie grec ait transformé les produits étrangers à sa façon. Autant qu'on peut en juger par le résultat des fouilles, les Mycéniens nous apparaissent comme des Orientaux ; nous l'avons vu par leur rite funéraire qui est importé de l'Orient. L'influence étrangère

(1) Schliemann, Mykenœ, p. Î330.

(2) Od. VIII, 443-448. — (3) //. XVIII, 401. — (4) Od. XVllI, 292-301.

(5) Pierres gravées : Schliemann, p. 233 n. 313-315. Anneaux à cacheter, p. 258-259 n. 333-335, p. 402 n. 530, p. 409 n. 531. Cachets d'or carrés, p. 205 n. 253-255.

(6) Schliemann, p. 231, 232, 242, 283, 330, 344.

(8) Il faut y ajouter le verre (Schliemann, p. 179, 184, 185) et le smalt (p. 278, 336, 377). Le motxiSavôç employé dans Homère indique très probablement le verre. Voyez chapitre VIII.

diminue à l'époque homérique, c'est incontestable; cependant (et nous le constaterons plus loin) Fart et l'industrie portent encore visiblement, même à cette époque, l'empreinte orientale. Le génie national ne fait que commencer à s'éveiller. Quant au rite funéraire, il diffère de celui de Mycènes en ce que la crémation est venue remplacer l'inhumation.

La civilisation que, pour plus de brièveté, nous appellerons mycénienne (car c'est à Mycènes qu'elle s'est révélée jusqu'aujourd'hui avec le plus d'éclat), n'était point limitée au territoire du golfe saronique ; on en trouve des spécimens dans toute la Grèce orientale,depuislaThessalie, jusque vers le sud dans la vallée de l'Eurotas. C'est la partie delà péninsule où la côte, déchiquetée, présentait à l'Est des golfes et des ports nombreux qui donnaient accès aux éléments civilisateurs du dehors. Les débris trouvés dans ces diverses contrées n'offrent entre eux aucune des différences locales qui existeraient sûrement si la civilisation avait poussé sur le sol grec et si elle y était arrivée à sa pleine floraison; partout on remarque une frappante uniformité. Kôhler (1) en conclut avec raison qu'il s'agit là d'une civilisation étrangère qui s'est implantée toute prête en Grèce.

Et comment s'est-elle implantée? Les relations commerciales seules ne suffisent pas à l'expliquer. Il faut plutôt admettre que des Orientaux vinrent s'établir sur différents points de la Grèce orientale et y apportèrent leur culture raffinée. Telle fut d'ailleurs l'opinion des Grecs qui a été confirmée en partie par la science moderne. Les cultes et les noms de localités sémitiques que nous rencontrons dans cette contrée (2) ne s'expliquent que si nous admettons l'établissement de colonies sémitiques, et l'on n'a pas encore, que nous sachions, réfuté l'opinion de Brandis (3) qui prétend que laThèbes béotienne fut une de ces

(1) D<i8 Kuppelgrab bei Menidi, p. 53.

(2) Duncker, Gcschichte des Allerthums^X, 42 et sulv. — Voy. nheinisches Muséum, VIII, 1853, p. 3:^0-332.

(3) Hermès, II, p. 259-284. Cette opinion pourtant est attaquée dans le Hermès, XXI, p. 106, note 1.

GROUPES D'OBJETS TROllVKS DANS L'EST. 77

colonies. Si le mythe du Phénicien Cadmus repose sur une base historique, il doit en être de môme, à plus forte raison, des mythes qui parlent de Tarrivée de Danaos, de Persée et de Pélops en Argolide. Suivant Aristote (1), Hermioneet Épidaure étaient des fondations cariennes.

Il semble tout naturel que la vie grecque ait eu, à Tépoque qui suivit immédiatement ces immigrations, un cachet plus oriental qu'à Tépoque homérique, où les éléments étrangers avaient déjà disparu ou s'étaient assimilés. La population primitive, très bien douée et avide de progrès, s'abandonna aux charmes d'une civilisation supérieure importée de l'Orient. Mais, à partir de la période homérique, l'influence orientale diminue sensiblement pour disparaître tout à fait lors de l'épanouissement complet du génie grec, c'est-à-dire au cinquième siècle. Par conséquent, si la culture décrite dans l'Épopée est moins orientale, plus simple et plus pondérée à la fois que celle des anciens Mycéniens, elle se rapproche en cela même de la période hellénique ou classique ; elle est donc plus récente que la culture mycénienne.

* Ce qui démontre encore les relations orientales des Mycéniens, c'est ce fait qu'ils savaient beaucoup mieux travailler la pierre que les Grecs du temps d'Homère. Il ressort d'observations certaines (2) qu'une partie tout au moins du mur de la citadelle construit en blocs polygonaux est antérieure à la construction des tombeaux. De plus les stèles (3) appartenant à ces tombeaux prouvent que les Mycéniens savaient les décorer d'ornements et de figures sculptés. Dans l'Épopée, au contraire, il n'est jamais question de citadelles construites en pierres, mais seulement de tranchées, de remparts en terre et de palissades (4). Il est

(1) StraboiîjVlII ,15, p. 374. C*est ce que disait aussi de Mégare la tradition populaire : Pausan. I, 39, 5-G.

(2) Arch, Zeit. XXXIV (1K76, p. 197. 1882, p. 405. Steffen, Karten von Mykenœ, p. 21-23. — Tiryns, XXX-XXXIL

(3) Schliemann, Mykenœ, p. 58, 90, 91, 97, 100, 102, 103. Milchhœfer, Anfange der Kunst, p. 36, 74. — (4) Voy. chap. VII.

parfois faitmention de stèles funéraires (1), mais rien n'indique qu'elles aient été ornées de sculptures. Les Grecs ont appris des Orientaux à construire en pierres et à sculpter sur pierre ; c'est une vérité qu'on ne peut guère contester aujourd'hui (2). La légende rapporte que les murs de Mycènes et de Tirynthe ainsi que la porte des lions de Mycènes étaient l'œuvre des Cyclopes, auxquels on attribuait généralement une origine lycienne (3): ces constructions ont dû paraître étranges plus tard et il y eut sans doute entre elles et les constructions ultérieures comme un arrêt dans la civilisation. On ne saurait déterminer avec certitude les causes de cette interruption. On ignore, en effet, pendant combien de temps les émigrants orientaux qui vinrent s'établir dans Test de la Grèce, conservèrent, au milieu des indigènes, leur nationalité et, par suite, leur civilisation supérieure. Admettons qu'ils se sont assimilés promptement aux peuplades autochtones; il en est résulté que certains procédés techniques rapportés de leur pays d'origine sont tombés dans Toubli. Mais les données scientifiques nous autorisent plutôt à supposer un bouleversement historique qui arrêta net les progrès de la civilisation. C'est une thèse que nous étudierons plus loin en détail.

Il y eut d'ailleurs un moment d'arrêt dans toutes les autres branches de l'art architectural. Comme nous le verrons dans le huitième chapitre, le plancher carrelé et le badigeonnage à la chaux des murs, dont il est question dans l'Épopée, donnent l'idée d'une décoration artistique inférieure à celle qui coïncide avec les tombeaux en puits de Mycènes.

Sous d'autres rapports cependant les Grecs de Tâge homérique étaient plus avancés que les Mycéniens. Dans les tombeaux en puits on n'a pas trouvé une seule fibule ni aucune trace d'objets en fer, mais, par contre, un grand nombre d'armes et

(1) //. XI, 371. XII, 437. XVI,457, 675. Od, XII, 14,

(2) Comp. Hehn, Kulturpflanzen u. Hamthiere, 3® édît. 119 et suiv.

(3) Overbeck, Schriftquellen, 1-26.

d'ustensiles de pierre. 11 suffît de rappeler que l'un d'eux ne contenait pas moins de trente-cinq pointes de flèches en pbsidienne (1). Parfois, il est vrai, on rencontre dans les tombeaux italiques des cinquième et quatrième siècles (c'est-à-dire d'une époque où l'âge de pierre avait disparu depuis longtemps), une pointe de flèche ou tout autre objet en pierre, qui accompagnent le défunt en guise d'amulette (2). Mais leur nombre est insignifiant et partant sans aucune importance en comparaison de la quantité considérable d'objets analogues trouvés dans les tombeaux de Mycènes. On peut en conclure simplement que les peuplades de l'Argolide garnissaient encore à cette époque leurs flèches avec des pointes en pierre (3).

C'est un événement historique, avons-nous dit plus haut, qui peut bien être la cause de la difl<érence constatée entre les civilisations mycénienne et homérique. Entre l'époque où les Grecs reçurent de l'Orient les premiers éléments d'une civilisation supérieure et celle où naquit l'Épopée, s'est-il produit quelque événement qui ait enrayé plus ou moins le progrès? En posant cette question, on songe involontairement à la migration dorienne. A la suite de luttes aussi longues que sanglantes, les Doriens réussirent à s'établir dans la plus grande partie du Péloponèse. Les peuplades plus anciennes furent forcées ou de se soumettre aux vainqueurs ou de les recevoir dans leurs villes et de partager avec eux le territoire. Ce bouleversement

(1) Schliemann, p. 189, 311, 313. Des couteaux en obsidienne ont été trouvés également dans le tombeau à coupole découvert près de l'Heraion d*Argos (Mitth, d. deut. arch. bist. in Athen,, III, p. 281, 284); des pointes de flèches et des couteaux de même matière sous les ruines du palais de la citadelle supérieure de Tirynthe. (Schliemann, Tiryns, p. 88, 195-196.)

(2) Helbig, Die lialiker in der Poebene^ p. 94, note 3. Zannoni, Gli scavi délia Cert08a,j>L XV, 16-19, p. 66. Bull, di palet n. îYa/iana, VI,p. 159.

(3) L'usage des armes de pierre semble s'être conservé longtemps en Orient à côté de celui des armes en fer. Dans le butin que le roi Thutmes 111 rapporte de ses campagnes d'Asie, il y avait des haches en pierre : Brugssh, Geschichte /Egyptens, p. 344. Les Ethiopiens qui combattaient contre la Grèce sous les ordres de Xerxès avaient des flèches à pointes de pierre : Herod., Vll,69.Comp.Chabas, Éttules sur T antiquité hi8torique^2^ éd.. p. 129.

dont les effets se firent sentir bien au delà du Péloponèse donna rimpulsion à la colonisation grecque. Afin de se soustraire à l'oppression, les Grecs quittèrent en foule leur pays pour aller fonder une nouvelle patrie sur les côtes de l'Asie Mineure et dans les lies situées en face. C'est pendant qu'ils s'établissaient ici et qu'ils livraient de durs combats aux barbares environnants que se formèrent, au milieu d'eux, les plus anciens chants de l'Épopée.

Un état de guerre qui dure pendant des générations entières entrave tout naturellement les progrès du bien-être et de la civilisation. Les conséquences devaient en être particulièrement tristes pour le Péloponèse, car les conquérants étaient beaucoup moins civilisés que la population indigène, surtout dans la partie est de la péninsule. On sait que la patrie des Doriens était cette contrée montagneuse environnant l'Olympe ; elle n'était donc guère accessible à l'influence d'au delà la mer. L'État lacédémonien, où l'ancienne tradition dorienne s'est conservée dans toute sa pureté et toute sa rigidité, offrait nombre de particularités primitives. Sparte resta jusqu'à Démétrius Poliorcète une ville ouverte (1). Une loi attribuée à Lycurgue ordonnait que les portes des maisons ne fussent faites qu'avec la scie et le plafond avec une hache (2). Le bouclier antique, privé de l'anse nécessaire pour passer le bras, ne fut supprimé qu'au troisième siècle avant Jésus-Christ par le roi Cléomène (3). L'origine du vêtement primitif des jeunes filles Spartiates et le fameux brouet noir semblent se perdre dans la nuit des âges indo-européens.

Il en fut de même des Étoliens qui s'attachèrent à la fortune des Doriens et arrivèrent ainsi à dominer l'Élide. La situation géographique seule permet de supposer que leur civilisation était très primitive; il est certain, en effet, que la Grèce occi-

(1) Pausan. 1, 1, 3, 6. ~ Comp. Helbig, Die Italiker in der Poehene, p. 134.

(2) Plutarque, Lycurgue, 13. — 0. Muller, Dorier^ II, p. 254.

(3) Plut. Kleomenes, 11 ; Kritias près Liban, Or. 24 (j:£p\ôouXe{aç), II, p. 86. — Comp. 0. Muller, II, p. 245.

CfROUPES D'OBJETS TROUVES DANS Î/EST. 81

dentale, au point de vue du bien-être et de la civilisation, était de beaucoup inférieure à la Grèce orientale. Il suffit de se rappeler à ce propos Tétonnement manifesté par Télémaque à la vue des magnificences du mégaron de Ménélas (1). Dans les fouilles d'Olympie , on n'a constaté aucune trace d'une phase analogue à celle de Mycèaes. Les vestiges les plus anciens d'Olympie indiquent, au contraire, une phase plus récente de la civilisation. Même lors de la guerre du Péloponèse, les Étoliens comptaient parmi les peuplades les plus grossières de FPIellade. Thucydide (2) se plaît à rappeler leurs coutumes lorsqu'il veut dépeindre l'état de choses de la haute antiquité grecque. Il dit des Eurytaniens, une des tribus les plus anciennes et les plus puissantes du peuple étolien, qu'ils parlaient une langue incompréhensible et se nourrissaient de viande crue (3). Dans l'agora d'Elis on se montrait une construction primitive consistant en un toit supporté par des appuis en chêne; c'était, disait-on, le monument d'Oxylos qui avait conduit les Etoliens dans le Péloponèse (4). Ainsi donc, dans l'Argolide, déjà avant Tinvasion dorienne, on élevait de superbes fortifications et des monuments funéraires en pierre; néanmoins, même après cette migration, la tradition populaire attribuait aux peuplades septentrionales cette sorte de construction primitive. Le plus ancien temple d'Olympie, THeraion, est venu confirmer la tradition. Les murs de la cella, reposant sur un soubassement en pierre équarrie, semblent avoir été faits de briques non cuites. Tout le reste, les colonnes comme les antes qui recouvraient les murs du pronaos et de Topisthodomos, les montants de la porte de la cella, le plafond de la cella comme celui des portiques, étaient en bois (5).

La civilisation des peuplades du Nord étant peu avancée,

(1) Orf. IV, 44-47, 71-75.

Çê) 1, 5, 3. lil, 94, 4. — Comp. Hérodote, VI, 127. — (3) III, 04, 4. — (4) Pauaan. VI, 24, 7.

(5) Pausan. V, 16, 1. Bœtticher, Olympia, p. 191 et suiv.; Dôrpfeld, dans les Hislorische Aufsalze E, Curtius gewidmet ^ p. 148-IïjO.

il arriva ce qui devait arriver : leurs conquêtes et leur vietoire finale portèrent atteinte à la civilisation du Péloponèse et l'arrêtèrent forcément dans son essor. Cette civilisation, nous Tavons vu, reposait sur des relations intimes avec l'Orient. Or l'incertitude , inhérente à un long état de guerre et la domination d'un peuple nouveau sur la côte est du Péloponèse durent forcément troubler ces relations. La colonisation grecque, d'autre part, amena d'autres perturbations. Les Phéniciens avaient, dès le quinzième siècle avant Jésus-Christ, fondé partout des colonies et factoreries dans les lies de la mer Egée (1); ils entretenaient, par suite, un commerce sûr et agréable avec les Grecs. Leurs vaisseaux voguant vers la Grèce orientale trouvaient, sur leur chemin, à de courtes distances, des stations où ils pouvaient aborder sans le moindre danger, comme sur leur propre littoral. La situation changea du jour où les Grecs vinrent prendre pied dans ces lies. Ceux-ci ne se comportèrent pas de la même manière vis-à-vis des Phéniciens. Les colons dorions chassèrent la plupart d'entre eux de Yalysos; d'autres furent englobés dans les tribus doriennes et chargés de certaines fonctions sacerdotales qui étaient probablement depuis longtemps héréditaires dans leurs familles (2). La tradition relative à Théra laisse supposer que les Phéniciens qui s'y étaient installés n'obtinrent que des droits politiques inférieurs à ceux des nouveaux colons grecs (3). Dans l'Ile de Thasos, les Pariens semblent s'être assimilé l'élément sémitique peu à peu et par des moyens pacifiques (4). Mais le résultat de ces divers procédés fut le même : les Phéniciens cessèrent de commander les voies de communication qui reliaient l'Asie à la Grèce. Les Orientaux établis sur la côte est de la Grèce avaientils conservé jusque-là des traces de leur nationalité primitive, c'est ce que nous ne savons pas. Si oui, leur assimilation à la population indigène a dû faire de très rapides progrès dès

(1) Movers, Die Phœnizier, II, 2, p. 129-132, 263. — (2) Movers, 11,2 p. 249- 257. — (3)Pausanias,IlI, 1 , 7-8. Movers, II, 2, p. 267. —(4) Movers, 1,2, p. 279.

qu'ils eurent perdu les liens qui les rattachaient à la patrie asiatique. La tradition d'après laquelle Pelops serait venu, avec de nombreux trésors, de TAsie Mineure en Argolide, pour y fonder un puissant empire (1), s'appuie sur ce souvenir que la brillante civilisation qui florissait dans cette contrée avant l'invasion dorienne reposait sur les relations avec l'Orient.

En tout cas il est parfaitement démontré que la richesse en métaux précieux diminua considérablement dans le Péloponèse après l'immigration dorienne. L'Épopée désigne Mycènes comme une ville pleine d'or (itoXii^puocç) (2) et les fouilles ont démontré que cette épithète lui était applicable à l'époque achéenne. Au contraire, lorsque les Spartiates eurent besoin d'or, dans la première moitié du sixième siècle, pour faire une statue d'Apollon, ils durent, pour s'en procurer, envoyer des délégués à Sardes (3).

En ce qui concerne les Éoliens et les Ioniens qui passèrent en Asie Mineure, la civilisation qu'ils transportèrent ici était sans doute plus ou moins analogue à celle de Mycènes. Seulement elle a dû, dans ce transport, subir diverses modifications. Lorsqu'à l'époque d'Homère la crémation succéda à l'inhumation, ce changement dut se produire juste au moment où les Grecs renoncèrent à demeurer sédentaires sur le sol paternel; car des urnes remplies de cendres pouvaient facilement se transporter dans des voyages sur terre et sur mer; un passage de Y Iliade nous apprend effectivement que cela se faisait, le cas échéant (4). De plus le trafic phénicien diminuant dans la mer Egée, l'influence orientale baissa forcément aussi dans la mère patrie comme dans les colonies. Enfin les Grecs,

(1) Thucydide, 1,9. — (2) II. VII, 180. XI,46. Od. III. 305 : wX^xp^iaoïo Muxiiv^ç.

(3) Hérodote, I, 69. — Pausan. III, 10, 10. Comp, Boeckh, Siaatshaus., I, p. 6-7.

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