CHAPITRE IX
(d[ç{i,a, d[p(iais, o/sa, dtfpoç)
On peut constater l'usage des chars de combat en Egypte et dans TÂsie Antérieure jusque dans les premières années du dix-septième siècle (1); il se répandit plus tard à chaque génération dans ces deux pays (2). Lorsque Rhamsès II entra en campagne contre les Hittites, au quatorzième siècle, les chars de combat constituaient les principales forces de son armée comme de celle de son adversaire. La division des Hittites qui se mit en embuscade à Kadesch était, suivant la version du manuscrit de Pentaour, accompagnée de 2,500 attelages (3). Les sculptures d'Ibsamboul , très vivantes (4), représen-
(1) Le roi Aahmès I'^'" (d'après Lepsius 1684-1659 av. J.-C.) qui délivra VÈgj^te de la domination des Hyksos , combattait déjà sur un char de guerre (Chabas, Études sur P antiquité historique, 2* éd., p. 422). Il semble même que ce char ait été employé plus anciennement chez les peuples de TAsie antérieure , auxquels les Égyptiens n*ont fait que remprunter (Brugsch, Geschichte Aegyptens, p. 273 et suiv. Ebers, Aegypten und die Bûcher Moses, I, p. 221. Hehn, KuHurpflanzen und Hausthiere, 3® éd., p. 32-33, 4« éd., p. 26, 3(K)1). En tout cas, le char de combat était déjà très usité chez les populations de la région arrosée par TEuphrate (Naharina) , à Tépoque où Thoutmès I<^^ entreprit sa campagne en Mésopotamie (1646-1625). Voy. Chabas, ibid, p. 441. Brugsch, ibid. p. 235, 236.
(2) Thoutmès III, dans sa première campagne de Syrie (1591-65), ne conquit pas moins de 924 chars de combat sur Tennemi : Brugsch, p. 303
(3) Brugsch, p. 504, 506. — (4) Rosellini, Mon, delV Egitto, I, pi. CIII-CX.
tent fort bien le spectacle grandiose des deux armées se ruant l'une sur l'autre (1).
Étant donné que des relations multiples s'établirent dès le milieu du second millier d'années entre les contrées sud-ouest de l'Asie Antérieure et la Grèce Orientale, l'emploi des chars de guerre ne tarda pas à se propager dans le Péloponèae. Ils ont
Fig. 3t. -' cbar de guerre égyptien.
dù s'y introduire avant la migration dorienne, puisqu'on en trouve sur des stèles funéraires de Mycènes (2). En tout cas, les héros d'Homère adaptent demille façons différentes leur manière
(1) 1,3 renommée de la puissance des chars égyptiens pénétra jusqu'aux oreilles des aédes homériques. On lit, en effet, i&ns l'Iliade (IX, 383), à propos de Thèbes d'Egypte i
diiipE{ âÇoi/viîoi 9'uï litr.oiaiv axI S-fiOfii.
(2) ScWiemann,jtfyfe)ME, p. 58, 90,91,92, 97,100-102, n« 24, 140, 141 (d'où est extrait notre fig. 40) .
ÉPOPÉE komUique. Il
de combattre aux chars de guerre (ap;jix, appLXTa, oj^ea^ <ïi?poç); les poètes de TÉpopée nous le disent assez clairement (I). Les chars transportent rapidement les guerriers d'un point du champ de bataille sur un autre, accélèrent la fuite et facilitent la poursuite. Quand un guerrier combat à pied, le conducteur se préoccupe de tenir son char aussi près que possible du combattant. Le char est en réalité un lieu d'attaque et de retraite (2).
Si nous examinons les données de l'Épopée sur la construction de ce véhicule, nous serons amenés à constater les particularités suivantes.
Les chars de guerre étaient très légers. Ils volent à travers le champ de bataille sans être arrêtés par les morts ni par les débris d'armes qui jonchent le sol (3) ; ils passent même pardessus les fossés (4). Eumélos, dont le joug s'est brisé pendant la course et dont les chevaux ont été tués , tire son char avec les mains à travers la carrière jusqu'au lieu de refuge (5). Diomède se demande même s'il ne doit pas emporter sur ses épaules le char de Rhésos du bivouac desThraces (6). Les chars de guerre avaient un seul axe (7), par conséquent deux roues (8). Sur Taxe était posée la caisse (^içpoç) (9) qui consistait en une plate-forme
(1) Voy, surtout VOd. XVIII , 263 :
Tn7:o)V t' (L>xu7:6Sa>v IniSTjTopa; , oi xe Tot/iiia Ixpivav ij^Ya vsfxoç ô[jLoifou noXifAoïo.
(2) Les principaux passages de V Iliade sont : V, 108, 249, 329. XI, 339- 342, 488. XIII, 385, 535-538, 657. XI V, 430. XV, 456. XVI, 864 et suiv.; XVII, 130, 500-502, 613-615, 699.
(3) //. XI , 534^7. XX, 499-502. Comp. XX , 394. — (4) //. VIII , 179. XII , 110-113. XVI, 380.