XIII, 398. XVI
en traînant son char (1). En second lieu, il est question, dans une comparaison (2), d'un cheval qui traîne son maître à travers les champs dans une course rapide. Enfin, à propos d'Achille, il est dit qu'il se précipite comme un coursier qui emporte légèrement son char dans la carrière (3). Ces comparaisons semblent beaucoup plus naturelles avec l'hypothèse, qu'à côté des attelages à deux chevaux, il y en avait à un seul cheval, et si les poètes ne mettent en scène que les premiers, c'est que ceux-ci font plutôt image et flattent mieux l'imagination. On ajoutait quelquefois aux attelages de deux chevaux un cheval de réserve (-apviopo;) (4), qui était attaché à l'un des che-
(1) //. II 390 : topt&aet Bireu îiwco; l6Çoov Spjia xiTatvwv.
(2) II, XXIII, 517 : 8<jaov 51 -po/^ou înnoç di^CcrraTOii, Sç fdt t' ivaocTX
oOpalai' ô ^i t' 6rpi\ j^oXa Tps'xei, ow^é ti îtoXXiq Xoipn ujtamr^ç, ircXio^ iri^foic dÉovTC(«
(3) //. XXII , 22 : 9&ui{ASvo( £>96^ XrjKXi^ dlcOXoç6^ç auv £/,eaçiv,
6( ^dé Ti ^ila ôérjcii TtTaivou.evc; Tt^tcio. Gomp. XII , 58.
(4) //. VIII 80-88. XVI, 152, 467-475': 6 l\ nijôaaov oClTaaev T;::tov
f-p^iï BtÇibv (!&{xcv' 6 5"' t^pax' ôwpÀv itcrOeav.
OU^yUT*, ITTuBt) XtÎTO ItaplîcpOÇ W XOvCTjffW.
Tcîo {Atv AÙTsuiâcav ^cuptx>KU7è( iSpiTO Texaup . oiraaoiaevcç rocvurixcç àcp 'Rft/éc; 77ftpà lAYipcO, ditÇac diir^(|^£ 7:xpricpcv cùo* tuaTr.asv. Tw 8' tôiiv<biTy)v, ev oè f vn^soi xavuoOEv.
L'action représentée dans ces vers a été souvent mal comprise, même par Grdishoî {Dos Fuhï'werkbei Jlomerund Ilesiod y p. 36, note 35). Grashof adopte la version du Scholiaste âv U ^uxvlpi xdvuaOev et, pour expliquer ces mots, dît qu'Automédon, après la rupture de Tattelle, a été forcé de les atteler au timon (fuTiippour fu|ji6;) même. Mais l'expression xp{xg BèÇuy^v ne peut signifier : V attelle s'est brisée, mais bien ; Vattelle a craqué (les chevaux effarouchés s'étant brusquement séparés). Du reste le poète, si Ton en juge par les passages analogues de TÉpopée , nous aurait présenté Automédon attachant les chevaux au timon et ne se serait point borné à nous indiquer le fait accompli. Évidemment les mots èv Bè puTTjpcii tavuoOev doivent être traduits par : les chevaux se rangèrent sous les rênes, que les chevaux effarouchés avaient embrouillées. Deux passages de V Iliade (III, 261 ,311, et XXIII , 323), mon-
vaux d'attelle ou à l'attelle elle-même (1) et courait à côté sans tirer (2). II est certain que ce cheval était muni de guides, sans quoi le conducteur n'aurait pu le maîtriser. Il était destiné à effrayer l'ennemi en mordant et se jetant en tous sens, et sans doute aussi à remplacer immédiatement les chevaux d'attelle qui succombaient (3).
La comparaison des monuments permet de déterminer les contours de certains détails.
Si, comme c'est très probable, les Égyptiens, de même que les Grecs, ont emprunté l'usage des chars de combat aux contrées du sud-ouest de l'Asie Antérieure (4), il convient d'examiner ici les monuments égyptiens à ce point de vue spécial. On y remarque trois sortes de chars de combat qu'on ne peut pas distinguer toujours très nettement, car ils sont reliés par des types de transition (5).
Nos figures 31, 32 et 33, représentent trois chars de guerre appartenant à l'époque de Rhamsès II (6). La différence consiste
trent que tavueiv est le verbe consacré pour indiquer que les chevaux sont bien droits et alignés sous les rênes. Hésiode (seul. Uerc, 308) appelle les rênes ^uTdl. Il est donc très probable quej^uiTJps^a le même sens.
(1) Cette attache s'appelait ïrapTiopiai (//. VIII, 87. XVI, 152).
(2) Lorsque Ménéias offre à Télémaque trois coursiers et un char bien poli (Od, IV, 590), le nombre trois indique deux chevaux d'attelle et un cheval de réserve. Il faut supposer deux chevaux d'attelle et deux chevaux de réserve au char d'Hector (iL VIII, 185-191), à moinsde biffer, avec Aristarque, le vers 185 où Hector mentionne quatre chevaux. (Comp. Lehrs, De ArUtar. Stud, homer., 2* éd., p. 195). En tout cas, deux chevaux seulement tiraient le char, car Hector leur parle au duel (iXX' êtpofjLocpTEîTov xa\ anetôcTov). Du reste, les attelages de quatre chevaux ne sont mentionnés que dans des passages qui sont probablement des interpolations. (Voy. la comparaison de VOd. XIII, 81-83 et le discours confus de Nestor //. XI, 698-702, où les TtYoapec àOXo9<Spci Iitkoi wzoXow S/^to^iv que Neleus envoie à Élis font songer involontairement aux jeux olympiques).
(3) Comp. Schlieben, Die Pferde des Alterthums, p. 157-160.
(4) Voyez plus haut, page 160, note 1.
(5) Textor de Ravisi a réuni les spécimens les plus importants des chars égyptiens (Voy. Congrès provincial des orientalistes français^ Égyptologie : Études sur les chars de guerre égyptiens. (Bull. I. 2 vol. p. 439-^4).
(6) Fig. 31 : attelage égyptien de la bataille de Kadesch (plus haut, p. 160
surtout dans la construction de la caisse. Dans le premier (flg. 31) cette caisse est fermée de tous côtés; dans le second (fig. 32) elle offre de chaque côté une ouverture limitée en haut par une main-courante qui correspond à Yantyx homérique; dans le troisième (fig. 33) elle est réduite à une bande étroite, sorte de tablier qui ne couvre que la partie antérieure du corps du guerrier et court le long de la plate- forme. Ici la balustrade ou Yantyx part de l'extrémité supérieure du tablier en question, et, faisant une courbe, vient rejoindre les deux extrémités de la bordure du marchepied. La caisse était, dans ses parties essentielles, tout en bois ; mais les rangs de clous, souvent visibles sur les bords de la caisse (fig. 33), le caractère de Tornementation et certaines données des inscriptions (1) indiquent que le bois était souvent garni de métal.
Les chars des Chetites (Hittites) qui guerroyaient contre Rhamsès II (fig. 34 et 35) (2) ont une caisse entièrement fermée; elle se distingue des chars égyptiens construits de la même façon (voy. fig. 31) en ceci que, au lieu d'être bombée par derrière, elle descend en ligne courbe jusqu'à la plate-forme. La manière dont les artistes ont figuré la caisse indique bien qu'ils ont voulu représenter un objet en bois. Cependant les rangées de clous et les disques cloués près de la face antérieure du char (3)
d'après Rosellini Moniim. delV EgiUo (Monum, reali) I, pi. CI II. — Fig. 32 : char de Rhamsès II, d'après Rosellini, loc, cit., pi. 1, CIL — Fig. 33: Char du même roi, ibid. (Mon. cty.) pi. CXXlI, 2.
(1) Voy. un char de bronze du roi Thoutmès III dans Brugsch, Geschichte .'Egyptens, p. 300. Un autre d*Amenhotep IV (Chunate) en or et en bronze , ibid, p. 429 et 431. La lettre bien connue du papyrus Anastasi I, mentionne des ornements de chars et des incrustations métalliques (Textor de Ravisi, loc. cit. p. 464).
(2) Rosellini, / Mon. deW Egitto, I (mon, reali), t. CIIl-CX. Comp. aussi Wilkinson-Birch, The manners of the anc, Egyptians, I, p. ÎS9, n® 5. Nos figures 34 et 35 reproduisent deux attelages de la bataille de Kadesch d'à. près Rosellini I. pi. CIIL
(3) Un bas-relief assyrien représentant une machine de siège dont les parois sont consolidées au moyen de disques semblables (Perrot et Chipiez, Histoire de Part, II, p. 105, fig. 26) nous confirment dans l'idée que ces disques étaient en métal.
prouvent que les planches de la caisse étaient consolidées au moyen de garnitures métalliques. En tout cas, les incrustations métalliques chez les peuplades du sud-ouest de l'Asie Antérieure remontent à une très haute antiquité : des inscriptions égyptiennes rapportent, en effet, que déjà Thoutmès III (1591-65), dans les campagnes qu'il fit contre les Rutennu ou les Lutennu éta-
Fig. 33. — CbM de guerre égypUca.
blis en Syrie et en Mésopotamie, emportait dans son butin des chars d'or et de vermeil (1) et recevait comme tribut des peuplades de l'Asie Antérieure des chars garnis d'or, d'argent et de bronze (2). Lorsque les Israélites vinrent, au treizième siècle , sous la conduite de Josué et des Juges, se fixer sur la terre de
(1) Lepsius, Die Metalle in den œgyplischett Imchriften (Abhandl. der. Berl. Akademie 1871), p. 48 et 51. — Brugsch, Getchichte iEgypten», p, 300-303.
(2) LepsiuB, ibid., p. 40. — Brugsch, p. 305, 309, 310, 315.
Chanaan, ils évitèrent de lutter contre les peuplades établies dans la plaine, car ils redoutaient leurs chars de guerre en fer (1).
Les chars assyriens (2) ont tous des parois très solides, et leur ornementation offre toutes les particularités du style métallique. La caisse rappelle, sur les anciens monuments (fig. 36et 46) (3), la caisse fermée des chars égyptiens (voy. fig. 31), avec cette dif-
Fig. 3t. — Clior de guerre bftUle.
férence toutefois que la bordure en est légèrement abaissée sur la face antérieure et qu'elle descend verticalement par derrière. Plus tard, au contraire (fig. 37) (4), la bordure supérieure est tout à fait horizontale , parallèle à la plate-forme et recourbée seulement
(1) Josné XVII, 16. Les Juges 1, 19. iv, 3.
(2) Comp. Layard, M'nive A and Ug retnaim,U, chap. iv.
(3) La figure 36 est tirée de l'ouvrage de Layard, The Mon. ofNxniveh, p. 28 ; la figure 46 à la page 16 du même ouvrage.
(4) Layard, ibxd. pi. 72.
aux deux extrémités. En même temps, la caisse devient plus large et plus haute; avant elle n'arrivait que jusqu'au milieu des cuisses du guerrier, maintenant elle le couvre jusqu'au basventre. De plus, dans les types plus anciens, l'extrémité du timon était reliée à la face antérieure de la caisse par des traverses, probablement en bois recouvertes de riches étoffes de lin ou de coton. Sur les monuments plus récents, ces traverses sont remplacées par de simples tringles ou lattes. Cette disposition, qu'on rencontre aussi dans les chars grecs, était évidemment motivée par la loi qui régit le levier à bras inégaux : le bras le plus court, c'est-à-dire le lien entre le timon et la caisse était plus fort que le bras plus long, c'est-à-dire le timon. Le timon et Tattelle étaient, de cette façon, pour ainsi dire suspendus et ne pesaient plus sur les chevaux qui, par suite, pouvaient employer toute leur force à tirer.
Les chars assyriens sont en général attelés de deux chevaux auxquels souvent est ajouté un cheval de réserve, comme à l'époque homérique (fig. 36) (1). Mais parfois on rencontre aussi des attelages d'un cheval (2).
(1) Le seul monument de sculpture qui nous renseigne un peu sur Tattelage des chars de guerre assyriens est un bas- relief représentant le passage d*un fleuve par une armée assyrienne et rembarquement des chars de guerre (Layard, Mon, of Niniv., pL XVI). Malheureusement les chars placés sur les navires sont pour la plupart fort endommagés. Cependant on distingue nettement, dans un de ces chars, outre la pointe du timon, une attelle pour deux chevaux. Ce char n*était donc traîné que par deux chevaux, et, s'il y en avait un troisième, ce ne pouvait être qu*un cheval de réserve; car on ne remarque point de rênes sur les monuments assyriens. Un autre bas-relief (Perrot et Chipiez, Hist, de Vari, II, p. 100, fig. 23) nous montre, il est vrai, un char fait pour trois chevaux de trait; en effet, le timon, forme une fourche à deux branches dont les pointes sont engagées dans Taxe ; aux deux branches, à Tendroit où elles se réunissent, est adapté un joug extérieur. Évidemment le cheval du milieu tirait sous la fourche, les deux chevaux extérieurs chacun sous le joug. Mais un siège à dossier placé sur l'axe indique bien que ce véhicule n'était point un char de guerre, mais de parade.
(2) Place, Ninive, pi. L, LI n^- 34, LX n^ 1. — Perrot et Chipiez, Hist. de Vart, II, p. 491, fig. 221.
Des peintures de vases cypriotes offrent un spécimen très ancien du charde guerre phénicien {fig. 38) (I). La caisse correspond, au point de vue de la forme et des proportions, à l'ancien cbar assyrien (fig. 36). Faut-il voir dans les motifs d'ornementation demi-circulaires une couverte d'écaitles métalliques ou simplement une balustrade percée à jour? C'est ce qu'on ne saurait dire au juste, car l'exécution en est bien négligée.
De même, on se demande si nous sommes ici en présence d'un attelage de deux ou d'un seul cheval.
Le peintre, il est vrai, n'a représenté qu'un ' seul cheval ; mais on distingue nettemen dans les mains du conducteur des guides doubles : l'artiste
a donc peut-être VOU- ^'«- ^- - "'" ""^ euerre liUtLle.
lu représenter un
attelage à deux chevaux, et s'il a négligé de peindre le second cbeval, c'est parce qu'il eût été caché par celui du premier plan. Les coupes d'argent (2), souvent citées , nous offrent un type de chars plus récent (fig. 39) (3). Autant que l'exiguïté des figures
(1) Voy. p. ex. les vases cypriotes du British Muséum. Perrot et Chipiez, Niêl. de l'art, III, p. 715-720, n" 537, 528. Notre figure 38 est tirée de cet OQTrage. — (2) Voy. plus haut p. 27 , note 3, et p. 34-37.
(3) Mus. gregor., I, pi. LXIII, 2, 3, pi. LXIV, 2, 3. — Mon. dell'Iiul. t. XX.XI , 1 (c'est k cette publication que noue avons emprunté notre fig. 39). Voy. Perrot et Chipiez, loc.cil., lU, p. 759, n" 543.
permet de formuler un jugement, ce type parait, au point de vue de la construction de la caisse, analogue aux plus récents chars assyriens (ftg. 37); seulement ses roues sont plus basses. L'exécution des stèles funéraires de Mycènes (1) est trop grossière pour qu'on puisse, d'après elles, se faire une idée exacte des chars de guerre qui étaient employés dans le Pélo-
Fig. 36. — CliBT (le guerre aisjirien.
ponèse avant la migration dorienne. Les véhicules qui y sont représentés semblent être des chars à deux roues attelés d'un seul cheval et dont la caisse est si basse qu'elle couvre à peine le guerrier jusqu'au milieu des cuisses. Cependant il est à peu près certain que, si nous n'y voyons qu'un seul cheval, c'est que le sculpteur n'était pas capable d'en représenter deux. Une des stèles de ce genre les mieux conservées est reproduite à la fig. 40 (2). Il est difficile de dire ce que peut bien signifier l'objet cunéiforme placé immédiatement derrière la caisse de la voiture.
(1) Voy. p. 77, note3. — (2) D'après Scliliemann, Mykeaae,p.91, n" 141.
MaiB, comme sur les monuments égyptiens, assyriens et phénicieos, des arcs, des carquois et des haches de combat sont fréquemment attachés à la caisse du char, il est permis de supposer que le sculpteur de Mycènes a voulu représenter ici un
Fig. 37. — Cliar de guerre assyrien.
carquois, ou un large couteau, ou tout autre objet semblable; seulement ne sachant pas le sculpter sur le char même, il l'a placé par derrière. C'est là d'ailleurs un procédé dont on trouve (le nombreux exemples dans l'art archaïque grec. Nous avons à mentionner encore ici un cachet d'or provenant des tombeaux en puits et dont la gravure représente un archerqui, monté sur un char, poursuit un cerf (1). Cette voiture paraît être à deux
(1) Schliemann, Mykenae, p. 259, n<'334.
roues et attelée de deux clievaux; autant que Texiguïté de rimage nous permet d'en juger, la caisse qui couvre le chasseur jusqu'au bas- ventre, semble être plus haute par devant et par derrière que sur les côtés.
Sur les vases du Dipylon (1) il n'y a point de chars de guerre, mais seulement des chars de courses. Mais nous devons également en tenir compte dans notre étude. En efifet, tant que les chars de guerre étaient en usage chez les Grecs, ils servaient indistinctement à la lutte et aux jeux. Il suffit de rappeler à cette occasion que les rois achéens, aux funérailles de Patrocle, s'élancent dans la carrière sur les mêmes chars qui les avaient conduits au combat. Lorsque le char de guerre disparut, il conserva longtemps son type caractéristique dans le char de course. Sur les monuments grecs archaïques, les deux sortes de chars ont la même forme (2). Il est même permis d'admettre que les artistes, en représentant les chars de guerre, s'inspiraient des chars qu'ils avaient l'habitude de voir dans les hippodromes. Nous sommes donc en droit d'examiner ces derniers chars, à titre de comparaison, surtout s'ils remontent à une époque rapprochée des temps homériques.
Mais les vases du Dipylon offrent deux sortes de chars de course qu'il est bien difficile d'apprécier à cause de la grossièreté de l'exécution. Voici d'abord un attelage de deux chevaux (fig. 41) (3). La caisse est extrêmement basse et oblongue; sur le côté tourné vers le spectateur elle est ornée de lignes qui se croisent en losange; sur les faces antérieure et postérieure, on remarque une balustrade en forme de fer-à-cheval (avTuÇ). Les deux roues qu'on aperçoit sous la caisse semblent indiquer une voiture à quatre roues. Mais ici encore il est possible que le peintre, embarrassé défaire deux roues se couvrant plus ou moins, ait trouvé
(1) Voy. plus haut, p. 92-100.
(2) Il suffit de rappeler ici le vase de Cœrè où le char de guerre d'Amphiaraos a la môme forme que les chars qui ont couru aux funérailles de Pelias {Mon. delV Insi, X, pi. IV, V).
(3) D*aprôs les iMon. delV InsL, IX, pi. XXXIX 1.
plus simple de les placer Tune à côté de l'autre. En tout cas, c'est évidemment à son inhabileté qu'il faut attribuer la manière dont il a placé le conducteur : il est debout sur la bordure de la caisse ou sur une surface couvrant cette dernière au lieu de se tenir sur le plancher. L'autre voiture représentée sur un vase du Dipylon (fig. 42) (1 ) est évidemment un attelage d'un cheval à deux roues. Sur le devant de la plate-forme s'élève un tablier auquel le peintre a donné une singulière forme triangulaire, lorsqu'en réalité son bord devait être courbé. Il consiste en un cadre rempli de bandes croisées. Le timon, de même que sur le vase assyrien plus récent (flg. 37), est relié au moyen d'une latte ou d'une corde à la bordure de la caisse. Il convient de mentionner, en outre, ici deux fragments de vase trouvés à Tirynthe et dont les peintures se rattachent à la série céramique découverte dans les fouilles de Mycènes. Ces fragments méritent de fixer notre attention, parce que des attelages d'un cheval y sont très nettement indiqués. Mais ils ne nous renseignent nullement sur la construction du char, car les morceaux où les chars étaient représentés manquent (2).
Si maintenant nous examinons les monuments d'un style archaïque plus avancé (fig. 43) (3) , nous y remarquerons une tendance à alléger la caisse du char, comme chez les Égyptiens (4). La caisse ici a un tablier qui couvre jusqu'aux genoux ou jusqu'au bas-ventre les personnes placées sur la plate-forme. Partie de là, Vantyx se recourbe élégamment en arrière et forme ainsi une sorte de balustrade qui est reliée de chaque côté par une latte verticale plus (5) ou moins large (6) avec le tablier
(1) D'après les Ann, delV Imt, 1872, tav. d'agg. J. — (2) Schliemann, Tiryns, pi. XIV , p. 116-117 pi. XV, p. 101 (voy. notre chap. xii).
(3) Cette figure est une reproduction du char représenté sur le vase François d'après les Monum. deir Inst,y IV, pi. LIV, LV. Mais le dessin de M. Milani, comparé à Toriginal, a été rectifié dans certains détails.
(4) Voy. plus haut p. 166, fig. 33. — (5) Voy. le char d'Hector sur le vase corinthien des Monum, deW Inst., 1855, pi. XX.
(6) Voy. le char d'Amphiaraos sur un vase corinthien dans les 3/o/t. delVInsL, X, pi. IV, V.
OU avec la bordure du plancher. De même que dans le char de guerre assyrien plus récent (fig. 37) et dans le char de courses d'un des vases du Dipylon (fig. 42), le timon est généralement relié à la caisse au moyen d'une barre (1) ou d'une corde (2).
Enfin puisque les Étrusques, comme nous l'avons vu dans le chapitre III, ont longtemps conservé certains vieux types de l'industrie grecque, il faut mentionaer encore ici les chars représentés dans les peintures murales d'une tombe de Corneto (3) fig. 44 et 45 (4).
Nous y voyons des jeunes gens occupés des préparatifs d'une course qui doit avoir lieu en l'honneur du défunt reposant dans cette tombe.
Le peintre a reproduit ici Frg. an. - cuar phôninc n.
d'une manière très claire la
construction du tablier fixé à la plate-forme. On y reconnaît distinctement un cadre à bordure plusieurs fois recourbée et couvert d'un treillis de courroies ou de lisières.
Quelle est parmi les formes de chars que nous venons de
(1) C'est le cas des attelages du vase François (voy. p. 183, fig. 43) et des TBses attiqaes à figures noires (Gerhard, Auêerletene Vattnbiider, IV, pi. 250). Sur le vase du Dipylon reproduit dans l'Arch. Zeil., XLIII (1885, p. 129), autantqu'onpeutenjuger par une peinture incorrecte, l'extrémité du timon et la caisse semblent être reliées à la fois par une barre et par une corde.
(2) Il est hors de doute que l'artiste a voulu représenter une corde, p. ex. sur le vase corinthien dans le char d'Amphiaraos [Mon. delCInsi., X,pl. 4,5), ainsi que sur les vases attîques de style sévère à figures rouges, tels que le vase Troilos de Campana {Mon. deW Inst., X, pi. 22, 2) et dans le char de Dionysos sur la coupe, d'Euxitheos {Mon. deW Intl., X, pi. 23, 24, auxquels est empruntée notre fig. 48).
(3) Dans la tomba délie bigke : Kestner et Stackelberg, Graeber von Corneto, pi. 1 et Buiv. — Micali, Sloria, pi. LXVIII. — Museo Gregor., I, 101. — Canina, Elntria maritima, II, pi, LXXXV. — Miltorf, V Architecture polychrome, pl. XIX, 2.— (4) Kestner et Stackelbei^, loc. cit. pi. XVi,XVlI.
I/ÉPOPEE HOMERIQUE.
passer en revue, celle qui donne Tidée la plus exacte du char de guerre homérique? Tout d'abord les épithètes xafiTru^oç et àyxu>.o? (1) adjointes à ce char excluent la caisse rectangulaire, que nous avons vue, par exemple, sur un vase du Dipylon (fig. 32). Ces épithètes s'appliquent au contraire fort bien à toutes les autres sortes de chars, et surtout à ceux des Égyptiens (fig. 31 et 32) et des Hittites (flg. 34 et 35), ainsi qu'aux attelages à un cheval d'un vase du Dipylon (fig. 42), aux chars de guerre
Fig. 40. — Char de guerre mycénien.
et de course de l'art grec archaïque (fig. 43) et aux chars de course du tombeau de Corneto (fig. 44 et 45) ; dans tous ces chars, en effet, non seulement la balustrade se replie, mais encore ses bords offrent une ligne courbe. L'épithète bien tressé (2) employée dans rÉpopée se trouve d'ailleurs expliquée par la manière dont cette balustrade du char est traitée dans les vases du Dipylon (fig. 41 et 42) et dans le tombeau étrusque (fig. 44, 45) ; car les lignes ou bandes croisées qu'on remarque sur le tablier indiquent bien quelque chose de tressé. Ces sortes d'entrelacs étaient souvent faits de courroies ; cela ressort du reste de la description de la caisse du char d'Hèra,
(1) Voy. p. 163, note 8.
(2) Voy. plus haut p. 163, note 3.
dont il est dit qu'il était tendu de courroies d'or et d'argent (1). Et ce n'étaient point des bandes de cuir recouvertes de métal; il faut prendre à la lettre l'expression du poète; elle est. en cITct, confirmée par un lit trouvé dans un tombeau de Cacrè dont le
Fig. 41. — Ctiar de course rcpri^Bcnlû sur un vase du Dlpylou.
dessus consistait en une série de lattes de bronze croisées (2). Toutefois, indépendamment de celte sorte de caisse de char,
i;a;ii,;;iSXx xûxXa,
Tiï iÎTOt ZpiwÉn Ttut SçfltTij, nùtàp Gsipiiv yiO-ti' ficiaiwcpa «pcaxpr.piTa, loûfix tS^oOii.
iiTÉiatiu, 8cia'i ôt nipISpoiui ânu-^f; ifaiv. Toù S'ÎÇ «p^EOî ^ujid; t:{X«.
;2)Grifi, J/oHwm.<;(fCere, pI.IV, 6, ~ Mvs. Gregor., 1, pi. XVI, 8. Comp. plus haut, p. 158, note 5.
il devait y en avoir une autre. Lorsque le poète nous dit que le char de Diomède (1) était consolidé avec de Tor et du kassiteros (2), cette indication s'applique évidemment à la partie principale du véhicule, c'est-à-dire à la caisse. Mais il est clair qu'une garniture métallique ne pouvait guère consolider une simple maille de courroies ou de lanières. D'un autre côté, on ne peut supposer que le tablier de la caisse n'ait été tout entier qu'un simple assemblage de bandes métalliques, puisque les paroles du poète laissent entrevoir un fond que le métal doit consolider. Il ne reste qu'une hypothèse plausible , correspondant bien à la description du poète , celle d'une surface en bois garnie de métal. Cette manière de consolider la caisse de la voiture était en usage dans l'Asie antérieure au moins jusqu'au seizième siècle av. J.-C. (3); il n'est donc pas étonnant qu'elle ait été employée chez les Grecs de l'époque homérique. Enfin la légèreté des chars qui ressort des descriptions de l'Épopée n'est point un argument contre les incrustations métalliques. Le char assyrien lui-même était relativement assez léger, malgré ses garnitures de métal; car, sur un bas-relief représentant le passage d'un fleuve par une armée assyrienne et l'embarquement de chars de guerre, nous voyons que chaque voiture n'est portée que par deux hommes (fig. 46).
Outre le tablier, d'autres parties du char homérique étaient peut-être garnies de métal ou bien étaient faites de métal massif. L'Épopée nous apprend (4) que, dans le char d'Hèra, le timon était en argent, l'essieu en fer, les rais en bronze, les jantes en or, le moyeu en argent, et que les roues étaient toutes garnies de bronze. On considère généralement cette description comme un jeu de l'imagination du poète. Cependant quelques-
(1) Comp. le chap. xxr. — (2) //., XXIII, 503 (Voy. plus haut, p. 163, note 4).
(3) Voy. plus haut, p. 160.
(4) //., V, 722-729 (Voy. plus haut, p. 179, note 1). — Le char de Poséidon a un essieu d'airain (x^Xxeoç îÇwv) //., XIII, 30.
uns de ces détails tout au moins se retrouvent dans les documents archéologiques. En Egypte, les essieux et les roues étaient souvent en métal massif, ou bien les jantes de bois étaient munies de garnitures de bronze ou de fer; de même le timon avait parfois une garniture métallique (1). Les
deux roues d'une voiture dont les débris ont été trouvés dans un tombeau de Capoue du sixième siècle av. J.-C, sont en fer massif (2). Une autre voiture à quatre roues, découverte près de Pérouse, a des essieux en fer terminés aux deux extrémités par des têtes de lion en bronze. Le tablier vn bois des deux
(l)TextordeRavisi, Élude» (Voy. p. 165, note 5), p. 452-454. —(2) Bull, deir Iiut., 1874, p. 245,n'' 8. Comp. Annal., 1880, p. 223, note 1. Ce char, comme la plupart des ouvrages en métal trouvéa dans ce tombeau {Annal., 1880, p. 225 et sutv.), a dû être apporté à Capoue de la ville grecque de Cumes, sa voisine.
véhicules était garni de plaques de bronze dont les ornemenls faits au repoussé dénotent un style très archaïque (1).
Nous avons maintenant à rechercher, à Taide des monuments, comment il faut expliquer Vantyx double du char d'Hèra (2) et le pluriel de ce mot, qui revient souvent dans la description d'un seul et même char (3). En ce qui concerne le char d'Hèra, Grashof (4) suppose que la seconde antyx est parallèle à Tantyx supérieure et qu'elle était placée à peu près au milieu du tablier, afin de donner à celui-ci plus de solidité. Mais on ne trouve point cette disposition sur les monuments. Il est donc, selon nous, hors de doute que partout où plusieurs xi^Tuyeç sont attribuées à un char, il faut entendre par là les rampes ou mains-courantes qui descendent par derrière jusque sur la plate-forme (flg. 33, 43). Du reste, cette hypothèse seule rend compréhensibles les paroles du poète disant que la double antyx court tout autour de la caisse du char (5).
Enfin, à propos de quelques passages de Tlliade, nous nous sommes demandé, si, à Tépoque homérique, il y avait des chars à un cheval à coté des chars à deux chevaux (6). L'examen des documents semble le démontrer : peut-être y a-t-il un attelage d'un cheval sur les stèles funéraires de Mycènes (fig. 40) et sur un vase cypriote (fig. 38) ; il y en a un certainement sur un vase du Dipylon (fig. 12), sur deux fragments de vase trouvés à Tirynthe (7) et sur des bas-reliefs assyriens (8).
(1) Vermiglioli, Saggio di bronzi etruschi tj'ôv. ndV agro perugino, Perugia, 1813. — Micali, Storia, pi. XXVIII-XXXI. — Inghirami, Mon, elr. »cr., III, pLXXn-XXXVIlI. — Millingen,.4n<?.mcrf.J»/on.,lI, pi. XIV. — Z)cnto. dcr ait. Kimst., I, pi. LIX, 297, 298. Pour quelques-uns de ces fragments on ne saurait dire avec certitude s'ils ont appartenu à des chars ou à d'autres objets. Le candélabreet le bassin de bronze (Vermiglioli loc, ct7., pi. II, 9, 16) n*ont, bien entendu, rien de commun avec un char. Les essieux sont reproduits dans Vermiglioli, pi. 11, 19, p. 105, et Inghirami,pl. XXII, XXVII, 3.
(2) /;., V, 728 (Voy. plus haut, p. 179, note 1).
(3) //., XI, 535. XX, 500. XXI, 38. De môme dans Hésiode, ScuL, 64.
(4) Ober dus Ftihrwerk bei Ilomer und Ifesiod, p. 28.
(5) //., V, 728 : ôotai 8è n£pfôpo|ioi asvjyU s^^iv. —(6) Voy. plus haut, p. 163. (7) Voy. plus haut, p. 176, note 2. — (8) Voy. plus haut, p. 170, note 2.
Les mots appia (1) apjAara (2) et (îîçpoç (3) servaient à désigner non seulement les chars de guerre, mais aussi une voiture légère qui était employée dans les excursions pacifiques et dans les voyages. L'Épopée ne nous renseigne pas exactement sur sa construction. Elle nous apprend seulement que la voiture dans
Fig. 43. — Char représenté sur le vase François.
laquelle Télémaque et Peisistratos étaient partis de Pylos pour Sparte, était pourvue d'une Treipivç, c'est-à-dire probablement d'un panier tressé (4). Ce panier devait être très vaste, puisqu'il pouvait contenir les présents de Ménélas, à savoir : un peplos,
(1) //., XXIV, 440. — (2) Od,, ni, 473, 492. IV, 42. XV, 47, 145, 190. XVII, 117.
(3) //., III, 262, 310, 312. XXIV, 322, 701. Od., III. 481, 483.
(4) Od., XV, 131. Comp. les vers 51 et 75. On remarque un panier semblable sur une voiture de transport des Tekkri dans les bas-reliefs de Mcdinet'Abou ; ce char à deux roues est traîné par quatre taureaux. Voy. Rosellini, Mon, deW EgiUo, I (mon, reali), pi. CXXVII. — Chabas, Études sur l'antiquité historique, 2* éd. p. 314, pl. II.
une coupe à boire et un bassin à mélange en argent. Il devait renfermer, en outre, une planche formant siège; car il est très probable que les deux jeunes gens ne se tenaient pas constamment debout pendant leur voyage qui a duré deux jours (1).
Les données de TÉpopée sur les fardiers ou voitures de charge (àj^aÇa àTnjvn) (2) sont trop générales pour qu'on puisse
les rapprocher des représentations figurées sur les monuments. Ces véhicules avaient quatre roues (3) et étaient traînés par des mulets ou des taureaux (4). Priam fait attacher à son ajjta^a une ^reipiv; (5) où étaient sans doute déposés les présents destinés à Achille. Le dessus de ces voitures s'appelait ûwepTEpiYî (6). Dans ràir/.vvi de Nausîcaa il était assez vaste pour contenir le linge de toute la maison.
Si Ton examine Tattelage dans ses
détails, on remarquera que, d'après
l'Épopée, le char de cette époque
n'avait point de traits : c'est là une
Fig. 44. — Char étrusque.