‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 35 sur 114 · XXIV · texte numérisé non relu

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(4) Comp. p. 183, fig. 43. 11 est inutile de citer des exemples particuliers, car ce motif est très visible dans presque tous les chars de Tart archaïque.

(5) Comp. le fragment reproduit en vignette dans VArch, ZexL, XLIII (1885), p. 139.

courbé près de Textrémité supérieure et se termine par une pointe cunéiforme que Ton aperçoit entre les chevaux du railieu dans les peintures de vases plus récentes (1).

Sur les monuments archaïques, ce bout de timon est souvent relié par une corde à la partie supérieure de la caisse (fig. 48) (2). Leaf, bien qu'il ait mal compris Vomp/talos, a certainement deviné juste en rattachant cette corde au ^^y^^s^^P^- Mais, avant d'être fixé sur ce point, il faut se rendre compte de Tu sage que le poète fait faire de cette courroie. Grashof (3), qui en parle avec le plus de détails, l'explique de la manière suivante : après avoir appliqué la lanière du joug par son milieu au bout du timon en avant de l'anneau du joug (>tptxoç), on remontait les deux bouts libres de la lanière vers le bouton du joug {ii: o'xçaXov) en les croisant à droite et à gauche (éjc^^-TcoOev), on les enroulait autour de ce bouton et on les redescendait en arrière de l'anneau; cet enroulement était répété trois fois (th;), et enfin les bouts restés libres de la courroie étaient solidement fixés (é^etviç xaTé^Yi^av) à côté du crochet d'attelage ou sur ce crochet même.

Rien à objecter contre la façon dont Grashof comprend le triple enroulement de la courroie, mais nous ne voyons pas pourquoi il suppose que les bouts demeurés libres à la fin étaient fixés tout près de l'endroit où la courroie avait été enroulée. •

Le ^uyôStaiLo-v avait, suivant l'indication du poète, la longueur respectable de neuf aunes ; mais lors même qu'on admettrait que le timon et le joug du char homérique étaient très gros, il eût été impossible d'employer environ neuf aunes de cette

(1) Le vase de Patrocle trouvé à Canossa prouve que rextrémité supérieure du timon a longtemps conservé cette forme (Monum. deW Insi.,

IX, pL 32-33).

P) Voy. page 177, note 2. Notre figure 48 est une réduction du char de Dionysos représenté sur la coupe d'Euxitheos, d'après les Mon, delV Inst.,

X, pi. 23, 24.

(3) Ueber das Fuhrwerk bex llomer und Uesiod, p. 38.

I/EPÙPEE HOMERIQUE.

courroie pour Tenrouler autour des deux pièces. Or tout porte à croire que le timon et le joug étaient faits de tiges de bois relativement mince. L'Épopée (1) nous apprend, en effet, que l'un et l'autre se brisent souvent. D'autre part, sur les monu-

Fig. 49. — Char de guerre d'Hector, d'après un vase corinlhien.

ments grecs archaïques, le timon est toujours une tige de bois extrêmement mince. Si ces monuments ne nous renseignent pas assez sur la solidité du joug, il importe de faire remarquer que, dans les anciens monuments orientaux où le

(1) Voy. plus haut, p. 185, note 2-3.

joug est facile à reconnaître, il se présente toujours sous forme d'une tige de bois très mince courbée en arc (1) et semble également très léger dans le char de course d'une peinture qui décore un tombeau de C!orneto (voy. p. 177, 178, fig. 44, 45). Supposons que, pour enrouler trois fois autour d'un timon et d'un joug si léger, une courroie de neuf aunes, il ait fallu en employer 2 aunes et demie : c'est bien compté. Par conséquent il resterait encore dans l'attelage de Priam au moins trois aunes et demie de courroie libre, qui n'étaient certainement pas attachées au

Fig. 50. — Timon avec la cheville d'attelage.

bout du timon, mais beaucoup plus loin. Nous supposons donc, avec Leaf, que ces bouts étaient ramenés vers la caisse du char et fixés au tablier. Il en résultait un équilibre que nous avons déjà expliqué à propos des chars assyriens (2). L'adverbe â^etvi; semble, comme d'ailleurs Leaf l'a fait observer (3), corrompu. 11 a dû remplacer un substantif ancien tombé plus tard en désuétude et qui désignait une partie du tablier ou bien une poignée qui y était fixée.

Suivant le poète, on consolidait définitivement les bouts de la courroie restés libres en les attachant autour d'une pointe ou d'un crochet. Toutefois l'expression employée ici (feo y\<i>- '

(l) Comp. les jougs égyptiens dans Wilkinson-Birch, The manners and customs oflheancient Egyptxans, 1, p. 227, n*» 60, p. 229, n« 61, p. 230, Di^ 68, — le joug du char d'un Rutennu ou Lutennu (nom collectif des peuplades établies en Syrie et en Mésopotamie) dans le même ouvrage, p. 230, n« 63, et les jougs assyriens dans Layard, The Mon. of Nineveh, pi. 16. (2) Voy. plus haut 169-170. — (3) Journal of hell. studies, V, p. 169-170

ÉPOPÉE HOMÉRIQDE. 13

yîva ^ïxa(jLiJ;av) est trop générale pour qu'on puisse en déduire une conclusion certaine. Aucun document archéologique ne nous permet non plus de rien affirmer à cet égard. Cependant, pour ne rien omettre, nous signalerons un vase corinthien où le char de guerre d'Hector présente sur le bord supérieur du tablier une sorte de crochet à charnière qui pouvait bien servir à Tusage dont il vient d'être parlé (fig. 49) (1).

Afin de rendre bien claire notre opinion, terminons par quelques dessins.

La fig. 50 représente le timon avec la cheville d'attelage, qui y est enfoncée. La forme que nous lui avons donnée est le plus communément usitée, depuis les vases du Dipylon jusqu'à ceux de la Grande-Grèce (2).

Fig 51 : le joug. Nous ne pouvons en garantir la forme; car on ne la voit clairement indiquée sur aucun monument de l'art grec archaïque. La bosse du milieu estVomphalos. L'anneau du joug était-il placé à l'endroit où nous l'indiquons, c'est ce qu'on ne saurait affirmer. On pourrait le placer tout aussi bien un peu plus bas au milieu de la branche verticale.

La fig. 52 donne une idée de la manière dont nous comprenons le joug attaché au timon, la cheville d'attelage (6<rra)p) étant engagée dans l'anneau (xpaoç).

Enfin la fig. 53 montre comment la cheville d'attelage {e) étant engagée dans l'anneau (rf), le ^uyd^eçp.ov {fff) est enroulé trois fois autour du joug et comment les bouts restés libres sont fixés à la caisse du char.

L'usage d'attacher ces bouts de la lanière à la caisse de la voiture était-il général à l'époque d'Homère? C'est un point douteux. En tout cas ils ne sont pas attachés dans les chars de guerre qui s'arrêtent pendant que les chevaux, unis encore par le joug, s'emportent (3). On voit aussi très souvent sur les monu-

(1) D'après les Mon. Ann. et BulleL deW Inst., 1855, pi. 20.

(2) Voy. p. 191, note 1. Un vase du Dipylon prouve que cette forme de timon était usitée également dans les chars à quatre roues {Monum. delC InsL, VlIIl, pi. 39). — (3) Voy. p. 185, note 2.

méats archaïques des chars de guerre et de course où il n'y a point de liaison entre la pointe du timon et la caisse (1). On peut en dire autant du char à quatre roues d'après les renseignements que nous possédons sur le nœud gordien. Ce nœud était, on le sait, fait avec une courroie enroulée autour du joug et du timon du char (aa-aÇa) de Gordios. On raconte que le commencement et la fin de la courroie étaient invisibles (2), et Aristobule (3) rapporte qu'Alexandre le Grand, après avoir ùté la cheville d'atte- vig. si. - Le joug,

lage, avait simplement enlevé le joug avec la courroie qui était dessus. Donc la courroie ne pouvait être attachée à la caisse de la voiture. S'il en avait été ainsi, les bouts de la courroie attachés à la caisse auraient été visibles, et, pour séparer le joug du timon, Alexandre eût été obligé non seulement d'enlever la cheville d'attelage, mais encore de détacher les bouts de la courroie du tablier de la caisse.

L'Épopée (4) nous apprend que le timon cassait souvent tout près de la pointe. Il est évident que la fracture à cet endroit était très possible avec le mécanisme que nous venons d'indiquer, car la force du timon à son extrémité était naturellement

Fig. Si. — Le joug et le timon réunis.

(1) Comp., par exemple, le vase du Dipylon dans les Mon. delV Inst., VlIIf, pi. 39 (p. 174, fig. 41), les vases corinthiens dans les Mon, delV Inst., X, pi. 3, 4 (les attelages à quatre chevaux courant aux funérailles de Pelias) eXMonum. Annal. Bull. deW InsL, 1885, pi. 20 (notre fig. 49).

(2) Arrian. Anah., II, 3, 7 : rv 81 6 5£(j;xbç 1% çXoio3 xpaviaç xai toutou outs TéXoç o5ts dp^Tj éçaCveTo.

(3) Arrian. Anab. II, 3, 7.

{4)11., VI, 3841; XVI, 370-371 (voy.p. 185, note 2).

diminuée par la tension de la cheville d'attelage et aussi par la pression du joug.

Les chevaux étaient harnachés de larges sangles de cuir (léizxS^oi) (l) qu'on leur passait à l'encolure. Ces traits étaient souvent déjà posés sur le joug au moment où l'on plaçait les chevaux dessous (2), mais parfois aussi on ne les posait que lorsque les chevaux étaient déjà placés sous le joug (3). Il est dit dans

Fig. S3. — Ensemble de Tattelage.

l'Épopée que le joug faisant partie de l'attelage de Priam est bien pow^vu de a^ochets ou de boucles (4) (or/;x£;). C'étaient peutêtre des crochets et des boucles en métal qui servaient à consolider les traits (5). Grashof (6) croit au contraire qu'ils avaient pour but d'empêcher le glissement sur les côtés des rênes qui

(1) //. V, 730 (voy. p. 180, note 2). XIX, 392 :

î;n:ouç 8\\uro{JLé8ojv ts xai "AXxifxoç iji-çiinoviE;

"Y^H^?^'^?? sSaXcv.

(2) //. V, 730, 731. — (3) //. XIX, 393. — (4) //. XXIV, 269 (voy. p. 180).

(5) On peut admettre que le joug était muni de crochets que Ton engageait dans des anneaux fixés aux courroies du poitrail, ou réciproquement. L'expression dont se sert le poète pour indiquer rattachement de ces courroies du joug (Iv SèXénacÔva xàX ISaXe, /puoci' (//. V, 720) s'applique à l'un et à l'autre cas. — (G) op, l , p. 37.

LES GHARS. 197

flottaient sur le joug; on pourrait, d'après lui, les comparer aux anneaux fixés, avec la môme destination, non pas sur le joug, mais sur la housse recouvrant Tencolure des chevaux dans les monuments égyptiens (fig. 32) (1) et assyriens (fig. 36). Ce savant suppose , en outre, que les traits étaient reliés à une sangle qui serrait le cheval sous le ventre à la hauteur de Tomoplate, au moyen d'une courroie qui passait entre les deux jambes de devant (2). En cela il a parfaitement raison, bien que l'Épopée ne mentionne ni cette courroie ni la sangle du ventre (sous-ventrière) ; car, sans ce lien, les traits auraient glissé et étranglé l'encolure du cheval. Certains bas-reliefs assyriens, qui représentent très nettement le harnachement des chevaux, ne nous montrent, il est vrai, qu'une seule sangle de poitrail (voy. fig. 37). Mais comme la polychromie jouait un rôle considérable dans la sculpture assyrienne (3), on se demande si certains détails n'avaient pas été notés avec la couleur, et si, par suite, ils ne sont pas devenus méconnaissables avec le temps.

De même qu'en Egypte et en Assyrie (flg. 31, 36, 37), le joug était placé dans un endroit relativement élevé, de manière à pouvoir maintenir la crinière des chevaux ; car l'Épopée dit que, lorsqu'un cheval penche la tête, la crinière s'échappe du harnachement et retombe de chaque côté du joug (4) ; ces deux côtés sont naturellement les côtés antérieurs du joug.

(I) En outre, par exemple sur Tattelage de Ramsès dans Rosellini, Mon. deW Egitlo, I {Mon, reali) , pi. LXXXIV. - (2) P. 39.

(3) Perrot et Chipiez, Histoire de V Arl , II, 653-661.

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