‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 38 sur 114 · II. LE COSTUME · texte numérisé non relu

II. LE COSTUME

Afin de bien faire comprendre le costume homérique, il est nécessaire de noter avant tout certains faits qui se rattachent à l'histoire du costume grec en général et que Studniczka (1) a récemment fort bien exposés, sans se référer tout d'abord aux passages les plus typiques de l'Épopée.

Le costume des Grecs, comme celui de la plupart des peuples indo-européens, semble avoir consisté à l'origine en une pièce d'étoffe de laine jetée sur le corps et attachée près des épaules (2), et d'une sorte de tablier en guise de pantalon. Mais de très bonne heure, même avant la naissance de l'Épopée, ce tablier fut remplacé par le chiton, vêtement cousu que l'on passait et qu'on n'avait pas besoin de consolider d'une manière ou d'une autre. Ce vêtement fut emprunté par les Grecs aux peuples sémitiques. XiTciv, en ionien moderne >ti9(ov, provient d'un substantif sémitique qui signifie vêtement de corps et s'appelait probablement kutionet en hébreu (peut-être le féminin de kutlôn qui n'existe pas), kuttln en syriaque et kittùn ou kittùnltlul dans les autres dialectes araméens (3). Ce substantif est évidemment de la même famille que le mot désignant la toile et que Ton rencontre dans la langue araméenne sous la forme de kettûn ou kittcuiy de kattân ou kittûn en arabe (4). Nous pouvons en conclure que ce vêtement était dénommé d'après l'étoffe, et par conséquent, était fait en toile. Les Grecs connaissaient ce vêtement oriental et son nom déjà avant Homère; la preuve, c'est que le mot yiTwv est d'un usage courant dans

(1) Beiiraege zur Geschichle der altgrtechischen Tracht {Abhandlungen des archœlogiscfien epigr. Seminars der Univenitàt Wien, VI, 1), p. 1-30.

(2) Studniczka, p. 76-77,82-83.

(3) Movers, Die Phônizier, III, 1. p. 97. — Hahn, Kullurpflanzen und I/austhiere, 3« éd. p. 146, 4« éd. p. 137. — Nôldeke dans l'ouvrage de Studniczka, p. 15-16.

(4) Ndideke, op, /., p. 15.

rÉpopée. Mais comme les poètes ne l'emploient que pour le costume masculin, il est probable que les hommes seuls portaient à ce moment le vêtement oriental cousu, tandis que les femmes en étaient restées encore à l'ancien habillement jeté sur le corps et agrafé sur les épaules. Studniczka a élucidé ce point en expliquant fort bien un passage longtemps discuté d'Hérodote (1). Voici, résumé très brièvement le récit d'Hérodote : un seul homme revint à Athènes d'une malheureuse expédition que les Athéniens avaient entreprise contre Egine, et fut massacré parles veuves des soldats morts, à coups d'agrafes de leurs bimatia. Les Athéniens ordonnèrent en conséquence qu'à l'avenir leurs femmes ne porteraient point le vêtement dorien, mais bien le chitoii ionien de lin qui n'avait pas besoin d'épingles aussi dangereuses. Cet écrivain ajoute que le vêtement appelé dorien de son temps était jadis commun à toutes les femnaes d'origine grecque et que le vêtement dit ionien provenait de la Carie. L'expédition des Athéniens contre Egine eut lieu très probablement dans la première moitié du sixième siècle. On peut donc admettre qu'à cette époque les femmes de l'Attique quittèrent l'ancien costume dorien pour s'habiller à la mode ionienne. De plus, les noms des deux costumes autorisent une double déduction. Si le plus récent s'appelle ionien, cela prouve qu'il fut importé d'Ionie en Grèce et que, par suite, les femmes ioniennes l'avaient porté avant les femmes de l'Attique. D'autre part, l'ancien costume, que les écrivains du cinquième siècle désignent comme étant dorien, a dû être conservé par les femmes doriennes, après avoir été abandonné par les Ioniennes et les Athéniennes ; Hérodote nous apprend d'ailleurs (2) que, de son temps, les femmes de Corinthe, d'Argos et d'Egine portaient un vêtement dorien. Enfin il est à remarquer qu'Hérodote oppose le chiton de lin ionien au costume dorien. On est en droit d'en conclure que ce dernier était fait d'une autre étoffe, de laine, par exemple.

Page 1