LE COSTUME
A coté des données qui résultent du récit d'Hérodote sur rhistoire du costume des femmes grecques, il faut placer les renseignements fournis par Thucydide (1) sur révolution du costume masculin. Il dit que les Athéniens furent les premiers parmi les Grecs qui aient renoncé à une manière de vivre barbare pour des mœurs plus douces sinon plus efféminées. Il n'y a pas longtemps, dit-il, que les hommes âgés des classes aisées d'Athènes ont cessé de porter le chiton de lin et d'accommoder artistement leur chevelure. Les hommes d'âge en lonie auraient, à cause de leur communauté de race avec les Athéniens, suivi longtemps la .même mode. Le costume simple et imposant, qui était en usage au temps de Thucydide, aurait été d'abord adopté par les Lacédémoniens qui, par suite supprimèrent les premiers la différence de costume entre riches et pauvres. Thucydide fait venir la mode ionienne de l'Attique, quand c'est le contraire qui eut lieu; mais c'est là une erreur bien compréhensible si l'on réfléchit à l'idée que se faisaient les Athéniens de leurs relations avec les colonies ioniennes. A part cela, il n'y a rien à objecter contre le système de Thucydide. Il distingue trois périodes de civilisation. La plus ancienne, la période barbare, caractérisée par l'usage général de porter les armes, s'était prolongée jusqu'à l'époque où vivait cet historien, chez certaines peuplades arriérées de THellade, telles que les Epirotes, les Acarnaniens, les Etoliens et les Locriens. La seconde période, celle des mœurs plus douces, commence avec l'organisation municipale des villes. Pendant cette période, les hommes portaient principalement le chiton de lin qui, nous l'avons vu plus haut, fut introduit en Grèce avant la naissance de l'Épopée, c'est-à-dire au moins trois siècles avant que le chiton analogue des femmes ne fût adopté en Attique, et fut porté en lonie et en Attique par les hommes d'âge des classes aisées jusque vers le milieu du cinquième siècle. Ce fait que le vêtement sévère de la troisième période apparut d'abord à Lacédémone permet de
(1) I,6,2(voy. p. 51, note 3).
supposer que le chiton de lin fut adopté aussi par certaines peuplades doriennes ; c'est une hypothèse qui se trouve confirmée par les iponuments, comme nous le verrons dans le chapitre XII. A quel moment précis commence la troisième période g|à Lacédémone? C'est ce qu'on ne saurait dire avec certitude. A Athènes, le changement eut lieu aussitôt après les guerres persiques. Les hommes abandonnèrent alors la toile pour la laine et le mot xitwv continua à désigner le vêtement fait avec cette dernière étoffe. La modification fut moins radicale dans le costume des femmes attiques qui, depuis le milieu du cinquième siècle, portaient simultanément le chiton dorien et le chiton ionien.
Voyons maintenant comment les données de l'Épopée sur le costume peuvent se concilier avec ces faits parfaitement établis. Nous emploierons, dans les chapitres qui vont suivre, les expressions costume dorien et costume ionien ; cela pourra paraître assez singulier dans une étude sur l'époque homérique, c'est-à-dire de beaucoup antérieure ; nous le ferons néanmoins, d'abord pour être plus bref et ensuite parce que ces désignations sont faciles à comprendre. Que le lecteur veuille bien se rappeler seulement ceci : le chiton ou Vhimation dorien était une pièce d'étoffe rectangulaire jetée sur le corps et agrafée non loin des deux épaules (1); le chiton ionien au contraire était un vêtement cousu, fait à l'instar d'une chemise et que l'on passait. La différence ne consistait pas seulement dans la forme, mais aussi dans l'étoffe ; le chiton dorien était fait de laine de mouton, l'ionien était généralement en toile.
Nous nous arrêterons, par conséquent, tout d'abord aux passages de l'Épopée où il est question des étoffes qui servaient à faire les vêtements.
(1) Nous verrons pourtant dans la suite que la couture était employée quelquefois pour fermer les ouvertures latérales.