CHAPITRE XIV
Lorsqu'Andromaque apprend la mort d'Hector, dans son désespoir, elle jette au loin sa coiffure (1):
rr^t S'aTwO xparoç pxXe 5e<j(xaTa (jiyaXoEVTa, xp-/;^£[j!.vov 6', ô pa oi ^œîce yyjdért 'Açpo^CTTj.
Comme les poètes ne font aucune différence entre les mœurs achéennes et troyennes, il est certain tout d'abord que les Ioniennes portaient la même coiffure. Il ne peut y avoir non plus aucun doute sur trois des objets de toilette mentionnés par îe poète. L'am/?i/j? est un diadème de m étal (2), semblable à celui qui, dans un autre endroit de Tlliade, est appelé Stéphane {2) ^
(1) //. XXII 468-470. — (2) Hymn. hom. VI, 5 : t^v 3è xpuw>7wx6ç "Qpai
BéÇavT* àa7cao{a>{, 7CEp\ d'df{i.6pox« sT^xaTa E^aov
xpatl VhC dlOavita) vieoàvT^v cCStuxtov lOr.xav
xaXTjv, ypuaE{ïjv.
D'après ce passage, Vatnpyx serait en or. Comp. le môme Hymne V, 12 et Hésiode, Théog. 916 : Mouaai ypuaifjLTiuxEç. Nous avons expliqué plus haut (p. 198) cet adjectif en tant qu'épithète des chevaux.
(3) XVIII, 597. 'EûoTiçavoç est Fépithète d'Artémis (//. XXI, 511), de Mycèné (Od. IL 120), d'Aphrodite (Od. VIII, 267, 288. XVIII, 193. Hymn. H', 6, 175, 287) et deDémèter (Hymn. V. 224, 307, 384, 470).Ck)mp. Hessling, De tLsu coronarum apiui Grœcos (Lugd. Bat. 1886) p. 17. L'hymne VI, 5 (voy. la note précédente), attribue aux Heures des ampykes d'or et une Stéphane d'or à Aphrodite. II est donc tout naturel de supposer que cette dernière passait pour être une parure plus brillante et plus distinguée. Vampyx est probablement ce diadème étroit que l'on rencontre déjà, par exemple, sur les anciens vases de Mélos (Conze, Melische Thongefàsse, pi. 4); la sté-
LA COIFFURE D'ANDROHAQL'E. 277
le kekryphalos (l)un bonnet, le kredemnon (nous l'avons vu dans le chapitre précédent) cette sorte de mantfilet qui, jeté sur la tète, laissait à découvert le visage (2). Il est beaucoup
plus difficile de déterminer le sens exact de i:).t)tTÀ àvxSïcjir,.
phanë, au contraire, ce haut diadème dont sont omées les anciennes idoles (Panofka, TeracoUen de» Mvsevmt za Berlin, pi. l,n'"2,3;Gerhard, Ge«. ai. Abhandlungen, pi. 22, n"' 1, 5. Comp. les têtes de Megara Hyblaiadans le Itull. délia Comm. di anliehUà in Sicilia 1872, pi. 1, n°" 1, 3, pi. III n"9, 10) et surtout les tôtefi de femmes qui forment le milieu des briques de frontons archaïques.
(I) Sur les ëtymologies indo-européennes de ce mot voyez: Ebeling, Lexiron fumier, i. Y. «xpû^aXoç. L'hypothèse la plus satisfaisante semble être celle d'après laquelle il serait formé du radical xpua redoublé avec adjonction du SufBxe nXa:, de même que dans rÇiXo;, tpÉ|a).o{, ^jtiXo:, MiIvsXot, IIjBaJio;. Comp. Studniczka. Beitrdge, p. 129, — M. Siegmund Frœnkel a eu l'obligeance de nous adresser à ce sujet la communication suivante : < xExpù^alo: pourrait bien être aussi d'origine sémitique. Dans la langue araméenne karkaf signiSe crâne, karkaââ existe dans le langage judaïco-araméen ; ce dérivé parait avoir le sens de peau, couverture du crâne, et par extension eottvre-chef ou coiffure. De là à xEif utpaXot il n'ya pas loin, surtout si nous admettons une dérivation populaire de nfir^zin. i — (2) Voy. p. 373.
Ces deux mots, si Ton en juge par leur étyrnologie, indiquent nécessairement un objet tressé, qui est lié lui-même ou qui lie quelque chose en hauteur (1); on en conclut en général que c'était un ruban ou un réseau de rubans servant à attacher les cheveux (2). Mais il suffit de lire attentivement les vers deTlliade pour se convaincre que cette hypothèse est insoutenable. Andromaque, en effet, portait un bonnet (kekryphalos) ; ce bonnet couvrait naturellement en grande partie la chevelure; le ou les rubans qui attachaient les cheveux sous ce bonnet n'étaient donc point ou étaient peu visibles. Or la içkv/.T'h àva^ecjjLYî qui faisait partie des ^6a[AaTa <iiyaXo6VTa devait être un objet de toilette parfaitement visible.
L'hypothèse de Bôttiger n'est pas plus satisfaisante (3) : il s'appuie sur la coiffure d'une figurine de bronze du cabinet des antiques de Dresde (4). Le bonnet de cette figurine est ou vert sur le derrière de la tête et les boucles qui s'en échappent sont serrées au bout par un ruban de manière à former une petite touffe de cheveux. C'est ce ruban qui serait, selon Bôttiger, la TrXexTTi àvaSeGjjLT). Mais nous ferons remarquer, en premier lieu, qu'une figurine d'un style aussi avancé ne saurait servir de base à l'étude d'une coutume homérique. En second lieu, ce petit ruban n'est pas un objet de toilette tellement saillant que l'Épopée doive le signaler. Enfin il résulte des vers cidessus que la ^Xe^-rii àva^£<i(jL7i pouvait être arrachée vivement et d'un seul coup, tandis qu'il eût fallu procédera une opéra-
(1) Bopp, Vergleichende Grammatik IIF p. 177 et suiv. — Zeitschr, fur vergl. Sprachforschung X, p. 452. — G. Curtius, Studien sur griech. und lat. Grammatik V, p. 64.
(2) Heyne, ad Homeri Carmina II, p. 533, VIII, p. 344. Friedreich, Die Bealien inder Iliade und Odyssée, 2« éd. p. 239. Le commentaire du Schol. (II. XXII, 469) n'est pas clair. 11 dit : àva8é(7{AT] U Xéyixoii asipà f^v xiSxXco 3:spi Tobç xpotafouç àva8ouvTai. xaXerTai hïbiz' âvtcov xaXaudix>] (xaXuvBstSxy] V. CaJantica^ Heyne, VIII, p. 344).
(3) Kleine Schriften III, p. 294.
(4) Montfaucon, L'antiquité expliquée I, 2, pi. 213. 1. — Hettner, BUdwerke des k. Antiquariums zu Dresden, 2« éd., p. 1 14, 438.
tion exigeant un certain temps pour défaire le ruban en question.
Gladstone et Schliemann (1) supposent un bandeau frontal en or, pareil aux spécimens trouvés dans le trésor troyen et dans les tombeaux de Mycènes. Cette opinion est réfutée par ce fait que Tadjectif wXextvî (tressée) ne saurait s'appliquer à ces bandeaux d'or battu et repoussé. Un poète homérique se serait servi plutôt du mot &im^ pour désigner ces bandeaux.
Toutes les difficultés d'interprétation disparaissent, au con-
Fig. 77 à 79. — Coiffures archaïques.
traire, si nous consultons les monuments étrusques (2). Dans les plus anciennes peintures funéraires de Tarquinies et dans d'autres monuments étrusques du style archaïque les femmes portent un bonnet haut, raide, en forme de boule, qui couvre entièrement la tête et ne laisse apercevoir qu'un étroit bandeau de cheveux le long du front. Immédiatement audessus du front cette coiffe est entourée d'un bandeau d'étoffe plissée (fig. 76-78) (3) ou d'un diadème métallique (fîg.79) (4).
(1) Schliemann, Ilios, p. 507-511 n" 685^7; Mykenae, p. 287. Gladstone dans sa préface à ce dernier ouvrage, p. XXIV ; fig. p. 285 n» 358.
(2) Comp. p. 52-53.
(3) Mon. delV Inst. VIII, pi. 13, n^» I et 5 (nos fig. 76 et 78), pi. 14, n^ 1* (notre fig. 77).
(4) Comme dans la tombe del Barone de Corneto : Micali, Storia pi. 67; Mus, greg. I,pl. 100. — Canina, Etruria Marittima II, pi. 86. — Hittorf, Varchit. polychrome, pi. 19, n® 8. — Stackelberg und Kestner, Gràber von Corneto, pi. 28-33 (d'où notre fig. 79).
Au sommet de la tête, on remarque un bourrelet épais qui maintient la coiffe sur le crâne et corrige agréablement au point de vue de la plastique et de la couleur la raideur de cette sorte d'entonnoir en étoffe (fig. 76-78) (1). Une espèce de mantelet est jeté sur les épaules (fig. 77, 78) (2) ou posé sur le bonnet (fig. 76, 79) ; dans ce dernier cas, il tombe des deux côtés de la tête, laissant le visage à découvert (3). Au premier coup d*œil, il est visible que cette coiffure a trois de ses parties qui sont communes avec la coiffure d'Andromaque. Le bonnet correspond au kekryphalos , le diadème métallique , ornant le front ainsi que le bandeau d'étoffe, à l'ampyx, le mantelet enfin au kredemnon. En présence de cette corrélation, il est permis de se demander si la quatrième partie de la coiffure étrusque, à savoir le bourrelet au sommet du crâne ne pourrait pas être identifié avec la plektè anadesinè. Et, en effet, ce bandeau offre toutes les particularités que semble lui attribuer l'Épopée. C'est un objet très décoratif. Comme il enserrait la coiffe, il était facile de l'enlever d'un coup en même temps que celle-ci. Comme, d'autre part, il était placé sur un point élevé de la coiffe, cela explique Tétymologie du substantif anadesmè. Il en est de même de l'adjectif; car, dans l'art étrusque, ce bandeau se compose le plus souvent de différentes bandes d'étoffe entrelacées et formant torsade (fig. 78) (4). Si nous sommes bien là en présence de la ^Iv^rr, àva^8(r(x7i, nous connaîtrons par cela même d'une façon précise le kekryphalos homérique. Ce n'est point une coiffe légère , s'adaptant bien aux formes de la tête, comme on en voit sur les monuments de la période classique, où le bandeau en question n'existe nulle part, car il jurerait avec le style de l'époque. Le kekryphalos des femmes ioniennes était un haut
(1) Monum, deW Inst. IX, pi. 13, n'^ 1 ; pi. 14, n^ 1*. — (2) Monum. delV Inst. IX, pi. 13, no 5, pi. 14 n^ 1».
(3) Monum. deW Inst. IX, pi. 13, n» 1. ^ (4) Mon. delV Inst. IX, pi. 13, n'» 3. ~ Micali, Sloria, pi. 29, n^ 2, pi. 31, nM, pi. 33, n<>» 1, 2.
LA COEFFL'RE D'ANDROMAQUE. 28t
bonnet, raide, semblable à celui que portaient avec orgueil les femmes des Lucumones de Tarquinies, dans la première moitié du V siècle avant J.-C. Andromaque portait le kredemnon sur
V\g. 80. — Groupe ryi>riDle raprÉsenlant un chœur de danse.
sacoiflfe, comme faisaient généralement les femmes étrusques de leurs mantelets-fichus; elle s'arrache, en effet, de dessus la tête ea même temps que l'ampyx, le bonnet et la plektè anadesmè.
Cette coiffure compliquée, d'un style si tourmenté et si
peu classique dénote, plus que tout autre détail du costume homérique, une origine orientale. Mais puisque nous avons étudié ailleurs cette question avec plus de détails (1), il nous suffira de faire ressortir ici quelques faits particulièrement importants et qui se rattachent plus directement à Tobjet de ce livre.
Dès la plus haute antiquité, les hommes et les femmes portaient en Asie une coiffure compliquée comme celle-là- Parmi les attributs du grand-prêtre de la Judée, figuraient un bonnet qui, conformément au style asiatique, devait être haut et raide, ainsi qu'un bandeau frontal en or ; à ce dernier était attaché un cordon d'un bleu pourpre qui s'enroulait autour du bonnet (2). Sa coiffure se composait donc, comme celle d'Andromaque , d'un kekryphalosy d'une ampyx et d'une tu^êxt/î iyaSéc^Ln. Les Juives en grande toilette étaient coiffées d'un haut bonnet, comme on peut s'en convaincre par plusieurs passages de l'Ancien Testament (3) dont un (4) mentionne aussi le bandeau d'or qui enserre le front. Comme le costume des anciens Hébreux se ressentait beaucoup de l'influence des villes voisines de la Phénicie, il est très probable que des coiffures de ce genre étaient également en usage chez les Phéniciens. Effectivement, on a trouvé dans l'île de Chypre des statues-portraits d'hommes coiffés d'un bonnet haut et raide; elles présentent un mélange du style égyptien et assyrien, qui est caractéristique pour une certaine phase de l'art phénicien (5). C'est un
(1) Helbig, Ueber den Pileus der Alten Italiker dans les Sùzungsberichle der Mûnchener AL der Wiss, philosoph-philoL CL 1880, p. 527-548.
(2) Exod. XXVIII 36, 37, XXIX 6, XXXIX, 28, 30, 31. Les autres prêtres portaient le bonnet sans ornements. Exod. XXVIII, 40, XXIX, 9; Levil. VIII, 13. — (3) Judith X, 3; Isate III, 20, 23; Jésus Sirach VI, 30.
(4) Jésus Sirach N\,2là,
(5) Cesnola-Stern, Cypern^ pi. 27, 28, 30, n^' 5, pi. 40 n® 1. — Une coiffure semblable se rencontre sur d'autres monuments cypriotes, par exemple sur les figures d'argile de guerriers et de cavaliers (Cesnola-Stem, pi. 37, n«» 2, 3, pi. 39, n°- 2, 4, p. 125. Comp. p. 82. -- Gaz, arch. 1878 p. 108, 109). Voyez un bas-relief dans Cesnola-Stern, pi. 96, 3, deux sarcophages (pi. 18 et 44) et un scaraboïde (pi. 79, 8, et Gaz. arch. 1878, p. 107).
bonnet semblable, attaché dans un cas en dessous avec un bandeau, qui est la coiffure d'homme, sur quatre coupes phéniciennes en argent, dont deux ont été découvertes à Chypre (1), les deux autres en Italie (2). Si ces deux dernières proviennent, comme c'est très probable , de Carthage ou de ses colonies (3), on peut admettre que cette coiffure était en usage non seulement chez les Phéniciens orientaux, mais aussi chez ceux de l'Occident, Certains faits prouvent que lies femmes phéniciennes portaient une coiffure semblable. Une haute coiffe faisait partie des attributs de l'Aphrodite cy- pj^ g, coiffure priote(4). Les sculpteurs (5) et les céramis- assyrienne,
tes cypriotes (6) en ornent les femmes qui paraissent exécuter un chœur de danse en l'honneur de cette déesse (voy. fig. 80) (7). Enfin il faut mentionner ici un basrelief assyrien mentionné plus haut (p. 97, fig. 21) (8). Les femmes qui y sont représentées portent un bonnet haut et raide coupé de rubans ou de galons, et sur ce bonnet une sorte de fichu-mantelet (fig. 81); c'est donc une coiffure qui ressemble beaucoup à celle d'Andromaque. Cette coiffe haute
(1) Beuue arch. XXXI, 1876, pi. 1. — Cesnola-Stern pi. 51 (le bonnet entouré d'un bandeau). — Rev. arch. XXXIIl, 1877, pi. I. Cesnola, pi. 66, 1.
(2) Mon. delV InsL IX, pi. 44, 1 (Comp. BuUeL 1874, p. 285). X, PI. 31, 1.
— Perrot et Chipiez, Hist. de Vart. III, p. 97, n® 36, reproduit à la page 28 de ce livre (fig. 1). — (3) Ck)mp. 37-41.
(4) Cesnola-Stern pi. 12. — Lajard, Recherches sur le culte de Vénus, pi. 20.
— Clarac, Musée de sculpture IV, pi. 560 B. n" 1283 A. — Paciaudi, Mon. Pelop, II p. 130. — Bemouillî, Aphrodite, p, 29 et suiv. Cet attribut se retrouve aussi sur les monuments de Tépoque greco-romaine. Voy. Âmeth, Die Gold'Und Silbermonumente in Wien, pi. S, Vil, 90.
(5) Perrot et Chipiez, Hist. de Vart, III, p. 587, n» 399.
(6) Heuzey, Catalogue des figurines antiques de terre cuite du Louvre I, p. 200, no- 248-250.
(7) C'est un groupe en pierre calcaire d'après Perrot et Chipiez , III , p. 587, n« 399,
(8) Voy. note 1 de la page 97.
était également en usage chez les Grecs; nous en avons la preuve dans les idoles de femmes en argile du style archaïque avancé, trouvées à Assos (1) et dans d'autres, com-
Fig. Si — Coiffure d'une idole Uc Tirv
plètement primitives qui ont été mises au jour à Tirynthe («g. 82) (2).
(1) Elles se trouvent aa Musée de Constantinople etdans une collection particulière de Smyme.
(2) Schliemann, Tiryns, p. 173, n" 83 (notre fig. 82) et p. 177 n"87. Dans cette dernière idole, on reconnaît une sorte d'ampyx à la bordure inférieure du bonnet. Les objections que fait Studniczka (Beitràge) p. 128-131 , contre l'opinion émise ci-dessus, nous paraissent erronées. Ce savant suppose quelesobjetsénuméréspar le poète tombent de dessus la tête d'une femme qui s'affaisse évanouie : cette hypothèse repose sur une interprétation inexacte du vers d'Homère. T^lt fi' <Ei» xpatàf ^ii.t ne signifie pas : il» lui tombèrent de la léte, mais bien : elle le» rejeta loin de la Ute. Tel est aussi le cas d'Hécube {II. XXll, 406) : <lnb 5i Xinap^jv Ippi^iE xaWirtprit tijXiaj, Cette explication écarte du même coup cette autre opinion de Studniczka
En ce qui concerne les autres questions relatives à cette coiffure, mais qui ne rentrent pas précisément dans le cadre du présent ouvrage, nous prions le lecteur de vouloir bien consulter notre étude mentionnée plus haut (1),
D'ailleurs si le kekryphalos et la Tù.vA.Th cci7.^i(j\t:t\^ qui devaient cependant imprimer à la figure un cachet tout particulier, ne paraissent qu'une seule fois dans l'Épopée, — ce ne peut être l'effet d'un simple hasard. La description très détaillée de la toilette d'Hèra, que fait le poète au XIV' chant de l'Iliade (2), est très importante à cet égard. Le kehyphalos n'y est point mentionné : c'est que certainement la déesse, suivant ce poète, ne portait point de bonnet et mettait le krédemnon à même la tête. Il faut en conclure ou bien que le bonnet n'était pas la coiffure générale des femmes ioniennes de cette époque, ou bien que la coiffure se transforma dans les intervalles entre lesquels parurent les différentes parties de l'Epopée.
(qui ne concorde pas d'ailleurs avec sa propre manière de voir), à savoir que la rXsxTrj i^aUa^ri serait un ruban qui tiendrait les cheveux attachés sous le bonnet. Pour enlever ce ruban, il fallait se donner le temps et une certaine peine, tandis qu*Andromaque désespérée arrache évidemment d'un seul coup et jette au loin sa coiffure. Le môme savant prétend que le kekryphalos était un petit fichu généralement carré que Ton mettait en guise de bonnet; quant au bonnet s*adaptant à la forme de la tête et dont les artistes de la période classique coiffent les femmes en négligé, Studniczka soutient qu'il s'appelait xèfpaXv) 7cep(0erGç. Cette opinion encore s'appuie sur une base peu solide : Studniczka croit que xE^oXyj molb^Toç dans Aristoph. Thesmoph, 257, signifie forcément ce bonnet. Mais il est inadmissible qu'un objet de toilette aussi commun ait été désigné par un terme si compliqué. Ces deux mots indiquent plutôt un objet particulier dont se servaient les femmes coquettes pour conserver leur chevelure ou pour soigner leur teint ou pour toute autre précaution semblable, avant d'aller se coucher.
(1) P. 280, note 1. — (2) //. XIV, 170-186.