‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 47 sur 114 · COSTUME HOMÉRIQUE · texte numérisé non relu

COSTUME HOMÉRIQUE

tion très secondaire. Cette façon de traiter les draperies tenait naturellement au caractère même du costume que représentaient les artistes. Nous sommes, par conséquent, en droit d'admettre que les draperies ne jouaient pas à ce moment le même rôle prépondérant qu'à l'époque classique.

Une autre différence consiste dans la couleur des vêtements. L'Épopée, comme nous l'avons vu dans le chapitre XIII, mentionne souvent des peploï plus ou moins bigarrés (^roixtXoç, ra{iTO{xi>o;) et fait ressortir, à propos du heanos d'Héra, cette particularité qu'Athèna l'avait rehaussé de nombreux ornements {SaiSoCkx mXkx) (1). Ici le goût du temps se manifeste comme étant diamétralement opposé à celui de l'époque classique. Les étoffes d'une seule couleur sont les seules dignes de l'homme, car elles seules peuvent faire valoir les formes du corps dont l'harmonie serait rompue par les lignes des étoffes historiées. Voilà pourquoi, lorsque le sens du beau eût atteint son apogée à l'époque classique, les Grecs ne portaient de vêtements historiés que rarement et dans certains cas particuliers. Tout autre était à cet égard le goût à l'époque homérique et pendant toute la période suivante jusqu'à l'époque classique. Les vases peints, depuis l'espèce du Dipylon jusqu'aux spécimens à figures noires du style sévère, dénotent la prédilection des Grecs pour les vêtements richement ornés (2). A ce point de vue, le vase François est très instructif : on y remarque, en effet, des vêtements couverts de motifs d'ornements et même de figures. Le

(1) Voy. plus haut, p. 258. ~ (2) Chilones de femmes avec des dessins de dés sur un vase du Dipylon : Monum. delV Inst. VIII, pi. 39, 2. — Dés et carrés sur les vases de Melos : Conze , Melische Thongefœsse, pi. 3, 4. — Dessins d'écaillés dans Conze , pi. 4, et sur le chilon d*une femme représentée sur la cuirasse trouvée dans TAlphée (voy. p. 221 , figure 57). — Une idole de femme en argile avec un chiton à carreaux, trouvée à Tirynthe : Schliemann, Tiryns, pi. XXV c. — Stephani, 1878 et 1879, p. 49-103, a recueilli les divers motifs d'ornementation des costumes antiques. Ce recueil très savant gagnerait beaucoup en clarté si Fauteur avait eu le soin de bien déterminer les époques ainsi que les divers genres de vêtements de dessus et de dessous.

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peplos (l'une des Parques offre des chevaux ailés et des griffons (voy. p. 253, fig. G5); celui d'une Heure la même ornementation et un oiseau (1). Des chevaux ailés rangés par zones ornent également le chiton de Thésée conduisant le chœur de danse (2).

Les autres peuples indo-européens , notamment les Celtes (3), avaient aussi une prédilection marquée pour les vêtements décorés; on est donc tout naturellement porté à croire que, dans la Grèce préhistorique, cette prédilection était un legs de la barbarie indo-européenne. Cependant il est vraisemblable que là également les influences orientales jouent le rôle prépondérant.

Pour la coloration des étoffes, comme pour tout le reste, les

(1) Momim, delV InsL IV, pi. 54, 55, 5G. — Arch. ZeiL 1850, pi. 23, 24. — Overbeck, GaL, pi. 9, 1.

(2) Monum. delV InsL IV, pi. 5G, et Arch. Zeù, 1850, pi. 23, 24. Le chiton de Leto, sur une coupe très ancienne à figures noires, est coupé au milieu par une bande contenant des lions et des sphinx ailés : 'Eçrjiigplî ipy . 1883, pi. 3, p. 53, 58. Une statue de femme archaïque trouvée dans l'Acropole d'Athènes présente parallèlement à[Ubandedu cou une peinture figurant une course de chars : 'Eç. dpy. 1883, p. 44, n° 2Q,LePeplo8 duPalladion, sur une coupe à figures rouges, est orné de figures de trois lutteurs de courses et de trois danseurs : 'K9. ipy. 1884, pi. 5, 3, p. 123; 188G, p. 131. Héraclidede Sinope (Athen, XH, 512 c. Fragm. Jfist. grœc. éd. Millier II, p, 200) dit que les soldats de Marathon portaient des himatia de pourpre et des chilones bigarrés (roixfXou; x^-.wvaç). Mais cette allégation est absolument fausse ; car nous savons à n'en pas douter que, précisément à l'époque des guerres persiques. le chiton de lin blanc était généralement' usité en Attique (Comp. Studniczka, Beitràge, p. 25, note 75). On ne sait au juste si un passage [de Sophron (Athen H, 48c. : Stuspwv ôà arpouOto-rà '{kv^^oLii 9r]<jiv lvT£T{jLr,jiéva) se rapporte aux vêtements de dessus ou de dessous (Comp. Ahrens. De diaL doricn, p. 472 , G8). L'adjectif atpouOtutôç {orné d'oiseaux) indique probablement des oiseaux aquatiques qui reviennent le plus souvent dans la décoration géométrique, tels que : des cygnes et des oies (vases de Corinthe, de Mélos et de TAttique) et des cygnes du style asiatisant, employés souvent à l'époque hellénistique pour les bordures des vêtements. Comp. Stephani, 1878 et 79, p. 108, note 2.

(3) Strabon IV, 4, r. 197. — Diodore V, 30. — Cassius Dio. LXX, 2. — Virgile, Enéide VIII, 059, 600. —Comp. Bôttiger, Kleine Schriflen, III, p. 39 et suiv. Les linguistes comparent 7:0 ix-{Xo; au sanscrit pêç-as = image, pêçala-s = arlistemeni formé. Voy. Curtius, Grundzûge , 4* éd. p. 164. — G. Meyer Griech, Gramm. $ 184, p. 170.

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Grecs étaient, pendant la phase la plus ancienne de leur civilisation, tributaires de TOrient. Il suffit de rappeler que, par rintermédiaire des Phéniciens, ils apprirent à connaître la pourpre (1), déjà très recherchée à l'époque homérique, et peutêtre aussi le safran (2). L'Épopée nous dit (3) que les plus beaux peploi du trésor de Priam étaient l'œuvre d'esclaves sidoniennes que Paris, à son retour de Grèce, avait amenées à Troie ; ce fait indique que le tissage phénicien était considéré comme supérieur à celui des Grecs. Il est donc permis d'admettre que les vêtements et les tapis richement ornés qui de tout temps faisaient partie des articles les plus renommés de l'industrie orientale (4) et occupaient la place principale dans le commerce phénicien (5), ne manquaient pas d'influer sur le tissage de l'ancienne Grèce.

Cette opinion se trouve confirmée par ,bien des faits. Les plus anciens tisserands en fils de couleur, dont les noms nous aient été transmis par la tradition hellénique, sont Akesas et Helikon (6). Si généralement on les prend pour des Chypriotes (7), c'est pour désigner un centre de civilisation qui a particulièrement contribué à répandre en Occident les éléments de la culture orientale. L'Egyptien Pathymias , qu'on nomme en même temps qu'eux (8), ne fut probablement que le repré-

(1) Voy. p. 242, note 11.

(2) Voy. plus haut, 258, note 4. — (3) //. VI, 289-292.

(4) Sur les produits babyloniens de ce genre voy. : Mo vers, Die Phônizier, \\\ I, p. 260-263. — Biichsenschiitz , Z)ie Hauptstàtten des Gewcrbefleisses im AUerthum, p. 60-61. — Sur les produits assyriens : Perrot et Chipiez, Ilist. de Vart, II, p. 769-776. — Sur les produits phéniciens : Movers. dans y Encyklopddie d'Ersch und Gruber, 3« sect., 24* partie, au mot Phônizier, p. 375-376. — Bûchsenschûtz, ioc. cil., p. 61-62.

(5) Movers, Die Phônizier, III 1, p. 258-263.

(6) Oy erbeck,Schriflquellen, n"* 385-387. — Comp. Vôlkel, Archœol. Nachlaxs^ p. 118 et suiv. — Julius, Ueber die Agonaliempel, p. 17 et suiv.

(7) Contrairement à la tradition admise, Zenob. proverb, 1 , 56 (p. 22 Leutsch) indique Patara en Lycie comme étant la ville natale d' Akesas et Karystos, en Eubée, comme celle d'IIelikon ; mais c'étaient également des villes situées dans le cercle de Tinfluence asiatique en Occident.

(8) Athen II, 48 b.

senlant d'une industrie phénicienne du style égyptisant. L'influence orientale est facile à reconnaître, même plus tard, dans le tissage hellénique. Sur le fameux tapis que fabriqua ou lit fabriquer le Sybarite Alkiménès ou Alkisthénès, le principal motif qui se rapporte sans doute à la première scène des CyprienSj se terminait en haut par des animaux légendaires imitant le type de Suse, en bas par des animaux du style persan (1). Même à Tépoque classique, les tapis et les vêtements

(1) Aristote, De mirabil, auscuU 96 (II, p. 838, éd. Bekker). 'AXxijuvei tS 21u6ap(r)) 9aa\ xaTaaxEU0(o67)vai îjJiiTiov toioutov t^ no^uteXe^a, &aT£ ?:poT{6Ea62e ctuTo Ir^K Aaxtv{(i> xî) iravr^YiipEi t^; ^'Hpaç, £Îç îjv au|A7cope^ovTat iidEvTEç 'IraXiGTai, t£>v rs OEtxvupivcov [idXtrra nàvicov Ixervo Oaufjidl^EaOat * ou ^aai xupiEu^avTa Àtovuaiov t^v 7îpE<j6ÛTEpov inoB6a6ai Kap)(^v}dovtot( ixarov xaUrxoai xaXivTwv ?v S'ourb ^^ 4X00^7- ^, Th) ^ï p.sY^OEt nsvTExatBExdrT))r,u. IxaiépcoOEV de ôisCXtitcto Çci>d(otç Ivu^ftafiivotç, dcvcuOEv (xèv Sou9ot(, xcctcuOev 5e nipaat;* dvà (xéaov 51 ijv Zeuç, ""Hpa, Bépitç, 'A07]vâ, j^i;6XXcuVy 'A^poSfTïj'. ;ïapà 8è IxdixEpov nlpaç 'AXxt{jLévv}{ ?Jv, IxaiépcoOsy ôè Stj6api(. — Athen.XII, 541 a. — Comp. Stephani C. r. 1865, p. 53, 1878 et 79 p. 104. Comme la longueur de cet himation est de 15 aunes, c'est-à-dire environ 6"*93, ce ne pouvait être un manteau mais un tapis. 'l[ji(£iiov est d'ailleurs employé dans ce sens par plusieurs auteurs (Ex. : Diodore XIV, 109. — iElîen Var. hist. VIII, 7. — Comp. Jamblich Vita pythag, 21, p. 216. — Hérodote IV, 23). — Nous empruntons ce qui suit à une communication écrite de Benndorf : t Ce motif représente la scène d'exposition des Cypriens (Epicor. grœc, fragm, éd. Kinkel I, p. 17, p. 20-21) : Conseil tenu par Jupiter et par Thémis sur la guerre de Troie, en présence d'Hèra, d'Athèna et d'Aphrodite qui arrivent pour le jugement de Paris. Apollon est présent comme dieu-oracle et successeur de Thémis, en possession de Toracle de Delphes, comme dans une peinture de vase de la basse Italie dont il a été souventparlô (Benndorf, Griech. und sicilische Vasenb. p. 78). Les figures du donateur ou de l'appariteur et de la divinité locale s'expliquent d'ellesmêmes » . Si cette explication très séduisante est exacte, on ne peut guère s'en tenir à l'ancienne hypothèse communément admise et d'après laquelle ce tapis a été fabriqué avant 510 av. J.-C, année de la destruction de la ville de Sybaris. Les sujets qui y sont représentés semblent indiquer plutôt la période de la peinture qui suivit Polygnote. De même, les animaux persans correspondent mieux au cinquième qu'au sixième siècle. Cependant il ne faut pas perdre de vue ici que l'auteur a pu se tromper sur la désignation du style. Les Sybarites sont, il est vrai, mentionnés, même après la destruction de leur ville, comme établis dans leur ancienne patrie et sur le territoire de Métaponte (Strabon, VI, p. 263, 264. — Tite- Live XXVI, 39). Mais ces Sybarites ultérieurs, dont nous ne connaissons que le nom, ne semblent avoir joué qu'un rôle très secondaire, et il est

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de rOrient passaient en Grèce pour des objets de luxe (1). Euripide décrit en détail la tente que dressa Ion pour en faire une salle à manger destinée à recevoir les Delphiens invités par Xuthos ; il appelle des merveilles les tapis employés à cet effet (2). Il y a dans le nombre des tapis asiatiques sur lesquels sont tissés des combats marins ainsi que des figures fantastiques d'hommes et d*animaux et des scènes de chasse (3). Si, à répoque la plus florissante de leur art, les Athéniens prisaient encore si fort les produits de la tapisserie orientale, il est évident que ceux-ci devaient provoquer l'admiration des Grecs de la période homérique et exercer une influence considérable sur l'industrie ionienne de ce temps. Enfin il convient de faire remarquer que le peplos ou le heanos homérique était une pièce d'étoffe carrée (4) dont la surface se prêtait sans difficulté au développement des motifs d'ornementation d'un tapis oriental .

Pourquoi les vêtements ornementés étaient-ils beaucoup moins usités depuis le cinquième siècle? C'est une question dont l'étude nous écarterait trop du but que nous nous sommes proposé. Nous nous contenterons de donner à cet égard quelques indications seulement. Pour des raisons faciles à comprendre, on conserva dans les cérémonies du culte l'ornementation des vêtements telle qu'elle avait été transmise par une antique tradition. Quant au costume de tous les jours, on suivit un tout autre principe. Tout d'abord aucun texte ne nous

pea probable qu'une œuvre aussi remarquable que ce tapis soit sortie de leurs mains.

(1) Comp. Stephani C. r. 1886, p. 145-146; 1878 et 79, p. 105.

(2) Ion, 1142 : Oaûjxax' (îv0p<()7:oiç opâv. — Comp. de Ronchaud, La tapisserie fiatis Vanliquité, p. 127 et suiv.

(3) Ion, 1 158 : Tof/oiatv ô'e::i

f,[ir£ay £v dfXXa ^2p6dEp<ov O^dtap^axa^ e'j7)péT|A0u; vauç ivT^aç 'EXXrivîaiv, xat (xiÇ<SOrjpa(; ^tôiaç îrnsfaç x'^ypaç IXdé^uv XsivTwv "z'à^^iwH STjpàuLXxa.

(4) Voy. plus haut, p. 252 et suiv.

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apprend qu'on ait porté à I époque classique des vêtements de dessous ornés de figures. On reconnaissait ajuste titre que le jeu libre des draperies n'aurait pas fait suffisamment valoir les dessins de figures, et que, d'autre part, ces dessins mêmes, nettement accusés, en forçant l'attention , auraient nui à l'effet du corps liumain qui en était couvert. Quant aux autres motifs d'ornementation, s'il s'en trouve parfois sur leschUones aux plis libres des vases classiques, ils sont traités avec une grande légèreté de touche, de manière à ne pas détruire l'harmonie des formes du corps. Dans certaines peintures sur vases appartenant à la seconde moitié du cinquième et au quatrième siècle, on constate, à côté du chiton largement plissé, une autre sorte de chilon où la lourdeur et la raideur de l'étoffe empêchent la formation de tous plis (1). Le fait que ces chitones sont parfois rehaussés d'ornements semble confirmer la règle qui présidait au goût de cette époque. En effet, si, pour des raisons pratiques qui nous échappent on confectionnait des vêtements de dessous avec des étoffes qui ne faisaient point valoir les formes du corps, on songeait tout naturellement à compenser leur aspect disgracieux par le charme du dessin et de la couleur.

C'est avec intention que nous avons limité les considérations qui précèdent aux vêtements de dessous, car les vêtements en forme de manteaux sont régis par d'autres principes. A Tépoque homérique, les manteaux étaient rehaussés d'ornements : telle était la diplax d'Andromaque (2), telle aussi celle dHé-

(1) Sont vêtus de chitoncH de ce genre par ex. : Apollon {Mon. deW Inst. IX, pi. t?8); deux guerriers, un homme âgé et un hérault (Millingen, Ane. uned.mon., pi. 21, 22); lîéphaïstos (Elite céramogr. 1 pi. 43, 46 A, 47). — On peut admettre que les /itwvsç arjnjrivoi souvent mentionnés dans les inventaires de temples {Corpus iyiscript. atlic, 11, 2 n" 571 Col. II Bfr. a 8, 10; n« 758 Col. 119, 1015, 27,47; n« 759 Col. 115,6, 10, 20; n» 760 B 19; n» 762 Col. II 2, 5; no 763 Col. I 15-17, 20; G. Curtius, Inschriflen und Studiea zur Geschichte von Samos, p. 10 n*» 20; Meineke fragm. com. grœc. H, 1 p. 503), ainsi que les vêtements en crin (tpî/aitiov, Curtius, Ibid. p. 10, n" 37), ne formaient pas de plis non plus.

(2) //. XXII, 440441 (voy. p. 243, note Ij.

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lène où étaient retracés les combats entre les Troyens et les Achéens(l). Cette dernière rappelle les vêtements et les tapis d'Orient richement ornés de figures, d'animaux fantastiques, de scènes de chasse et de combat, que nous avons mentionnés plus haut (2). Toutefois la décoration de la diplax d'Hélène prouve que Tindustrie ionienne de ce temps-là ne se contentait plus de copier tant bien que mal les modèles étrangers, mais qu elle affirmait déjà son indépendance dans le choix des sujets. Quoi qu'il en soit, cette ornementation trahit un goût orientalisant dont les Hellènes ne purent jamais s'affranchir complètement, lorsqu'il s'agit de fabriquer des manteaux somptueux.

Parmi les données que nous possédons sur la manière dont les Grecs de l'époque classique décoraient leurs manteaux, rien ne nous indique qu'on y ait employé des dessins de figures (3). Mais Aristophane (4) et Platon (5) disent en propres termes que des hitnatia bigarrés et décorés étaient de leur temps des vêtements de luxe très appréciés. Par conséquent, si le goût de Tépoque classique différait de celui de l'époque antérieure, au point de vue de la décoration des chitones, le contraste est bien moins frappant quand il s'agit des manteaux. La raison en est bien simple. Le goût classique voulait que le vêtement fut adapté aux formes du corps ; il tenait, par conséquent, à écarter tout ce qui pouvait nuire à l'effet plastique. \\ est évi-

(1) //. m, 125-128 (voy. p. 101, note 1).

(2) Voy. p. 200, note 4.

(3) Bien entendu il n'en était pas de même pour les manteaux employés dans les cérémonies du culte. Sur une coupe d'iiieron, Démèter, présente au départ de Triptolème, porte un manteau richement orné de divers motifs, de conducteurs de chars, de chevaux ailés, d'oiseaux et de dauphins [Mon, delV Inst. iX, pi. 43). Kekulé (Ann. 1872, p. 227) suppose avec raison que Tartiste a voulu rappeler là un vêtement usité dans le culte d'Eleusis. In autre manteau orné de chevaux et de dauphins couvrant un Hermès de Dionysos sur une coupe du même artiste, appartient également à cette sarde-robe sacrée (Gerhard, Trinksclialen und Ge fasse j 1, pi. 4, 5. Comp. Mvs.Borb, Xll,pl.22).

(4) Plut, 530 : oot' l'xaTÎcuv j3an-wv ôi;;ava'ç y.oiji.fj'jai r:o'/.tXo;jLopç5iv. ^iDeliépubL VIII, p. &57, C.

dent que le chiton s'appliquant directement sur la peau pouvait mieux satisfaire ce sens esthétique qu'un vêtement en forme de manteau, qui ne suivait pas rigoureusement les lignes du corps; les motifs décoratifs qui rompent Tharmonie des lignes, étaient, par conséquent, ici moins choquants que sur le chiton. Quoi qu'il en soit, les témoignages écrits et figurés prouvent que ces himatia bigarrés n'étaient, à j'époque classique, que des vêtements de luxe; là prédominaient les étoffes monochromes qui étaient tout au plus rehaussées par des bordures de différentes couleurs. Ce n'est qu'au temps d'Alexandre le Grand, lorsque les Grecs se mirent à imiter de nouveau l'Asie, qu'on vit reparaître la mode des vêtements ornés. Détail à noter: ce roi lui-même portait un manteau aux couleurs varices qui passait pour être l'œuvre d'Hélikon (I). Quant aux costumes variés qu'on vendait, pendant la période hellénistique, au bazar d'Éphèse , on peut s'en faire une idée très exacte par le compte rendu d'un contemporain , Démocrite d'Éphèse (2). A partir d'Alexandre, les peintures sur vases nous montrent quantité de vêtements ornés, aussi bien des manteaux que des chitones.

Il est inutile d'insister davantage sur la ceinture d'Hèra et sur la coiffure d'Andromaque. Nous venons de voir (3) que Tune et l'autre n'étaient que des motifs d'ornementation baroques empruntés à l'Orient et diamétralement opposés au goût classique.

(1) Plutarque, Alex, le Grand, 32. —(2) Athen. XII, 520 CD. Studniczka {BeUrdge, p. 22, note 64) a fort bien déterminé Tépoque où vivait ce Démocrite ainsi que le caractère de ses écrits. Démocrite mentionne aussi des vêtements rehaussés d'ornements en lamelles d'or : (une àxxaioL), xaTajcIiMiata Ô£ y puaprç xe^xpo^î' ^i ^' ^^f/J?^^ vTijjiaTi nop^upo) îïavtiç zlç "^"h"* ^l'w jxotpav Sfjijiai* £x,ouatv àvdc ;xéaov. Le nom attique ordinaire de ces applications d'or appelées ici x^Yîtpo^est ;;a(j(j.dina:C. 1. A. II 2 n°758. Col. II,6,n«759. CoI. II,2.Cx)mp. Bockh, Siaalshamhalt II*, p. 254. Les objets trouvés dans les fouilles de la Russie méridionale, notamment, prouvent qu'on en faisait usage au temps d'Alexandre et à Tépoque hellénistique (Stephani, C. r. 1865, p. 9-10).

(3) Voy. p. 260-263, 276 et suiv.

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Ainsi donc le costume homérique se ressent beaucoup de l'influence orientale, et son style, partout où l'on peut le reconnaître, se distingue par sa raideur. Cette dernière circonstance nous oblige encore à revenir ici sur le chiton de lin des hommes. De deux choses Tune : ou ce vêtement s'écartait complètement des principes qui prédominaient alors dans le rostume, ou bien il était d'un style conventionnel. L'hypothèse émise dans le chapitre XII que le chiton de ce temps-là était plissé artificiellement concorderait parfaitement avec le principe admis pour les autres vêtements. Si nous admettons que le chiton est conforme à ce principe, il n'y a, dans ce cas, en dehors du plissement artificiel qu'une seule disposition possible : on pourrait admettre que le chiton dans sa partie supérieure collait étroitement au corps , produisant ainsi un effet de rendu minutieux semblable au vêtement principal des femmes {peplos), bien serré à la ceinture (1). En tout cas, l'opinion que nous avons développée au sujet du costume homérique se trouve confirmée par la façon dont on portait les cheveux et la barbe. Ici encore, comme nous allons le voir tout à l'heure, régnait une mode rigide obéissant à des influences asiatiques.

(1) Voy. p. 263-264.

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