CHAPITRE XVI
Certaines données de l'Épopée semblent indiquer que les Ioniens de répoque homérique portaient une longue chevelure. Les Achéens sont très souvent appelés '^r-^r. xopcovre; (1). Les cheveux des héros qui se disputent le prix aux jeux funéraires de Patrocle flottent au gré du vent (2). La coutume d'offrir une chevelure coupée] aux dieux (3) ou à des morts aimés (1) est mentionnée plus d'une fois. La chevelure que se coupe Achille sur le bûcher de Patrocle est florissante TT,X£Oow<ra (5). Paris était fier de sa chevelure (6), qui, par conséquent, devait être longue. Il en est de même de Zeus, à en juger par les célèbres vers suivants (7) :
àj/.êpoTiai À'xpa yaÎTai eTîeppwTavTO avaxTo; )tpaTo; aTT* iOavaToto' jJLsyav S'eXéXiEev OXu;/.*ïcov.
(1) //. II, 11, 2«, 51, 65, :523, 443, 472. //. III, 43, 70; IV 261, 268; VII, 85, 3*<>8, 442, 448, 451), 472, 476; VIII, 53, :W1, 510; IX, 45; XIII, 310; XVIII, 6, 359; XIX, 69. — Od. 1, 90; II, 7, XX 277. Cette épithctc est donnée une fois aux Êxarpot (compagnons) d'riysse {Od. Il, 408).
(2) //. XXII I, 367 : yatTai V spptoovTO (xEtà Tivoifjç div£ri.ot6. — (3) //. XXIII, 1-16. — (4) IL XXIll, 46, 135, 141, 152. Od. IV 198, XXIV 46. — (5) //. XXIII W-
(6) //. m 54 : O'j/. av TOI ypafafxr, x(Oapiç là T£ ôôi^ "A^poôfiTjç,
ij TE y.6;A7) To T£ eîooç, 8t' ev xov{r,<ji (iiY^iV,;. Le clievrier Melanthios avait sans doute aussi une longue chevelure, puisque Eumaios et Philoitios le traînent par les cheveux jusqu'au Ihala mos {Od. XXIK 187 : Epuaav te {iiv ii'Sio /.oup'!;).
Dans l'Épopée, Apollon est àitïpiTExdjniî (1), c'est-à-dire à la chevelure non coupée, et, dans un hymne homérique, {i) ses larges épaules sont couvertes de boucles (/.«îtviî [i>.ijjiévo; i-ipExç wfiouî). Sur les monuments an-liaïques, les hommes (3) sont toujours représentés avec des cheveux longs qui tombent
généralement jusqu'au milieu des omoplates (4). Cette coutume s'est donc maintenue durant plusleui-s siècles, même
(I) II. XX, 39. Ilymn I (iii ApoU. Del.) 134. Comp. Hésiode, Fragm. CXXV GoHIing, 14H Riacli. — (2) II (in A/mU. Pijth.) Z32. Comi). la façon dont Jasonest représenté dans Pindarc, /'i/lh. fV, 82.
(3) Des flgurcs d'éphèbes ont souvent une clievelure assez courte sur les vases corinthiens, ex. : Ajax jeune (.inn. tUir IiisC. 1862, Tav. dagg. B).
|4( Les quelques rares exceptions à cette règle s'expliquent soit par la négligence du peintre ou par des difficultés (echniques. Sur une assiette bien connue de Camiros {Salzmann, Nécropole de Camiros, pi. K(, — VerknniKutiijfii der 23 Vcranmml. deulacher Philotogen, n&novn, 1«65, pi. I, p. 37 et suiv.) la longue clicvelure de Hénélas, d'Hector et d'Euphorbis, •lu'on devrait apercevoir sous la bordure postérieure du casque, n'est pas visible; cela tient à la grossièreté primitive de l'exécution, L'artiste no ^'M même pas donné la peine d'indiquer les doigts et les pouces de ces trois personnages. On ne voit pas non plus la longue chevelure dans la figure d'un Achille casqué sur un vase corinthien {.innal. deW irixt. 1862, Tav, dagg. II). Le peintre n'a pas su évidemment séparer la chevelure bruned'un cou brun dans une figure de petites dimensions. Le même ar> liste a cependant indiqué les longs cheveux d'Hector luttant contre Achille, au moyen d'une ligne gravée sur le cou.
après 1 époque homérique. Et, autant qu'on en peut juger par les monuments, on eut recours à divers artifices pour arranger cette longue chevelure.
Sur les statues d ephèbes d'Orchomène (fig. 83 à 85) (1), de
Fig. 86 et 87. — Coiffure d'une statue d'éphebe de Tenea.
Théra (2) et de Tenea (fig. 86 et 87) (3), comme en général dans les
(1) Ann, delV Inst, 18()1, Tav. d'agg. E 1. — Overbeck, Gesch. der griech. Plastik 1», p. 88, fig. 8 (nos fig. 83 à 85).
(2) Schôll, Arch, Mitthcil, pi. IV, 6. — Overbeck, p. 89, fig. 9.
(3) Mon. deir InsL IV, t. 44. — Overbeck, loc. cil., p.;91,fig. 10(nos fig. 86 et 87). Studniczka {Beitràge, p. 60, note 13) rejette les conclusions que nous avons tirées de ces statues en alléguant que le style primitif était pour beaucoup dans la manière dont les sculpteurs traitent la chevelure. Il serait trop long et superflu de nous étendre ici sur cette question. Qu'il nous suffise de faire ressortir ici un point de vue qui a échappé à l'attention de Studniczka et qui justifie remploi que nous avons fait de ces statues. Admettons que les sculpteurs aient reproduit ici, avec une recherche de style, des boucles de cheveux naturelles; il en résulterait qu*on portait à cette époque les cheveux d'une façon qui n'a rien de commun avec la mode ultérieure. Afin de ne pas faire une trop longue digression, nous nous contenterons de prendre pour exemple TAttique. Sur les monuments attiques remontant au sixième siècle, comme le vase François et les vases d'Exekias, on remarque que les hommes ont derrière la tête une touffe de cheveux, retenue en haut par une spirale métallique, en bas généralement par un ruban. Dans la première moitié du cinquième siècle cette touffe fut remplacée par une tresse qui s'enroulait sur la tête de différentes manières {Millk. des arch, Insl. inAlhen, VIII 1883, pi. XI, XII). Studniczka ne prétendra sans doute pas que ces touffes et ces tresses dénotent une tendance bien accusée au rendu, à Texécution minutieuse, et reconnaîtra plutôt que les artistes n'ont fait que reproduire une mode du temps. Cela une fois établi.
figui-es d'Iiomuies et de jeunes gens des anciennes peintures sur vases (fig. 88) (I), les cheveux du dessus sont ramen*5s jusqu'au milieu du front, tandis que les autres , après avoir contourné l'oreille, retombent sur la nuque. Dans les statues d'Orchomène et de Théra, ils Tonnent des boucles raides et verticales; dans celle de Tenea, ils ondulent horizontalement Les deux premières présentent le long du front , une série de petites boucles, en forme de spirales qui, dans celle de Tenea, sont remplacées par un toupet frisé.
Pour des motifs faciles à comprendre.
les peintres de vases ont généra- rig. s*. - wie je jeune iiommc lement renoncé à. représenter ces ''"'"' '■'** ""^ "'^'"*'
détails. Néanmoins sur certains
vases contenant des figures d'assez grande dimension et soigneusement exécutées, on remarque tout au molna des tentatives de reproduction de frisure artificielle. Lorsque, par exemple, le peintre d'un vase corinthien (2) exprime au moyen d'une ligne ondulée la masse capillaire tombant sur la nuque ( Hg. 89), c'est que probablement il essaie de reproduire la même disposition que le sculpteur de la statue de Tenea. Nous n'avons nullement l'intention de passer en revue toutes les coif-
il faot supposer un port conventionnel de la chevelure avant l'époque qui précède la mode des touffes : il est, en elTet, inadmissible qu'après avoir porté les clieveui tombant naturellement, on ait adopté aussitôt et Mns transition une coiffure aussi compliquée. Mais cette i-onvenlion consistait sans aucun doute k porter les cheveux bouclés de différentes manières. Ces modiScations successives de la coiffure peuvent se comparer a des changements analogues dans les temps modernes. Sous Louis XIV, on bouclait ses cheveux ou bien on portait une perruque bouclée; puis vint la mode de réunir les cheveux sur l'occiput et de les mettre dans un fliet; enfin vers l'année 1770 cette coiffure ât place au cliignon natté.
(1) Voy. Apollon sur un vaae antique trouvé à Melos : Conze, Metische ThongtfSsK, pi. 4, d'où est extraite notre figure 88.
(2) Mon. deW but. X pi. 4, 5; notre figure 89.
:«ra L'KPOPKB HOHÉBIULE.
fures <le l'époque arcliaïque (1). Mais il résulte des ivnseigoements transmis pai' Thucydide (2) et parHérarlide Je Sinope(3), que les AUiéniens portaient une coiffui"e artificielle jusque peu lie temps avant l'époque df Périclès. La coiffure simple et naturelle, propre k l'éjMjque classique, n'apparaît que dans les sculptures des écoles de Myron et de Phidias ainsi que sur les vases à. fif^ures rouf^es de style libre. Celte coiffure njnvcntionnelle remonte-t-elle jusqu'à l'époque homérique? Il est permis a priori de répondre affirmativement à celte question. Nous avons démontré que le costume de colle époque se distin^ait par sa raideur (4). Qu'on se représente un Achéen, vêtu d'un dnlon de lin, artificiellement drapé ou Collé cunti'e le corps, etd'un man- KiR. 89. - Pfliniuro ,1-un (gj^y tombant Symétriquement, bien tondu
vase corEnlhion (ll>lc '' '
ii'Aimiioni. sur les épaules. Si sa chevelure tombe sim-
plement et sans artifice, comme sur les statues des prisonniers Daces, il y aura évidemment un contraste trop fjrand enti'e le vêlement et celte coiffure, conlrasle impossible à admettre chez un peuple qui, en poésie, a fait preuve d'un sens si délicat de l'harmonie. Par conséquent, lorsqu'Athèna orne de boucles la tète d'Ulysse (.'») :
czpvi-roî
le poète n'a probablement pas songé aux boucles tombant nalui-ellenienl, Connue dans la sUitue d'Ulysse au Vatican, mais
(1) Comp.Milt/ieUdesn>r/i. /nul. in Àlken,\m 1883, p. 2« et suiv. IX (1884) p. 232 et suiv.
(2) I, 0, 20 {voy. plus haut p. 51 note 3). — (3) Alhen Xll, 512 C. xoeV Zi\ii 6'iïa3oiJ(iiioi tiûï '^f/.'^'' Xfu™û; téiTiTocï jrip'i ib fifiuno* îta't tIî xi^pat ksipouï (lipitK au lieu de nifun est une hypothèse plausible de Birt. Rhetn. ^/u«. XXXIII, ISTKp. 62C).
(4) Voy. plus haut p. 2«7 et suiv. — |5) Od. VI, 2:», XXIII, 157.
à des cheveux artificiel lemeiil arraiifirés, connne on en voit sur les monuments archaïques. Nous pouvuns d'ailleurs nous en tenir là sur ces questions de style qui, dans une élude exacte, n'ont qu'une valeur relative, puisque l'Épopée parle clairement (le coiffure artificielle.
Les Abantes d'Eubée sont qualifiés de oîtiÔsv xofjLfiuvTîç (1); nous pouvons en conclure, avec les savants de l'antiquité (2).
Hg. flo. — Anse d'ariîHc tl'uii vase sri'liaiquc.
qu'ils avaient l'habitude de se couper les cheveux sur le devant et de les laisser croître derrière la tèle. Les Tliraces, appelés âxfiô)t(.[jiot, dans l'Épopée (3), avaient coutume de faire tout le contraire.
Diomède insulte en ces termes Paris qui, caché, l'a blessé d'un coup de flèclu' :
pi^ôra, >.('i€-/iTr,a , «f* d-f>.ii, TTïpflî vomir» (4).
Il) //.IIM2.— (2) ArchemachosdansStrabonXc,4r>â,0. — Plutarque, Thésée 5. Les opiniona sont partagées sur l'origine de cette coutume. Les uns prétendent que les Abantes l'ont empruntée aux Arabes, c'est-à-dire aui Phéniciens venue avec (^dmus en Eubée (Slrabon X, p. '1J7, 8) ou aux Mysiena. D'après d'autres, l'idée leur en serait venue à eux-mêmes, afin d'empéclier les ennemis de les saisir par les cheveux pendant le combat.
(3) II. IV 533. Peut-être faut-il rapporter à cette coutume thrace le passage suivant d'Arcliîloque {Klym. magn. s, v. èï/ur! p. 311. 40. Fragm. Bergk, 36) : /.«ItTiv irC ûfiuv i^Y.^tx\ lotapfiéïot. — (4) //. XI 385.
Ordinairement un traduit xépa «yXae par fier de son arc. Il est clair que cette traduction est inexacte (1). Tout* d'abord xcpaç au singulier n'est jamais employé dans le sens de l'arc (2). En second lieu, iyloLÔç a partout le sens de éclatant^ magnifique, remarquable, \\\i\\{} part celui de fier. Mais, point essentiel, îCÊpa àyXaé, avec l'interprétation communément admise, indiquerait à peu près la même chose que To^ora. A tous les points de vue.
Fig. 91 à 93. — Spirale à cheveux en métal, trouvées dans des tombeaux étrusques.
Texplication déjàdonnée dans l'antiquité nous paraît acceptable : c'est celle d'après laquelle xépaç voudrait dire inèche ou tresse de cheveux (3) ; d'ailleurs un poète voisin de la période brillante de l'Épopée, Archiluque, emploie ce mot dans le même sens (4). Cjtte explication est corroborée par un autre passage de l'Iliade, où Paris est fier de sa belle chevelure (5). Kepa; est donc évidemment une mèche roulée en spirale à son extrémité, comme on en trouve fréquemment sur les monuments archaïques de rOrient et de l'Occident (6). Comme preuve à l'appui,
(1) Comp. par ex. Ameis, Anhang zu Ilomers Ilias IV, p. 92.
(2) Le pluriel signifie les cornes dont Tare est fait (Od, XXI, 395). — (3) Schol. IL XI, 385. Schol. Od, XXIV, 81. — Etym. m. s. v. xdpa (p. 490, 24), xdpTî (p. 491, 14), xlpaç (p. 504, 42 et 55), x6p<ïoiçoç (p. 531, 27). — Etym. gud. s. v. xdlpa (p. 298, 41), xeip(ov (p. 309, 38), xE^psiv (p. 311, 31), xipaç (p. 315, 40 et 50). — Hesych. Zonar, p. 1192 : xlpa;....Op(Ç. Orion p. 80. 24; p. 83,9. — Apoll. Soph. lex. p. 98, 11. — Juvénal,5a/. XIII, 165 : tnadido torquentem cornua cirro. — Serv, ad VergiL En. XII, 89 : comua autem sunl proprie cincinni. — Comp. Ebeling, Lex, hom, s. v. x^paç.
(4) Schol. Od. XXIV, 81 : oî vêc&TEpoi xipaç t9|v oup,7:XoxT)v tGv tpr/Civ 6|io(9tv xÉpati* Tov x8p07:XiaTr,v àei^e TXauxov 'Ap/ iXo/^o;. — Comp. Bergk. fragm. 59 qui a recueilli toutes les autres données sur cette question.
(5) //. 111, 55 (voy. p. 297, note 6). — (6) Des tôtes avec des mèches de cheveux de ce genre se trouvent, par exemple^ sur les inscriptions hittites : Harry Rylands, The inscrihed atones from Jerabù, Hamalh,Aleppo (Trans-
LES OBJETS DE TOILETTE. 3(fâ
nous citerons l'anse d'argile reproduite à la figure 90, peutrêtre de provenance grecque, où cette disposition est rendue d'une manière très-typique (1). Enfin l'Épopée, en parlant du Troyen Euphorbes, fils de Panthos, dit :
TiXoyy/ii 6' 0? '/j^^^(sî^ Te xal apyupw edçrlxwvTO (2),
c'est-à-dire des mèches ou des boucles retenues par des liens d'or et d'argent. La coiffure que signale le poète se trouve confirmée par les observations faites dans les tombeaux étrusques (3). Les plus anciens de ces tombeaux appartiennent à
oct, of the. Soc. bihL arch,, voL VII), sur les deux inscriptions de Jerabis; sur un diadème d'or trouvé en Attique {Arch. Zeitg, 1884, pi. 9, 2, p. 102); sur des monnaies d'argent de Tarente (Carelli, iVum. ItcU. Vcfer, pi. 105, n^' 44); sur une amphore à figures noires dite tyrrhénienne (Micali, Storia, pi. 77, 78); enfin très souvent sur les vases étrusques d'argile noire (Vasi (H bucchero)j p. ex. : Micali, Sloria pi. 21 , n* 5, pi. 25 n^ 2.
(1) Cette anse dont l'argile est d'un gris noir qui, à la surface, tire sur le vert, nous Tavons achetée, en même temps qu'un vase publié dans les Mon. (leirinst. (IX, pi. 5, n^2) à un marchand de bricà-hrac de Civitavecchia qui prétendait l'avoir reçu d'un capitaine de vaisseau grec. Furtwaengler (Bexrhreibung der Vasensamml. des Berl. An(iq,,p. 191, n® 1615. Voy. aussi les I/istor. und. phihg. Aufsàtze E. Curtius gewidmet^ p. 192) le classe parmi les vases in bucchero étrusques à hauts reliefs. Nous ne sommes pas en état de réfuter cette opinion d'une manière catégorique, mais nous devons faire observer que nous n'avons rencontré nulle part cette qualité d'argile dans cette catégorie de vases.
(2) XVII 52. Schol. : oî 07:bypuaou xa\ ip-^û^oM oyvsaoïYfxsvoi ^aav. De même Eustath. sur le passage, p. 1099, 56-63. Etym. m. s. v. ÈoçrjXtofievov p. 385,
ô : iv":\ Tou laoiY|x^voi ^aav, èôéôsv-o. Schol. II. XVIII 402 : xdXuxaî* èfjisfip^ ^6ôoi(* ot II ÔaxTuXiouî' oî 8è /^puoaç oupi^f^Ç» oH touç nXoxafxouç nepiÉ/ouaiv, S)Ç çr,aiv (//. XVII, 52) t oî /puoG T£'xa\ (JpTupco I091ÎXCUVT0. » Eustath. ad//. XVlII400,p. 1204, 22 : 01 Bi '/^puora; £Î::ov oypiYlf «ç, os oTov ocoÀrjV (9xou(, aîç 7:X6xa{AOi Tispir/ovTai. Suid. et Phot. xdiXuxaç* aupi-yYftî.
(3) Voy. sur ce sujet notre étude détaillée : Commentationes in honorem Mommgeni, p. 619 et suiv. La figure 93 reproduit un spécimen en or trouvé dans une tombe de Cœré, celle de Regulini et de Galassi probablement «voy. p. 39, note 2, p. 112-115) , d'après le Mus. greg. I , pi. LXXV, 8. Les fipures 91 et 92 représentent une paire également en or provenant d'une lomba a fossa de la nécropole de Visentium (Capodimonte sur le lac de Bolsena) : Bull. deW Inst. 1886, p. 27.
ÉPOPÈK IlOXÉRIQt'E. 20
306 L'ÉPOPKE HOMERIQUE.
l'époque où l'inhumatiun commença à succéder à l'incinération, ils remonloiit par conséquent au moins au septième siècle ; Ifs plus m-L'nts, au contraire, semblent appartenir au second tiei-s du cinquième siècle. Près de l'endroit où reposait la têle du cadavre se trouvent souvent des spirales en bronze, en argent tt en or (fig. 91 à 93), et généralement 11 y en a une de chaque
Epiralcï 1 cUuvcui, trouvés en Bi-ollc
côté du menton (1). Comme, dans les antiquités de ce geni-e, il est impossible de songer aux boucles d'oreilles (2) , il faut rat-
(1) De nouvelles obsen'ations sont venues s'ajouter aux renseignements que nous avons recueillis dans les Commertialiones. Bologne, nécrupiili' Amonldi Yeli : Noihie di sfavi com. air ace. dei I.incei 1881, p. 84. Orvieto, dansune/oniia afoiêa:Bxdl. ileW intl. 1HS7, p. 227. Visentium, dans des tombe a fossa : Bull, (le/r Inal. 1886,p. 27,nosfig. 92et93. Cornelo, dans des tombe a fosm : Nol. di Smoi 1882, p. ]%, n" 1; £uH. 1885, p. 117- 118, 127. Dans une chambre funéraire du sixième siècle : Bu W. 18cS, p. 45.
(2) lleydeniann a essayé de soutenir cette thèse {Gigantomachie atif einer Vase ans Allamura, p. 5); nous l'avons rérutée dans le Bull. 'W Intt. IJS82, p. 17. — Mentionnons ici en passant un ranopvs trouvé récemment Kur le territoire de Diîusi (Mus. ital. di ani. clasi., 1 pi. Vllll" 14, M' p. 311-313. Comp. JVot. ili icari, 18K4, p. 383-384 et Bull, ileir Intt., lK-0. p. 118, note \). Le portrait de femme qui lui sert de couvercle, présente dans chaque oreille une spirale on fil rond de bronze enroulée deux fois- Studniczka (Beilrdge, p. 114, note 60) en a pris texte pour soutenir qup ces spirales que je considère comme des liens de boucles de cheveu^:,
tacher ces spirales à la chevelure et admettre qu'elles servaient à lier les boucles ou les mèches qu'on portait à Tépoque archaïque. On a trouvé des spirales semblables en Grèce, notamment en Béotie (fig. 94 à 96) et à Olympie (1). L'hypothèse que ces rubans métalliques étaient employés au temps d'Homère n'a rien qui doive nous surprendre, puisqu'il est démontré qu'on s'en servait déjà à l'époque antérieure. Schliemann , dans ses fouilles de Troie, a mis au jour beaucoup de petits cylindres en or, ouverts sur la face postérieure, ornés sur le devant de bossettes parallèles et terminés en pointe flexible (flg. 97 et 98) (2). Ils ne pouvaient servir qu'à attacher les boucles de cheveux qu'on introduisait dans le cylindre par l'ouverture et qu'on fixait à celui-ci au moyen de la pointe. On a, en outre, découvert, dans les mêmes fouilles , des spirales lourdes qui se composent d'un bandeau d'or enroulé deux fois seulement (fig. 99) et que Schliemann déjà avait reconnues pour être des attache-boucles (3). Les tombeaux en puits de Mycènes enfin renfermaient des spirales d'or (4) qui ressemblent beaucoup aux spirales béotiennes et italiques, sauf qu'elles paraissent être plus primitives, car le fil métallique est tourné moins régulièrement (fig. 100). Il en résulte, par conséquent, que la popu-
sont des boucles d'oreilles. Mais il suffit de comparer les spirales de ce canopus avec celles dont nous parlons ici pour se convaincre qu'elles n*ont rien de commun ensemble et qu'elles appartiennent à une toute autre catégorie.
(1) Des spécimens de Béotie en bronze à l'ancien Varvakion d'Athènes (actuellement musée central) -.Katalog XAAK. 169, 422,526, auquel sont empruntées nos fig. 94 à 96. II y a deux exemplaires du type de la fig. 96. Pour Olympie voy. Furtwaengler, Die Bronzefunde aus Olympia, n. 39.
(2) Schliemann, Atlas trojanischer Aller thumer, pi. 196, n"^ 3512-3541, 3544-:^l, .3566-3568, pi. 207-209 (notre fig. 97 d'après pi. 196, n« 3546). — llios, p. 514, no« 604, 695, 698-702, p. 515, no« 754-764, p. 559, n"=^ 906, 907, 910 (notre fig. 98 d'après ce dernier n"). Comp. Schliemann, Troja, p. 115- 116, n<»39.
(3) Schliemann, Uios, p. 554, n« 878 (d'où notre fig. 99), 880. Comp.
(4) Schliemann, Mykemp, p. 401 n" 529 (les deux spécimens du milieu dont l'un pareil à notre fig. 100). Comp. aussi p. 165, n^ 220.
lation du nord-ouest de TAsie Mineure et des pays voisins du golfe argolique avait coutume , bien avant la naissance de l'Épopée, de partager sa chevelure en boucles ou en mèches et de maintenir celles-ci au moyen de griffes métalliques. Si cette
Fig. 97 à 99. — Spirales à cheveu v, Irouvres à Troie.
Fig. 100. — Spirale ù clievcux, trouvée à Myccnes.
coutume remonte à une si haute antiquité dans les contrées orientales du bassin méditerranéen, on comprend qu'elle paraisse de bonne heure en Italie. Les tombeaux ci-dessus mentionnés appartenant à la période où Ton commença à inhumer
les corps sont, il est vrai , les plus anciens qui nous renseignent sur Tusage des spirales, mais non pas les plus anciens qui renferment de ces objets. Au contraire, on a trouvé des spirales en bronze dans les tombes à corps incinérés (1) qui sont antérieures à la période de Tinhumation et aux rapports avec les colonies helléniques. Ces spirales semblent donc appartenir à cette catégorie de produits fabriqués qui , avant la colonisation de rOccident par les Grecs, furent importés par voie de terre de la péninsule des Balkans dans celle de l'Apennin (2).
11 est très probable qu'un autre passage de Tlliade fait allusion à un détail de coiffure analogue. Il est dit d'Amphimachos, le chef des Cariens (3).
(1) Bull. deW ImL 1882, p. lG-18, 1G9, 170, 172, 176.
(2) Comp. p. 105-110. L'usage des attache-boucles métalliques s'est d'ailleurs propagé jusque chez les barbares de TEurope centrale (Comp. par ex. von Sacken, Grabfeld von Ilallstadl, pi. XVll, 16. p. 74-73.)
Les anciens commentateurs déjà (1) ont comparé cette description à la parure des cheveux d'Euphorbos et admis que For dont il est question ici indique des attache-boucles.
D'autre part, cette interprétation une fois admise, nous sommes en présence d'une coutume homérique qui concorde bien avec les usages de la période suivante. Une chevelure longue et artistement arrangée est regardée par les écrivains ultérieurs comme une particularité de Tancien luxe ionien. Agathon (2) appelle les longues boucles les témoins de la prospérité. Une ancienne inscription persane (3), énumérant les peuples sujets de Darius, fils d'Hystaspe, cite aussi les Ioniens pourvus de tresses. Nous avons déjà parlé plus haut de la tresse en forme de corne, que les Ioniens appelaient xc'pa; (4). Tels étaient probablement aussi les xopwvai mentionnés par Sophron (5); ce mot indique, on le sait, des objets plies ou recourbés, comme l'extrémité d'un arc, du timon de la charrue ou une* poupe de navire. Un fragment d'Archiloque (6) témoigne que les guerriers ioniens étaient particulièrement fiers de leurs longues boucles. Les Athéniens faisaient remonter à Thésée l'usage de porter les cheveux longs derrière la tête et appelaient cette coupe Qr.GTiU (7). Magnés, le favori smyrnéen de Gygès, portait son abondante chevelure ramassée en un chignon et maintenue au moyen d'une attache en or (8). Le poète Asios (9) dit, en parlant des Samiens qui célèbrent la fête d'Hèra, qu'ils
(1) Schol. //. II, 872. — (2) Athen. XII, 528, D : x«S(xaç ixgipitiwOa [xaprupaç 'P'^^iî. — (3) Spiegel, Die altpersischen Keilinschri/'ten, 2« éd., p. 119 et 219, au mot Takabara. — (4) Voy. p. 303-304. — (5) Schol. //. XI, 383 : wpwvoç ivaôoyjuvoi (fragm. 97, Ahrens).
(6) Fragm. 60 Bergk : ou çiXuu [«Yav orpaTT^Ybv ou8s BiaTiEsXiYfxÉvov,
ou8i poTrpuy.oioi yaupov cùÔ' u7:E^up7]{jLévov.
Ce dernier participe fait évidemment allusion à Tusage de raser la lèvre supérieure, dont il sera question plus bas. 0) Plutarque, Thésée, 5. Ck)mp. p. 301, note 2. (8) Nicol. Damasc. Vil, 62 {fragm, hùt, gr. éd. Millier III, p. 395) : x6ixr.v
(^) Athen. VII, 525 F. — Comp. Bhein. Mus. XXXIV, 1879, p. 485-486.
sont bien peignés et que le vent fait flotter leurs boucles maintenues par des attaches d'or. Ajoutons à cela les témoignages de Thucydide (1) et d'Héraclide de Sinope (2), d'après lequel jusqu'au cinquième siècle les Ioniens et les Athéniens portaient des toufl'es de cheveux (xpwÇu>.oç)qui étaient consolidés avec des cigales (TeTTtyeç) en or. Ces attache-boucles, mentionnées par divers écrivains et dénommées de différentes manières, ne pouvaient être que des spirales métalliques, semblables à celles qui brillaient sur la tête d'Euphorbos et qu'on a trouvées dans les tombeaux grecs et italiques.
Ce que nous venons de dire de la coiffure des hommes s'applique naturellement aussi à celle des femmes. Artémis, Circé ou Calypso aux belles boucles (3) évoquera dans l'esprit d'un lecteur de notre temps l'idée d'une forêt de boucles semblable à celle qui encadre la tête d'Aréthuse sur les monnaies de Syracuse. Cependant, il faut faire observer tout d'abord que le sens primitif du substantif7:Viîcxaoç(4), dérivé du verbe îr>i/.w
(1) I. G, 2 (voy. p. 51 note 3). — (2) Athen. XII, 512 C. (voy. p. 331, note 3). Sur les léTiiYÊç comp. Commentationes in honorem Mommseni, p. 616- 626. — Bhem, Mus, XXXIV 1870, p. 484-487. Les matériaux relatifs à cette question se sont enrichis récemment d'un détail de l'inventaire du trésor de THéra de Samos : voy. Curtius, Inschriften sur Geschichte von Samos, p. 11, 51 : auTïj ?yei tix'zv^a^ iriypiSaou; : èv(X£){n£i xwv tsti^^wv Tpuôv xa\ tûv èvo>- Ôtfov. Il est question ici d'une statue d'Hèra pourvue de xérriYsç d'or dont trois manquent. Ce fait contredit l'opinion de Conze (Memor. delV Insi.^ II, p. 416) d'après laquelle les téttiyeç seraient des épingles à cheveux terminées par une spirale en or. Du moment que trois TiTTi^Eç manquent, c'est qu'il y en avait un grand nombre. Or, un grand nombre d'épingles serait anormal. Toute coiffure archaïque contenait, au contraire, beaucoup d'attache-boucles, c'est certain : on n'a pas trouvé moins de sept de ces spirales de bronze dans un tombeau à corps incinéré appartenant à la partie la plus ancienne de la nécropole de Cometo, tombeau qui ne renfermait qiiune seule urne funéraire et par suite les cendres d'un seul cadavre (Bull. delV In&t. 1882, p. 176).
(3) Pour les différents passages où sont employées les épithètes : l\i;:ÀoxajjLoç, èû;:Xoxa{x{î, xaXXinX^xatxoç, XinapoKX6xajjLo;, voy. Ebeling, Lexicon homericum, •
(4) Curtius, Grundz, der gr. EtymA'^éd., p. 164, n^ 103,
tresser^ n'est pas boucle, mais tresse. Le mot a sans contredit cette signification dans le 14® chant de l'Iliade (1) où est décrite la toilette que fait Hèra avant de se rendre auprès de Zeus sur le mont Ida. La déesse, après avoir peigné avec soin sa chevelure, en fait des tresses brillantes parfumées d'ambroisie (-Xoxiaou;). Sa coifTure ne consistait donc pas en boucles tombant librement, mais bien en tresses artificiellement réunies. En second lieu, le vers de l'Iliade où il est question de l'or d'Amphimachos prouve, si l'explication donnée cidessus est exacte (2), que les femmes aussi portaient une coiffure conventionnelle avec attaches métalliques. En outre, les boucles tombant librement n'étaient pas possibles par cela seul que les femmes se frottaient la chevelure avec des huiles odorantes, ce qui l'aurait empêchée de se développer naturellement. Le poète d'un hymne homérique (3) dit, en effet, que la chevelure d'Hestia dégouttait constamment d'huile. Enfin il convient de noter que, dans les monuments, la coiffure des femmes suit les mêmes phases de développement que celle des hommes; chez les unes comme chez les autres la coiffure naturelle n'apparaît qu'à l'époque florissante de l'art grec.
Si les cheveux avaient des formes stéréotypées, il en était probablement aussi de même de la barbe. Les masques d'or (4), trouvés dans les tombeaux en puits de Mycènes et qui sont évidemment des portraits de défunts, prouvent que, déjà avant la migration dorienne, les habitants de l'Argolide
(1) XIV 175: lèïyiOLl'%i
xaXou; d[{x6poa(ou; îr. xpaaxo; àOavctTOto
(3) XXIV, 3 : àù ocSv 5îXo/.dt;xu)v inoXstcsTai uypô'' fiXaiov.
Les adjectifs çasivdç (//. XIV, 176), qualifiant les tresses d'Hèra, XinaponXi xajxoç (//. XIX, 126), épithète d'Atè et l'expression islôàXwapo'ixsoaXàçxalxaXi Tzp69u)7:x, caractérisant les prétendants (Od. XV, 332), font très probablement aussi allusion à remploi des huiles.
(4) Voy. plus haut, p. 73, note 3.
avaient adopté une coupe conventionnelle de la barbe. Sur Tun des exemplaires les mieux conservés, les favoris sont taillés en demi-cercle tandis que les pointes de la moustache sont relevées, ce qui dénote l'emploi d'une pommade durcissante (1). D'un autre côté, l'examen des monuments grecs nous apprend que la taille conventionnelle de la barbe s'est maintenue jusqu'à la période florissante de l'art. Puisque cette mode régnait à l'époque qui a précédé et pendant celle qui a suivi l'Épopée, il est présumable qu'elle existait également au temps d'Homère. Cette hypothèse est confirmée par ce fait surprenant que les contemporains des poètes homériques se servaient déjà du rasoir. Dans l'Iliade, on rencontre Texpression proverbiale è-l cupoD icTarai âxjJLYii;, c'est-à-dire cela tient sur le fil d'un rasoir, expression employée dans les moments critiques où l'épaisseur d'un cheveu peut tout décider. Nestor crie aux Achéens accablés par les Troyens (2) :
vOv Y^P ^'h T^avTÊÇctv cri ^'jpoiï icraTai à5C[/-^ç •ifi iltCKol >.'jypoç ôXeÔpoç' AyaioTç ri Puovai.
Il ne peut y avoir aucun doute sur l'espèce de rasoirs à laquelle ce proverbe doit son origine. En Grèce (3) comme en Italie (4) on trouve des rasoirs de bronze , dont le tranchant a
(1) Schliemann, Mykenœ, p. 332, n*> 474. — (2) IL X, 173.
(3) Albert Dumont en a noté un exemplaire de bronze trouvé en Attique (i4nn. deW Inst, 1874, p. 258). Un marchand d'antiquités d'Athènes nous en a montré, en 1875, deux exemplaires en bronze et trois en fer qui, disait-il, provenaient des îles de la mer Egée. Mais nous ne pouvons considérer ce témoignage comme sérieux, depuis que nous avons acquis la conviction que ce marchand achète souvent des antiquités en Italie, pour les revendre ensuite comme étant de provenance grecque.
(4) Fig. 101 : rasoir de bronze de Cervetri (F. Martinetti) demi-grandeur de Toriginal. Fig. 102 à 104 : trois exemplaires provenant des tombe apozzo de Corneto (p. 29-30), quart de grandeur de l'original. — Gozzadini {fntorno agli scavi fatti dal sxg, Arnoaldx Veli, p. 59-91), énumère toutes les localités de ritalie, où des rasoirs analogues ont été trouvés. Depuis des rasoirs semblables ont été mis au jour dans les contrées suivantes : à Mon-
la forme d'un croissant (fig. 101 à 101); on en rencontre déjà dans des couches où il n'existe aucune trace d'influence hellénique (1). La nature de cet instrument explique parfaitement le proverbe en question ; il n'est pas d'objet, en effet, sur lequel il soit plus difficile de prendre pied que sur une lame bien effilée et courbe en même temps, comme celle de ces rasoirs. Il est vrai que le X' chant de l'Iliade, la Doloneia^ où se trouvent les deux vers cités, est comprise dans les parties plus récentes de l'Epopée. Mais l'expression proverbiale dont il s'agit n'aurait pu naître si le rasoir n'avait été
Fig. iOl. — Rasoir en bronze de Cervelri.
tebelluna (Sot, cl, scav, corn. alV ace, deîLincei, 1883, p. 108), à Este (ibid, 1882, pi. IV, 52, p. 22), sur le territoire des Venètes à Piacenza (Ann. delC InsL 1885, p. 61), à Imola (Not, d. scavi, 1886, p. 119 e), à S. Egidio al Vibrata(i6i(/. 1878, p. 27), à Tolentinum dans le Picenum (Ibid, 1883, pi. XVI, 1, p. 336), à Cesi en Ombrie {Bull. delC Inst, 1881, p. 212, n» 7), dans les nécropoles d'Interamna (Terni, Xot, d. Se. 1886, p. 10, 252, 258), de Visentium bur le lac Bolsena {i\ot, d, se. 1880, p. 297, 299, 309), de Vetulonia (Falchi, Gli avanzi di Vetulonia sut poggio di Colonna^ p. 22, 23; Not, d. ic, 1885, pi. IX, 28), de Tarquinies {Bull, delV Inst, 1882, p. 17, 18, 19, 162, 165, 171, 175; 1883, p. 121 ; Mon. XI, pi. LX, 22 ; Ann, 1883, Tav. d'agg. R. 3, p. 292; Xot, d, se, 1881, pi. V, 5-7, p. 349), et dans les tombeaux primitifs trouvés à Rome sur TEsquilin {Annal, delC Inst, 1884, p. 137, note 4). — Nous avons démontré, dans la revue Im neuen Beich, 1875, 1, p. 14-15, et Gozzadini dans Touvrage ci-dessus cité (//j/orno agliseavi fattidalsign.Arnoaldi Veli, p. 54-56), que ces instruments étaient bien des rasoirs. 11 y aurait à ajouter que la lame du rasoir conserva même plus tard cette forme de croissant. Il suffit de rappeler le rasoir de Kairos {Areh. Zeitg 1875, pi. 1), ainsi qu'un autre trouvé à Rome; la finesse de la lame en fer et le manche couvert d'ornements en relief qui laisse prise à trois doigts tout au plus {Bull, deir Inst, 1878, p. 97) indiquent que c'est un rasoir. Enfin la description que Martial {ép, XI, 58, b) nous a laissée de Tétui, prouve bien que la lame était recourbée :
Sed fuerit curva cum tuto novacula theca, Frangam tonsori crura manusque simul.
(I) Voy. plus haut p. 105 à 110.
Fig. iOi à 40». — Rasoirs de Cornclo.
préalablement consacré par un long usage comme un outil courant; il est clair, par suite, que les Grecs se servaient de cet instrument bien longtemps avant Tapparition de la Doloneia.
Tout porte à croire que les Ioniens de Tépoque homérique se rasaient la moustache. Chez les Égyptiens on peut suivre jusque sur les monuments les plus anciens qui nous soient
parvenus la coutume de raser la lèvre supérieure et les joues et de ne laisser subsister que la barbe du menton. De même les monuments égyptiens prouvent que Tusage de raser la lèvre supérieure s'est introduit de très bonne heure chez les peuples de TAsie Antérieure. Déjà dans le tombeau de Chnumhotep, qui occupait les plus hautes fonctions au vingt-quatrième siècle sous le roi Usurtasen II, on voit des Amu, c'est-à-dire des habitants de TAsie Antérieure immigrant dans la vallée du Nil et apportant des cadeaux à Chnumhotep : ils ont tous des favoris courts taillés en pointe au-dessous du menton; aucun d'eux n'a de moustaches (1). Il serait trop long de nommer ici tous les habitants de l'Asie qui figu- Fig. 405.- Kéfa (Phénicien) ^^^^ sur les mouumeuts éffvptiens avec
d'une colonne d'Àméno- *^ *
plus iiF. la moustache rasée (2). Notons seulement
(1) Lepsius, Denkm. 11* partie, PI. 131-133. — Perrotet Chipiez, Histoire de Vart^ I, p. 154 n<> 98. — Comp. Brugscli, Geschichle A^gyptens, Voy. les Amu dans Lepsius, III* partie, Pi. 97 d., 109 (Époque du roi Amenophis IV).
(2) Tels les Rutennu ou Lutennu (nom collectif des peuplades syriennes)
que les Phéniciens (Kefa) en font aussi partie; un de leurs représentants figure sans moustaches, mais avec une barbe taillée en pointe (fig. 105), sur une inscription de colonne du temps d"Araénophis III (quinzième siècle) (1). Les Phéniciens conservèrent cette habitude dans la suite; cela ressort des vases d'argent cités maintes fois (2) , des figurines d'ai^ilc de Chanaan (3) et des statuesportraits de Chypre qui offrent un mélange d'éléments assyrio-égyptiens caractéristique de Tart phénicien plus récent (4). Le roi Eschmunazar de Sidon est représenté sur le couvercle "le.
dans le tombeau souvent mentionné du temps de Thoutmès 111 : Hoskins, TraveU in Elhiopia, pi. 48, p. 331-333; Wilkinaon-Birch, The Manner» nf the ancienl Egypliang 1, pi. II 6, C, p. 38 (voy. p. 32). — Il convient d'y ajouter : les hommes du Nord-Est, c'est-à-dire les Asiatiques au-dessus desquels Amenophis II (16* siècle) brandit la massue (Lepsiua, III partie, PI. 61); le représentant des pays du Nord, c'est-à-dire de l'.Vsie bous le siège du roiAmenopKis III (Lepsius III, 76); des Sémites attachas plus loin à un W)cle;les Rutennuou Lutennu apportant un tribut (Lepsius III, llfi); quelques représentants du Nord (Asie) au-dessus desquels Sethos l" brandit la massue (Lepsius III, V2'J); des prisonniers enchaînés parmi lesquels un représentant du Pun (Arabie méridionale et ciMe de Samola) et un autre de Naharin a (Mésopotamie); d'autres prisonniers semblables (Lepsius III, 131a). — Comp. Wilkinson-Birch, The Mannerg I,p. W) [(les Khita (Hittites), les ABoauru (Amorites?) n" 6, les Remènes (Arméniens?) n° 7, les Kanana (Ghana néens)], n" 8.
(1) Lepsius, Denkm III, 8H a (premier bouclier à gauche). — Comp- Chabas, ICludcK gur t'antiquiU historique, 2" éd., p. 121.
(2) Coupes trouvées dans l'ile de Chypre : De Longpérier, Masée Napo- (éoalU, pi. 10, 11. — fleii. njT/i.XXXI, I87C, pi. 1, p. 20. — Cesnola-Slern, Cypern, pl. 51, voy. notrepl. I- fiey. nrc/i. XXXIII, 1877 pi. 1: Ccsiiohi-Steni, C.vpem, pi. OG. — Comp, les coupes de Salerno {Mon. deW Inst. l.\ pl.44 1, Comp. BuUel. 1874, p. 285), de CierÈ (Grifi, Mon. di Cere, pl. 10, \,Mii*. Gret/. I,PI.65,2. Icila façon de traiter la barbeest visible surun des cavaliers delà deuxième zone); Grifi, toc.eil. pl- 10,2;.V«s.G«y.l, Pl. 05, 1 (sur une figure du cercle central). Les vases de Prtenesle (.Uon. X, pl. 31, 1.— Perrot et Chipiez,//(«/. rfe/'oscf, III, p. 759 n°543; notre fig. l,Mon.deir I)isl.\,p\.33,4').
(3) De Longpérier, Musée Napoléon 11/, pi. 23, 24, I.
(4) Dôl\,Sammlung Cesnola, pi. 1, 4, 1 1-13; pl. Il, 4. 6,9; pl. Vil, 9; pl. VIH, MO. — Cesnola-Stem, Cypern, pl. 21-23, 27, 30, n<" 1-3, 6; pl. 40, n" I.