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batailles devant Troie, la destruction d'Ilion (1). Avoir ces sculptures, où des artistes inconnus ont comme transposé en bas-relief les peintures du grand maître, on sent bien que la recherche des belles formes, de la composition dramatique, exclut tout autre souci. Les scènes de l'Epopée finissent par devenir des thèmes de convention. Veut-on se rendre compte des formules pour ainsi dire toutes faites à l'aide desquelles l'art en arrive à traduire les principaux épisodes des poèmes homériques? 11 suffit de considérer les Tables iliaques, c'està-dire les bas-reliefs, expliqués par des légendes grecques, qui, au temps de l'empire romain, servaient à l'enseignement des écoles (2). Lesjeunes Romains y voyaient réunies en tableaux des scènes de V Iliade et de VOdyssée^ de la Petite Iliade de Leschès, de Vllioupersis de Stésichore; c'était comme une réduction en bas-relief des peintures de Théodore, qui décoraient le portique de Philippe. Rien de plus froidement mythologique, et pour tout dire, de plus banal. On y trouve à peu près l'équivalent de ce que serait aujourd'hui une édition classique d'Homère, illustrée avec des dessins de Flaxman.
Depuis une vingtaine d'années les découvertes archéologiques nous ont ouvert sur l'antiquité homérique des perspectives toutes nouvelles. On peut le
(1) Voir les planches de l'atlas qui accompagne Touvrage de M. M. Benndorf et Niemann, Dos Herôon von Gjoelbaschi-Tfysa, Vienne, 1889.
(2) Voir Otto Jahn, Qi'iechische Bilderchroniken, Bonn , 1873.
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(lire sans paradoxe : nous sommes aujourd'hui mieux renseignés sur la civilisation des Achéens de l'Epopée ([ue ne pouvaient l'être les Grecs du quatrième siècle ou de l'époque alexandrine. Tout ce passé lointain est sorti de la légende. On est revenu de la première surprise qu'avait provoqué le caractère étrange et si nouveau pour nous des objets exhumés par Schliemann dans les tombes royales de Mycènes. Le scepticisme de la première heure n'a pu tenir devant des concordances trop souvent répétées pour être fortuites ; les régions où se rencontraient les traces d'une civilisation très ancienne et offrant néanmoins un remarquable caractère d'unité étaient celles-là même où l'Epopée place la résidence des principaux chefs achéens : l'Argolide, la Laconie, Orchomène des Minyens. Personne ne doute plus que, guidé par une idée contestable, Schliemann soit arrivé à des résultats incontestés. Les fouilles poursuivies par les archéologues grecs, soit dans la ville basse de Mycènes, soit à Vaphio, en Laconie, ont à la fois complété son œuvre, et achevé la démonstration. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux travaux les plus récents où sont exposées, dans un ordre méthodique, les notions que nous devons aux découvertes archéologiques sur l'art et la civilisation de l'époque achéenne : le livre de M. Schuchhardt, celui de M. Tsountas, et le beau volume où M. Georges Perrot a tracé de main de maître le tableau de la
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civilisation primitive de la Grèce, avant les invasions doriennes (1).
Parmi ces ouvrages, un de ceux qui se rapprochent le plus, pour le plan, du livre de M. Helbig, est celui de M. Tsountas. Le jeune archéologue qui a pris aux fouilles récentes de Mycènes et de Vaphio une part si active, a tenté de restituer la vie mycénienne, en étudiant, à peu près dans le même ordre, le palais, la maison, les armes, le costume, la tombe, et même le culte religieux. Ce livre est comme la préface de l'ouvrage de M. Helbig; mais il n'en est que la préface. La tâche que s'est proposée le savant allemand est toute différente. Entre la période florissante de la civilisation mycénienne et celle où les chants de l'Epopée prennent leur forme et se coordonnent, il s'est écoulé plusieurs siècles. La Grèce a été envahie par les clans doriens ; l'art et l' industrie ont subi une décadence que M. Helbig a eu le mérite de mettre le premier en pleine lumière. Les Grecs émigrés en Asie Mineure, qui écoutent les chants des poètes homériques, s'enchantent d'un passé disparu; pour les descendants appauvris des héros de l'Epopée, Mycènes c< où l'or abonde », et la riche Orchomène, ne sont que des noms et des souvenirs. Ni l'état so-
(1) Schuchhardt, Schîiemann's Ausgrahungen in Troja^ Tiryns, Mykenae, OrchomenoSy Ithaka^ Leipzig 1890. — Tsountas, Muxîjvai xai {tux7jvau)ç zoXiTtajtd; Athènes, 1893. — G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de Cart dans Vantiquilé, t. VI. La Grèce primitive, Part Mycénien, 1894.
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cial, ni les formes extérieures de la vie ne sont restés les mêmes. Aucune allusion, dans Homère, à ces luxueuses sépultures où sont ensevelis, sous des coupoles à revêtement de bronze, les dynastes de l'Argolide ; aucune réminiscence de ces peintures à fresque où les décorateurs du palais de Tirynthe ont déployé toute leur invention. Le costume, l'armement, se sont modifiés. Ces Achéens aux longs cheveux, qui portent la ceinture serrée autour des reins, les chaussures à bouts pointus, comme les tsaroukia des Albanais, et qui entourent leurs jambes de lanières de cuir, ne s'habillent pas comme les Ioniens contemporains d'Homère, (^hose curieuse, les fouilles de Mycènes n'ont livré aucune de ces pièces d'armure, casques, cuirasses, cnémides, dont se compose le lourd équipement de guerre des héros de V Iliade. Les Mycéniens ne semblent pas connaître le casque de bronze, à haute aigrette, à garde-joues, qui, du visage de l'hoplite homérique, laisse seulement voir les yeux brillant dans l'ombre. Aucune description, dans Homère, ne convient au costume des femmes de Mycènes, reproduit sur les intailles et les ivoires : le corsage uni, la robe à volants frangés, qui n'exige pas, comme le peplos, l'emploi constant de la fibule.
Des différences aussi profondes entre la civilisation aehéenne et celle de l'Epopée imposaient à M. Helbig des recherches plus étendues que n'en comporte l'étude de la période mycénienne. Sa critique devait