X INTRODUCTION
porter à la fois sur les monuments antérieurs à l'Epopée, et sur ceux d'une époque immédiatement postérieure. Ces derniers, il fallait les chercher partout où ils se trouvent, non seulement en Grèce, mais encore dans les pays italiens où le commerce a commencé de bonne heure à répandre les produits de l'industrie naissante des Hellènes ; il fallait enfin prendre une idée exacte de cette industrie phénicienne, dont les œuvres provoquent l'admiration des contemporains d'Homère. Le lecteur jugera avec quelle sûreté M. Helbig a pour ainsi dire établi ces travaux d'approche, qui cernent le problème de toutes parts, et avec quelle connaissance du monde grec primitif il a conduit cette difficile enquête.
Une des questions sur lesquelles la critique s'est le plus exercée, est celle de la date relative des différentes parties de l'Épopée. On a souvent remarqué que certains passages accusent le souvenir d'une civilisation plus ancienne^ tandis que d'autres font allusion à un état social un peu différent. Les fouilles les plus récentes paraissent prouver que les poètes de l'Epopée ont parfois conservé, avec une singulière précision, des réminiscences de la civilisation achéenne. Nous ne saurions entrer ici dans un examen détaillé des faits; il nous suffira de citer quelques exemples. Réunissez les indications éparses dans YOdyssée sur la maison d'Ulysse ou celle de Nestor; les termes dont se sert le poète deviennent fort clairs
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si l'on se reporte aux maisons royales de Tirynthe ou de Mycènes. On a retrouvé à Mycènes, à l'entrée du palais, les bancs de pierre dont parle Homère : c'est bien ainsi qu'on imagine les « pierres polies » où, devant la maison de Nestor, plusieurs générations d'ancêtres s'étaient assises. La demeure d'Ulysse est celle d'un riche propriétaire campagnard; pourtant elle offre bien des dispositions communes avec c elles du palais de Tirynthe : la cour, entourée de portiques; le portail qui y donne accès; au milieu de la cour, l'autel; plus loin, la grande salle, le jnégaron, avec son foyer, ses colonnes, où sont accrochées les armes d'Ulysse, ternies par la fumée qui monte du foyer, et noircit les murailles; dans la partie la plus reculée, les chambres, éloignées du bruit et du mouvement qui remplissent la partie de la demeure ouverte aux visiteurs. Sans doute le poète connaît, au moins par tradition, des palais analogues à ceux dont le plan se déchiffre aujourd'hui si nettement sur le sol rocheux de l'Acropole de Tirynthe (1).
Les souvenirs d'une époque de prospérité et de richesse ne se manifestent pas avec moins d'évidence , si l'on considère les objets d'art et d'industrie décrits dans l'Epopée. Sans doute, pour les Grecs d'Homère, la Phénicie a repris son rôle d'initiatrice ; après le re-
(1) Voir Tsounta», Mux^vai, p. 40 et suivantes, et le chapitre de M. Percy Gardner, Récent discoveries and Ihe Homeric poem y dans son ouvrage intitulé New chapters in Greek history, Londres, 1892.